Jour après jour, après la bombe Orélien, les réactions se sont estompées. Moins de déni et de clichés faciles chez les uns, davantage de mesure chez les autres, moins de cris d'orfraie de part et d'autre. Mais que ressort-il de cette affaire ?
Premier enseignement, après la révélation des plagiats et de la commande à ChapGPT, que plus personne ne conteste, se révèlent les limites de l'intégrité morale de Thelyson Orélien (on n'ose plus écrire "l'auteur") dont la notoriété soi-disant talentueuse reposait largement sur le pillage. Ce n'est sans doute pas une première dans l'histoire de la littérature, et peut-être va t-il falloir que notre époque s'habitue à ce genre de manipulation et d'accommodements avec l'éthique.
Plus intéressant, le regard que l'on peut porter sur le monde de l'édition. J'ai vu beaucoup de ricanements à l'encontre de la profession, qui se serait faite dupée comme des amateurs : ricanements d'impuissants en quête de revanche... Car on fera remarquer que si des journalistes ont flairé l'imposture à la seule lecture du texte (S. Fitoussi, F. Colin,...) il est permis de penser que les cadors de l'industrie de Saint-Germain-des-prés ont du avoir les mêmes doutes. Sans compter que la concurrence y est généralement sans pitié.
Si l'édition n'a pas été dupée c'est qu'elle a été cynique, préférant le "pas de vague" à un authentique examen de conscience face à une difficulté historique majeure. Est-ce pour ne pas altérer le succès commercial d'un titre dont la "perfection" allait le faire rentrer dans l'histoire ? Ou parce que l'IA est déjà trop présente pour être bannie d'un claquement de doigt moralisateur ? La boite de Pandore n'a été ouverte que par effraction.
Toujours est-il que faute de courage l'industrie éditoriale aura, comme aurait dit Churchill, à la fois l'échec et le déshonneur. Reste que, quel que soit l'avenir réservé au livre signé d'Orélien (qui continue à se vendre autant...) la présence de l'IA est avérée et définitive. Celle-ci se sert des mots produits par des humains, et écrit aussi bien qu'eux. Peut-être parce que ces derniers n'écrivent plus que médiocrement, pour des livres formatés par le marketing. Il y a supercherie en ce sens que dans un livre il doit y avoir à la fois un texte et un homme pétri de chair et de sentiments. Sinon autant donner le Goncourt à ChatGPT, capable -on vient de le voir- de rédiger 500 pages très vendables...
Alors peut-être l'écrivain devra t-il s'affranchir du formatage pour retrouver une sensibilité créatrice, dans une créativité permanente comme il y a une révolution permanente ? Sur ce terrain là, l'IA ne pourra pas le suivre. Imagine t-on l'IA inventer Céline ?
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