samedi 26 septembre 2026

T. Orélien : C'était ça ou croupir...

 Les voies royales sont semées d'embûches, de nos jours plus que jamais. Thelyson Orélien roulait vers le succès : son dernier titre (soi-disant premier roman) C'était ça ou mourir venait d'avoir le Prix Fnac et fonçait vers les Goncourt, Renaudot, Femina, Medicis et autres. Mieux, il cochait toutes les cases du succès littéraire contemporain : Haïtien, black, ancien migrant, exilé, etc... Et son écriture même était parfaitement calibrée pour faire un carton.

Trop bien calibrée, trop bien marketée, peut-être : quelques (rares) journalistes s'interrogeaient sur une éciture lisse ou sur des tics de langage récurrents ? C'est mon style, ma culture haïtienne, répondait l'auteur. Seulement voilà, le compte X Balance ton Claude, qui traque les recours à l'IA a soumis le livre au décrypteur Pangram qui conclut à 100% à une écriture d'IA. Les tics d'écriture étaient des bafouillages d'algorithme. Pas fiable, rétorque-t-on, et c'est le style d'Orélien. Seulement les précédents ouvrages de l'écrivain, passés à la même moulinette, sont d'origine 100% humaine... "C'est du racisme !" hurle en chœur un certain public.

Jusque là, on pouvait se poser la question : fallait-il se réjouir de voir la machine écrire aussi bien que l'homme, ou se désoler que l'homme ne fasse pas, ou plus, mieux que la machine... Mais après tout puisque le lecteur-consommateur y trouve son compte, pourquoi pinailler ? Reste que si l'Homme et la machine se valent, c'est qu'il n'y a plus de créativité "originale", attendu que l'IA collecte tout mais n'invente rien.

On en était là, quand la statue déjà bien branlante de T.O. s'est complétement écroulée : on a découvert les nombreux plagiats qui émaillaient ses écrits antérieurs, où des passages entiers étaient pompés tels quels, sans citation ni le moindre effort de pudeur... Dernier clou sur le cercueil, on aurait retrouvé, oubliée dans un texte sur un blog, une consigne donnée à l'IA...

Grandeur éphémère et décadence. Faut-il en rire ou en pleurer ? Il semble que l'usage de l'IA soit longtemps passé inaperçu aux yeux de l'industrie littéraire. Il est à craindre qu'il faille désormais faire avec. Mais il semble aussi, ö surprise, qu'une carte de visite idéale ne garantisse pas toujours une moralité parfaite. 

On en apprend tous les jours.

lundi 14 septembre 2026

Morand, Haddad, Panot dans un verre d'eau...

 Un début de frémissement de polémique politique sur fond de littérature, en 2026 ? Oui, vous avez bien lu... Qui l'eut cru ?

Tout d'abord, à l'origine, un "éloge" littéraire de Paul Morand sur le compte X de Benjamin Haddad, notre ministre de l'Europe. Haddad est sans concession vis-à-vis de l'homme Morand mais célèbre son talent littéraire. Bien sûr, dans le camp d'en face, les insoumis Mathilde Panot et Manuel Bompard lui sont tombés dessus comme la vérole sur le bas-clergé, en dénonçant cet "éloge" (le terme est d'eux) d'un "auteur antisémite, traitre à sa patrie, partisan de Pétain et Laval"...

Que LFI s'en prenne à Morand au nom de l'antisémitisme et la Patrie ne manque pas de sel, mais on aurait aimé un poil de référence littéraire qui aurait donné un peu de hauteur au propos, à défaut d'argument nouveau. Mais on peut douter de la culture littéraire de nos deux insoumis, quand Haddad annonce lire Flaubert, Balzac, Vargas Llosa, Le Carré ou Houellebecq. Haddad qui vomit le diplomate Morand mais encense le chroniqueur des années folles qu'il fut. "On peut aimer Ernaux et les Hussards", conclut-il.

Cette "polémique", aussitôt allumée aussitôt enterrée, n'ajoutera rien au vieux débat sur la séparation de l'homme et de l'œuvre. Elle interpellera juste sur l'utilisation de son compte X ministériel par Haddad, dont on se demandera longtemps s'il s'agissait du goût littéraire de l'individu ou d'une opération politique de com de la part du ministre. Quoi qu'il en soit, on ne croyait plus possible que la littérature puisse être un enjeu...

On l'aura compris, cette tempête dans un verre d'eau risque de s'avérer finalement assez dérisoire. Mais ça nous aura amusé le temps d'une rentrée.