vendredi 1 mai 2026

Lectures : Le Feu, d'H. Barbusse... et les braises.

 Pourquoi relire Le Feu en2026, me direz-vous ? Euh..., vous répondrais-je. Par respect pour les classiques, peut-être. Parce que le bruit de notre monde qui grince ne nous rappelle pas que de bons souvenirs. Parce que la guerre est aussi vieille que l'humanité. Reconnaissons-le, la lecture du Prix Goncourt 1916 n'a rien d'euphorisant. Pourtant elle s'impose, aujourd'hui comme toujours pourrait-on dire.

Le livre d'Henri Barbusse avait, en son temps, partagé la France en deux : il avait été applaudi par les combattants, tandis que l'arrière poussait des cris d'orfraie ; il faut dire que l'ouvrage, sous-titré Journal d'une escouade, relatait sans fard le quotidien des poilus : les tranchées, la mort, la boue, le sang, la merde, la noirceur et la misère humaine étaient ceux d'une boucherie que l'on refusait de voir lorsqu'on n'y était pas enseveli. Le livre, témoignage irréfutable et libelle farouchement pacifiste, a trouvé sa place dans l'Histoire en devenant le titre de référence sur la der des der.

Une question m'est venue en relisant ces pages, devenue récurrente : ce livre est-il "acceptable" aujourd'hui pour un jeune, lycéen ou étudiant, d'aujourd'hui ? Je doute fort qu'un enseignant ou une institution ait l'idée de le proposer à notre jeunesse, mais comment réagirait celle-ci face à ce récit ? Notre monde aseptisé peut-il donner une idée de la "matière" dans laquelle se débattaient les soldats ? Des cerveaux conditionnés par les deux ou trois minutes de concentration sur un écran seraient-ils à même d'accepter les 400 pages d'apocalypse puante qui font l'immensité du livre ? Et, tout simplement, la description de la guerre réelle est-elle recevable de nos jours où celle-ci a pris la forme et la virtualité d'un jeu vidéo ? 

Peut-être est-ce pour cela que Le Feu est un ouvrage historique, de ceux qu'il faut, de tout temps, garder à portée de main.

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