mardi 31 mars 2026

La médiathèque, l'agression et la bulle

Les vendredi 13 portent malheur, on le savait depuis longtemps. Ainsi en ce mois de mars, où une agente de la médiathèque toulousaine José Cabanis a été victime d'une "agression sexuelle", à savoir "qu'elle s'est retrouvée avec du sperme dans le dos sans s'en apercevoir immédiatement", nous dit le site Actualitté. Réaction immédiate : on ferme la médiathèque, on dépose une plainte, on provoque une réunion de crise, et le samedi 14 les locaux resteront porte close. 
On peut comprendre l'émoi interne, même si en matière d'agression sexuelle on peut faire bien pire ; ce qui me gêne, c'est la réaction au sein de l'institution, où la CGT et la Mairie s'écharpent (en pleines élections municipales ce n'est peut-être pas anodin) à propos d'installations de vidéosurveillance, et où on semble découvrir qu'une médiathèque n'échappe pas au monde qui l'entoure. Déjà en janvier 2025 on avait relevé des "incivilités répétées". On s'aperçoit aujourd'hui, toujours selon Actualitté, "qu'une bibliothèque n'échappe plus aux violences du dehors" et qu'elle est devenue "poreuse aux brutalités sociales du dehors". Bref, que la belle "hospitalité culturelle" n'est pas un sanctuaire qui protège du réel.
Les slogans militants trouvent vite leurs limites, cela aussi on le sait depuis longtemps. Et le management dans la fonction publique territoriale n'est pas le meilleur gage d'efficacité. Mais on ne peut déplorer (à juste titre) les comportements sociaux et refuser (non sans raison) les quelques moyens connus pour s'en protéger un peu. On peut beaucoup fantasmer sur un public qu'on veut défavorisé et avide de culture et de savoir, la réalité environnante est toute autre. Peut-être manque t-on de maturité pour sortir du déni, ou bien, comme aurait dit Freud, pour distinguer principe de plaisir et principe de réalité.

samedi 21 mars 2026

Sansal, mythes et trivialités

 J'évoquais dans mon billet précédent les enjeux du passage de Boualem Sansal de Gallimard au groupe Hachette, vers Grasset plus précisément. Et voilà que, jour après jour, on en apprend un peu plus sur les dessous de ce transfert : un million d'euros, et un à-valoir immédiat de 100 000 euros sur le prochain livre, qui traitera de l'année de détention en Algérie. Tout cela nous ramène à des considérations plus prosaïques. Aucune de ces informations n'a été démentie.

Tout cela s'inscrit dans des pratiques de plus en plus courantes, et ce n'est pas une première. Gallimard n'a, en outre, pas la réputation de signer des gros chèques à l'avance ; et Arnaud Lagardère serait intervenu personnellement pour signer Sansal. Bref, business is business. Il n'en demeure pas moins que l'histoire de Hachette (et peut-être de sa pérennité depuis 200 ans) a toujours été fondée sur la frontière entre la Direction et l'édition, l'une gérant et l'autre éditant... jusqu'à l'arrivée de Bolloré.

On ne fera pas de moralisme facile sur les éventuelles motivations financières du premier concerné, qui en a bien le droit ; et les affaires sont les affaires. Mais, nonobstant les enjeux liés à la récupération politique de Sansal, qui restent entiers, on est passé en quelques jours d'un storytelling d'hymne à la liberté pour un écrivain emprisonné à un bruit de tiroir caisse. Sans être sordide, l'histoire n'en est pas moins décevante.

dimanche 15 mars 2026

Boualem Sansal face à lui-même

 Ce ne sera pas Fayard, ce sera Grasset ; mais c'est bien chez Bolloré : voir ci-dessous notre billet du 27 février dernier sur la rencontre entre Sarkosy et Sansal. Le nouvel académicien quitte Gallimard "pour mieux se reconstruire" chez Hachette. Mais ce mercato agite le milieu de l'édition car il dépasse le seul changement d'écurie.

Gallimard avait pourtant bien soutenu l'auteur franco-algérien durant son année d'emprisonnement en Algérie : il avait trouvé les avocats, agité les ors de la République, suscité un comité de soutien. Même si, peu à peu, les soutiens à un écrivain emprisonné affluèrent de toute part, le comité de soutien penchait initialement très à droite : la proximité entre Sansal et certains cercles extrémistes expliquait cela. Mais lorsque le groupe d'eurodéputés d'extrême-droite (Afd, Orban, RN...) présidé par Bardella proposa le nom de Sansal pour le Prix Sakharov Gallimard refusa, avec l'accord de l'épouse de l'écrivain. Fureur du comité de soutien.

Est-ce cela qu'on fait payer aujourd'hui à Antoine Gallimard ? Ou est-ce simplement un recrutement d'un bon poulain pour le compte du groupe Bolloré ? Difficile de savoir, tant l'auteur a envoyé des signaux contradictoires. Toujours est-il que celui-ci apparait de plus en plus instrumentalisé. Cela étant, soyons clair : il a le droit d'avoir ses idées, de travailler avec l'éditeur de son choix, et Grasset n'est pas une mauvaise maison, et on se gardera bien, par la pudeur la plus élémentaire, de donner un avis sur le ressenti de quelqu'un qui a passé un an dans les geôles de Tebboune.

Espérons simplement que Boualem Sansal lèvera les ambiguïtés. Il aura sans doute le groupe Bolloré et ses médias à ses pieds, mais ce ne sera pas sans contrepartie. Il serait dommage que celui qui fut un héros de la liberté, et défendu comme tel, se retrouve aux mains de gens dont la définition de la liberté reste, historiquement parlant, des plus incertaines...  

jeudi 5 mars 2026

Les Moments littéraires : Hélène Hoppenot

 J'évoquais ici-même, en juillet dernier, la revue de littérature Les moments littéraires, "La revue de l'écrit intime". Le n° 55, du premier semestre 2026, est consacré à Hélène Hoppenot (1894-1990), ambassadrice, diariste et photographe. Peu connue du grand public (et même du moyen !) elle fut l'épouse d'un diplomate qu'elle suivit, au gré de la carrière de celui-ci, sur tous les continents. La diplomatie du XXème siècle était parée de grands noms : Claudel, Gary, Milhaud, Saint John Perse... Hélène Hoppenot en retirera des échanges, des correspondances, des amitiés. Et des portraits : J. Baker, B. Cendrars, W. Churchill, P. Claudel, Colette, de Gaulle...

Si elle fut une éminente photographe, dès les années 20, elle fut aussi une diariste persévérante qui tint tout au long de sa vie un Journal dont les Moments littéraires nous livrent quelques extraits, et qui témoigne d'une sensibilité et d'une acuité rares. Ainsi des portraits ciselés et incisifs, souvent bienveillants, parfois plus tranchants, toujours respectueux et perspicaces. Lucides et pudiques, ces témoignages en disent en quelques lignes que bien des biographies de 400 pages.

C'est donc un numéro intéressant et agréable que nous offrent les Moments littéraires.

www. lesmomentslitteraires.fr