Si vous aimez la campagne, les paysans, les terroirs... lisez Marie-Hélène Lafon et son dernier livre Hors champ. Mais attention : si vous ne jurez que par l'école de Brive vous risquez d'être bousculé. Car l'univers qu'elle fait vivre n'a rien de la campagne rêvée, celle qu'on a idéalisé et fantasmé sur fond de nostalgie. Ici nous sommes dans l'agriculture contemporaine des XX et XXIème siècles, faite de pression, de solitude, de dévalorisation. Dans un Cantal rude et rugueux, humain mais difficile. Une ferme, deux parents, un fils, une fille ; cette dernière (qui ressemble furieusement à l'auteur) s'émancipe, mais le fils subit la loi immémoriale, la loi de toujours : reprendre la ferme. C'est elle qui commande. Et ce qui faisait la force dans le passé (l'héritage, la tradition, le temps long, l'abnégation) est devenu à présent une aliénation face à la vie moderne. Et se révèlent les rancœurs et les amertumes recuites.
Marie-Hélène Lafon connait la ferme, du bruit des botteleuses de jadis jusqu'au robot de traite d'aujourd'hui, les mœurs des bêtes et les normes de la PAC. Son style, à l'image de son sujet, est sobre, sec et âpre. Perspicace et incisif, l'auteur (non, je n'écrirai jamais autrice ou auteurice) va à l'essentiel, la névrose, sans pathos ni jugement, en évitant les clichés sociologiques ou politiques.
Marie-Hélène Lafon est un de nos meilleurs auteurs contemporains. Pas encore la plus connue mais, livre après livre, elle impose sa patte et son œuvre . Ses sources d'inspiration -celles que l'on retrouve dans Hors champ- lui valent plus souvent les honneurs des gazettes de droite que celles de gauche, plus souvent le Figaro que les Inrocks. Son écriture n'est pas la plus facile à consommer ni la plus onctueuse, mais sa sensibilité, son exigence et son honnêteté font une littérature de qualité. Lisez la.
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