vendredi 6 février 2026

Au secours, Gavalda revient !

 On avait fini par l'oublier, sans effort ni regret. Voilà dix ans qu'elle avait disparu des radars, ne laissant que le souvenir des millions d'exemplaires vendus au début des années 2000. Mais voilà qu'Anna Gavalda refait parler d'elle, via le Figaro. Simple stratégie de com, ou présage d'une nouvelle publication ? Nous verrons bien, et sans impatience particulière. Car durant les années de ses succès, elle annonçait l'arrivée triomphale d'une littérature (?) faite d'insignifiance légère, doublée d'un personnage d'ado écervelée, mal mûrie et évoluant dans le monde de oui-oui (dixit le Jourde-Naulleau). Cela pouvait heureusement trancher avec les lourds pensums victimaires écrits à la truelle qui abondaient déjà, mais cela ressemblait fort à un éloge du vide et du creux, à partir des avatars du français moyen.

Alors, me direz-vous, pourquoi parler de Gavalda ? Parce que, derrière la vacuité de sa production, on sentait un potentiel, et un style sinon exceptionnel du moins très personnel : sa saveur, sa légèreté, son humour n'étaient pas dénués de charme et lui conféraient une place à part. Même si son narcissisme immature pouvait être agaçant, on pouvait croire qu'elle avait assez de talent pour écrire autre chose, plutôt que de mettre ce talent au service du vide.

Alors on ne sait aujourd'hui que penser de cette annonce. S'il ne s'agit que d'empêcher AG de sombrer dans l'oubli, c'est inutile car déjà fait. S'il s'agit de préparer la parution d'un nouvel ouvrage, ce qui semble probable, c'est un non-évènement. A moins que ?

mercredi 28 janvier 2026

Les Klarsfeld, de rafles en rafles...

 Dans la famille Klarsfeld, on connaissait Serge et Beate, les grands chasseurs de nazis. Et puis il y eut Arno, personnage un peu politique, beaucoup médiatique, dont les frasques mondaines et les provocations post-adolescentes ont entretenu un peu de notoriété. Mais la notoriété, on le sait, demande de nos jours un entretien permanent. Après des tentatives aussi poussives que régulières, notre conseiller d'Etat, à 60 ans, a jugé bon d'en remettre une grosse couche. 

Voilà que l'autre soir, sur CNews (forcément ?) il a proposé de résoudre le problème des OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) en "organisant des sortes de grandes rafles, en essayant d'attraper le plus d'étrangers possibles, quitte à commettre quelques injustices". Le tout en se référant à la pensée trumpienne.

Dans l'art de la provocation, le mot rafle n'est pas utilisé par hasard : on sait qu'il fait référence aux rafles juives de nos années 40. Arno Klarsfeld a au fil du temps multiplié les provocations, successivement gauchistes, sarkosystes, netanyahesques et poutiniennes, mais "rafle" il fallait oser. Peu importe ici, à la limite, qu'il s'agisse de fascisme assumé, de besoin d'exister ou de tout autre névrose ; mais ce qui est excessif n'est pas toujours insignifiant, et en l'occurrence, quand on s'appelle Klarsfeld et qu'on tient ces propos, le cynisme le dispute à l'abjection et à l'ignominie.

Comment dit-on se déshonorer, au XXIème siècle ?

mardi 20 janvier 2026

Shoah et contrariétés

 On se souvient de Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah (1985), dont le film avait provoqué un nouveau rapport mémoriel vis-à-vis de cette tragédie. Disparu en 2018, il avait fait l'objet d'un hommage national aux Invalides. Il n'était donc pas surprenant que la mairie de Paris veuille, pour fêter l'an dernier le centenaire de sa naissance, donner son nom à une artère de la capitale, non loin du Vel d'Hiv de sinistre mémoire.

Seulement voilà. Au sein de la majorité municipale, les Verts s'y opposent farouchement ; la cause : Lanzmann a été accusé de "harcèlement sexuel" par une agent de sécurité de l'aéroport de Tel-Aviv. C'était en 2012. En 2017, horresco referens, c'est une journaliste néerlandaise qui aurait évoqué des "gestes déplacés". J'écris au conditionnel, car dans les deux cas aucune plainte n'a été déposée. Mais cette rumeur ou réalité semble suffisante aux yeux de certains pour écarter le prestigieux réalisateur de toute reconnaissance officielle.

Il ne s'agit pas ici de juger l'œuvre de Lanzmann, ni de savoir si comme le dit une pétition l'attitude des Verts est "une compromission" en ces temps où l'antisémitisme revient. Ce qui me parait grave, c'est que dans notre monde où tout se vaut, la moindre évocation non avérée (et quand bien même elle le serait il y a une échelle de valeurs) peut effacer le formidable travail qu'a été Shoah.

Nous en sommes là.

vendredi 9 janvier 2026

Bonne Année 2026

 Que peut-on raisonnablement se souhaiter en ce Nouvel An 2026, qui soit sincère, original et sensé ?

Bien sûr des vœux de santé, de sérénité, de prospérité pour les plus optimistes, et tout cela n'est pas rien... Modestement, je souhaiterai un peu plus de culture, de connaissance de l'Histoire et de sens des responsabilités chez nos élites, pour venir habiller les sommets de l'Etat ou de ce qu'il en reste. Et un peu plus d'altérité dans la vie de chacun.

Bon, les plus perspicaces d'entre vous auront reconnu mes vœux de l'année dernière... What else ?

En attendant, vive l'espoir qui fait vivre et Bonne Année à tous !


mardi 30 décembre 2025

Autodafé pour tous

 Hadrien Clouet est député (LFI) de Haute Garonne. Certains parlent de lui comme d'un "brillant universitaire" (à croire qu'aujourd'hui tous les universitaires sont brillants), c'est du moins une des têtes pensantes de son parti. Or voilà que sur  son compte Instagram il affiche un volume du livre d'Omar Youssef Souleymane, Les complices du mal, dans un poêle à granulés, prêt à enfourner. Ledit livre dénonce notamment la complaisance de LFI vis-à-vis d'un certain islamisme. Nous n'entrerons pas ici sur le fond du sujet. Mais qu'un responsable politique, de gauche qui plus est, veuille faire brûler un livre nous laisse pantois.

Je me souviens d'une manifestation, voilà une vingtaine d'années, où l'on faisait brûler un tas de livres signés du ministre de tutelle, et il s'agissait, horresco referens, d'une manifestation... d'instituteurs, par ailleurs incapables de comprendre le côté odieux de leur acte. Aujourd'hui c'est un représentant de la Nation qui veut brûler ce qui le dérange. Souleymane dénonce un appel public à brûler un livre ; Clouet évoque de son côté une "plaisanterie visuelle". Certes il y a longtemps que je ne me fais aucune illusion sur le sens de l'humour de la garde rapprochée mélenchonienne, mais là... Soit Clouet est juste un imbécile inculte qui ne comprend pas la portée de son geste, ce dont je doute, soit c'est un provocateur cynique de la pire espèce. Dans les deux cas de figure, ce sont les fantômes des nazis et des antisémites qui rigolent.

lundi 22 décembre 2025

Business d'un prisonnier

 Vrais ou faux, ce sont les chiffres annoncés par les Editions Fayard : en une semaine Nicolas Sarkosy aurait vendu 100 000 exemplaires de son fameux livre relatif à son séjour à la Santé pour association de malfaiteurs. Livre truffé de contrevérités dans lequel il en appelle à Monte-Cristo ou à Dreyfus pour nous expliquer ce qu'est la prison, et qu'il est victime d'une injustice : les neuf ans de prison qu'il cumule (dont 18 mois encore en appel) sont forcément dûs à une machination de la gauche. Ce livre est aussi et avant tout politique, plaidoyer pour l'union des droites, crise de mysticisme et coup de pouce à Bolloré, ça peut toujours générer des soutiens utiles dans le futur...

Il n'en reste pas moins que ces vingt jours passés à l'ombre en font sans doute le CDD le mieux payé de l'Histoire. Car au-delà de toute considération politique, ce récit hagiographique d'une peine infâmante a quelque chose d'immoral, ce qui amène de nombreux libraires à ne pas le vendre, ou du moins à ne pas le promouvoir... Car 100 000 exemplaires d'un livre à 20.90 euros (en quelques jours rappelons-le) ça fait beaucoup de sous : on peut raisonnablement estimer les droits d'auteur à 15 ou 20%, ce qui pour la semaine devrait faire entre 300 et 400 000 euros. Même s'il faut déduire la rémunération du nègre (son éditeur, à en croire la rumeur) qui l'a rédigé...

Mais tout cela est légal, et il n'y a que la morale qui y verra un hold-up. On pense quand même à tous ceux, le plus souvent nécessiteux, qui  ont envoyé des cadeaux au pauvre prisonnier durant son éprouvant séjour derrière les barreaux. Certes, "Qui donne aux pauvres prête à Dieu", dit la Bible ; mais "Qui donne à Dieu prête à rire", complétait Pierre Dac.

dimanche 7 décembre 2025

Lecture : 70 bis Entrée des artistes (P. Modiano/Ch. Mazzalai)

 Bon, un livre qui parait en octobre vise clairement le marché littéraire de Noël ; son format (18.5x23.5) aussi, qui tient du beau livre qu'on offrira pour les fêtes. Mais, marketing ou pas, ce sera un beau cadeau.

Les auteurs : Christian Mazzalai, musicien de son état, qui fournit les photographies et les archives, et Patrick Modiano. "70 bis Entrée des artistes" (Gallimard) conte l'histoire du 70 bis rue Notre-Dame des Champs à Montparnasse, où défilèrent peintres, écrivains, poètes, musiciens et autres, célèbres ou inconnus, venus d'un peu partout dans le monde (on ne disait pas encore planète). Depuis le second Empire jusqu'aux années 50 ou 60, cette adresse discrète a servi de repère à une ambition brillante. Sous la plume de Modiano rodent encore les fantômes de Rodin, Picasso, Zadkine, Breton, Desnos, Pound et tant d'autres, sans compter ceux que l'Histoire a oublié, ou le talent... 

Bien d'autres livres ont été écrits sur le vieux Montparnasse des artistes, et celui-ci n'apporte guère de révélations ; on peut même dire que le pitch du livre est basique. Mais il y a Modiano : l'intérêt de cette œuvre doit bien sûr beaucoup à l'auteur, dont la verve nostalgique donne, comme d'habitude, une palette touchante de couleurs, de gris, de joie, de tristesse, de clair obscur... Bref, de la nostalgie. Du Modiano.

Alors, que ce soit pour l'émotion, pour la littérature, pour le plaisir à tenir dans les mains un bel ouvrage, ou pour tout autre plaisir, ce livre est un joli cadeau.

lundi 1 décembre 2025

Lectures : Tiré de faits irréels, de Tonino Benacquista

 Si l'univers de la littérature, du livre, des éditeurs, des auteurs... ne vous intéresse guère ou vous fait fuir, passez votre chemin. S'il suscite votre curiosité ou un franc intérêt, le livre de Tonino Benacquista Tiré de faits irréels (Gallimard) fera votre bonheur.

"Bertrand Dumas Editeur" est en faillite. Ses banquiers, ses mécènes, ses soutiens, ses amis finissent par baisser pavillon. A la veille de faire sa déclaration de liquidation, Bertrand Dumas médite sur ce moment, ce bilan, son histoire, son parcours. Benacquista raconte les affres de l'éditeur, les travers des auteurs, l'arrivée des financiers, et (presque) toutes les turpitudes du petit monde de l'édition contemporaine. Et, même quand on connait un peu ledit monde on y apprend beaucoup.

Encore une fois, cela peut intéresser ou laisser froid. Et même intéressé on peut s'agacer du nombrilisme hypertrophié qui caractérise cet univers. Benacquista le décrit fort bien, me semble-t-il, mais n'échappe pas complètement à ce travers dans son récit. Certes, les complexités commerciales, financières, techniques, publicitaires sont d'une complexité comme les adorent la France, mais c'est vrai pour toute entreprise... Et, depuis le mitan du XXème siècle, combien de métiers qui ont disparu, combien de commerçants, d'artisans, de paysans, etc... ont mis la clé sous la porte en déplorant la fin d'un monde irremplaçable ?

Donc voilà : le monde du livre est sinistré, et il n'y est pas pour rien. Mais il est toujours bon qu'un auteur en parle avec tendresse et ce qu'il faut de férocité : ça ne changera rien, mais c'est (encore un peu) plein d'humanité.

mardi 25 novembre 2025

Jair-Nicolas, correspondance

 Ainsi donc, après notre national ex-président de la République Nicolas Sarkosy, c'est au tour de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro d'être écroué. Nonobstant que le nôtre, de président emprisonné a été libéré au bout de vingt jours, on se dit qu'il aurait pu y avoir, entre ces deux là, une intéressante correspondance entre détenus de haut vol. Mais la justice française n'en a pas vu l'opportunité.

La chose littéraire n'y a rien perdu, sans doute. Je ne m'illusionne pas sur la plume du brésilien. Pourtant notre ancien chef de l'Etat a mis à profit ces trois semaines d'empêchement pour écrire, tel Monte-Cristo sous la plume de Dumas, son Journal d'un prisonnier, annoncé à plus de trois cent pages. Pour quelqu'un qui a toujours fait rigoler quand il s'est piqué de littérature (les Roujon-Machart, Roland Barthez, etc...) on en est bluffé. J'en connais qui suent sang et eau pendant deux ans pour finaliser deux cent pages ; il est vrai qu'ils ne sont pas ancien président, ni emprisonnés. Et si l'intéressé devait retourner un jour en cellule pour quelque temps, nul doute que c'est une véritable encyclopédie qui verrait le jour...

En attendant, on peut déjà annoncer un succès de librairie, qui lui payera les yaourts. Reste que cela n'effacera pas l'impression de vent mauvais qui plane sur le monde.

jeudi 20 novembre 2025

Angoulême au crépuscule

 Je me souviens, c'était en 1994. La première édition du Festival international de la BD à Angoulême était un succès. Puis les années suivantes, qui amplifiaient cette réussite. En pleine province (on ne disait pas encore territoires) un évènement culturel rencontrait un public et faisait venir du monde de loin : qu'on le voit sous l'angle de la culture, du développement local ou de la modernité, le salon était salué de toutes parts. Mais aujourd'hui nous sommes en 2025. Et la 53ème édition est très menacée, et avec elle l'avenir de la manifestation.

Voilà déjà pas mal d'années que les polémiques gangrènent le Salon. Problèmes récurrent de management, de gros sous, d'opacité et bien sûr de harcèlement. Nous ne rentrerons pas ici dans les détails, d'autant que des dossiers sont encore dans les mains de la justice. Comme dans toutes les choses qui marchent, la marchandisation est vite arrivée ; puis l'affairisme trouble ; puis le wokisme ; puis le féminisme ; puis...Bref, la modernité dans toute sa splendeur. Et à ce jour le boycott de la plupart des éditeurs et des auteurs de BD, et aujourd'hui même le coup de gueule des financeurs publics.

J'ignore ce qu'il va advenir de cette 53ème édition, très mal engagée. Les pronostics de la fin du Festival d'Angoulême se multiplient. Le lieu de culture, de vulgarisation et d'émancipation est devenu la foire d'empoigne entre l'opacité financière et le militantisme de cour de récré. Les adultes font du pognon et les gamins qui se chamaillent en appellent à un Etat qu'ils conchient volontiers. Nous vivons une époque moderne.