On se souvient de Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah (1985), dont le film avait provoqué un nouveau rapport mémoriel vis-à-vis de cette tragédie. Disparu en 2018, il avait fait l'objet d'un hommage national aux Invalides. Il n'était donc pas surprenant que la mairie de Paris veuille, pour fêter l'an dernier le centenaire de sa naissance, donner son nom à une artère de la capitale, non loin du Vel d'Hiv de sinistre mémoire.
Seulement voilà. Au sein de la majorité municipale, les Verts s'y opposent farouchement ; la cause : Lanzmann a été accusé de "harcèlement sexuel" par une agent de sécurité de l'aéroport de Tel-Aviv. C'était en 2012. En 2017, horresco referens, c'est une journaliste néerlandaise qui aurait évoqué des "gestes déplacés". J'écris au conditionnel, car dans les deux cas aucune plainte n'a été déposée. Mais cette rumeur ou réalité semble suffisante aux yeux de certains pour écarter le prestigieux réalisateur de toute reconnaissance officielle.
Il ne s'agit pas ici de juger l'œuvre de Lanzmann, ni de savoir si comme le dit une pétition l'attitude des Verts est "une compromission" en ces temps où l'antisémitisme revient. Ce qui me parait grave, c'est que dans notre monde où tout se vaut, la moindre évocation non avérée (et quand bien même elle le serait il y a une échelle de valeurs) peut effacer le formidable travail qu'a été Shoah.
Nous en sommes là.
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