Les voies royales sont semées d'embûches, de nos jours plus que jamais. Thelyson Orélien roulait vers le succès : son dernier titre (soi-disant premier roman) C'était ça ou mourir venait d'avoir le Prix Fnac et fonçait vers les Goncourt, Renaudot, Femina, Medicis et autres. Mieux, il cochait toutes les cases du succès littéraire contemporain : Haïtien, black, ancien migrant, exilé, etc... Et son écriture même était parfaitement calibrée pour faire un carton.
Trop bien calibrée, trop bien marketée, peut-être : quelques (rares) journalistes s'interrogeaient sur des tics de langage récurrents ? C'est mon style, ma culture haïtienne, répondait l'auteur. Seulement voilà, le compte X Balance ton Claude, qui traque les recours à l'IA a soumis le livre au décrypteur Pangram qui conclut à 100% à une écriture d'IA. Les tics d'écriture étaient des bafouillages d'algorithme. Pas fiable, rétorque-t-on, et c'est le style d'Orélien. Seulement les précédents ouvrages de l'écrivain, passés à la même moulinette, sont d'origine 100% humaine... "C'est du racisme !" hurle en chœur un certain public.
Jusque là, on pouvait se poser la question : fallait-il se réjouir de voir la machine écrire aussi bien que l'homme, ou se désoler que l'homme ne fasse pas, ou plus, mieux que la machine... Mais après tout puisque le lecteur-consommateur y trouve son compte, pourquoi pinailler ? Reste que si l'Homme et la machine se valent, c'est qu'il n'y a plus de créativité "originale", attendu que l'IA collecte tout mais n'invente rien.
On en était là, quand la statue déjà bien branlante de T.O. s'est complétement écroulée : on a découvert les nombreux plagiats qui émaillaient ses écrits antérieurs, où des passages entiers étaient pompés tels quels, sans citation ni le moindre effort de pudeur... Dernier clou sur le cercueil, on aurait retrouvé, oubliée dans un texte sur un blog, une consigne donnée à l'IA...
Grandeur éphémère et décadence. Faut-il en rire ou en pleurer ? Il semble que l'usage de l'IA soit longtemps passé inaperçu aux yeux de l'industrie littéraire. Il est à craindre qu'il faille désormais faire avec. Mais il semble aussi, ö surprise, qu'une carte de visite idéale ne garantisse pas toujours une moralité parfaite.
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