mercredi 4 novembre 2026

Lectures : L'éléphant, de Patrick Modiano

 C'est le dernier Modiano. Avec cet auteur, on sait peu ou prou ce que l'on va retrouver, ce qui fait sa patte. Le héros du roman, c'est van Halle, surnommé l'éléphant parce qu'il est physiquement lourd et massif. Et parce que l'éléphant, c'est bien connu, est doué de mémoire. Seulement voilà, van Halle est plus ou moins amnésique (comme souvent les personnages de Modiano) et le passé est confus. Mais voilà qu'en observant à la jumelle quatre fenêtres de l'immeuble d'en face des réminiscences viennent poser quelques éléments d'un puzzle évanescent. Touche par touche, une histoire semble revenir.

On retrouve évidemment la marque de Modiano, et peut-être ce livre est-il le plus modianesque de tous. Les grands auteurs écrivent toujours le même livre, dit-on ; chez Modiano c'est celui du temps qui passe et qu'on ne retrouve plus, sauf en pensée. Nostalgie et fantômes.

Pourtant, une objection est souvent faite à ce livre (Gallimard, comme d'habitude) qui ne s'achève pas vraiment, ce qui peut-être déroutant pour le lecteur qui a l'impression de refermer le tome 1 d'une fresque inachevée. Où va le livre ? où va l'auteur ? ont questionné certains critiques. Peut-être que la question n'a pas de réponse : le temps passe, l'homme reste, et l'homme meurt... On a parlé de "fonds de tiroir" à propos de ces 98 pages, très modianesques on l'a dit, peut-être est-ce une forme de testament. Notre Prix Nobel a 81 ans.

Quoi qu'il en soit, Modiano est grand.