vendredi 10 octobre 2014

Modiano, Place du Nobel...

Un quinzième auteur français a obtenu le Prix Nobel de Littérature, c'est donc forcément Patrick Modiano. Quoi qu'on puisse penser de ce genre de consécration, je crois que cette fois-ci la littérature y a gagné.
Evoquer Modiano comme "un Proust de notre temps" me parait discutable, ou son oeuvre comme une "mémoire du monde de l'Occupation" un peu approximatif. L'auteur est né après la guerre, et son univers de l'Occupation est davantage une représentation qu'un souvenir. Mais Patrick Modiano c'est, de façon essentielle, une sensation du monde, et non une vision ; certains ne manqueront pas de trouver cela quelque peu réactionnaire, mais Modiano a creusé son sillon sans céder aux modes littéraires ,  idéologiques ou bien pensantes (modes qui ont procuré le Nobel à d'autres), dans une oeuvre originale, intimiste, globale, voire historique.
Modiano, c'est également une oeuvre et un style exigeants et épurés... de la bonne littérature, disais-je.

mercredi 1 octobre 2014

Misère de l'éponymie

Journal de la mi-journée sur France 3, la semaine dernière : Jean Paul Belmondo, dans un documentaire à lui consacré, revient dans le village de Villerville où, en 1962, il avait tourné "Un singe en hiver", sous la direction d'H. Verneuil. Accompagné de son fils Paul, Bébel parvient à s'extraire de la Mustang noire qui le promène ; mais les images laissent une impression un peu amère.
Certes, cela fait quelques lustres que notre homme a arrêté sa carrière au cinéma, et sans doute était-ce souhaitable... Ses dernières prestations en rubriques faits divers mondains évoquaient des poupées gonflantes. Quant aux groupies qui l'attendaient à Cuverville...
Mais Belmondo, surtout à l'époque du noir et blanc, a accroché à son actif quelques prestations dignes de respect, comme ce Singe en hiver, et demeure un grand acteur de cinéma et de théâtre.
Quant au film lui-même, il est d'autant plus important qu'il serait impossible à réaliser de nos jours : les ligues de vertu anti-alcooliques y mettraient bon ordre.
Ah, j'oubliais : jamais au cours du reportage, on n'a prononcé le nom d'Antoine Blondin... l'auteur du livre éponyme, à qui le film doit tout.

mardi 23 septembre 2014

Aymeric Caron, pour un beau marché...

Il est nous dit-on de plus en plus de people qui demandent une protection policière : soit, ce n'est pas nouveau que les exhibitionnistes crient au viol ; et narcissisme et marketing font le reste. Mais on peut encore rire à notre époque : figurez-vous que Aymeric Caron  vient à son tour d'en demander une ! Voilà un chroniqueur qui a fait profession de provoquer tout azymuth, avec des slogans tellement tartes qu'il est obligé d'en rajouter, avec une conviction digne d'un ado prépubère qui cherche des baffes. Mais son discours gaucho-politico-correct s'assèche vite, faute d'idées et de talent, alors notre homme s'effraye de son audace supposée et imagine des représailles à la hauteur de son importance, supposée elle aussi... et court au commissariat le plus proche demander la protection des pandores.
J'ignore si ses voeux seront exaucés. Ce que je sais, c'est que, qu'ils le soient ou non, notre impétrant est au moins à l'abri d'un danger : il y a belle lurette que le ridicule ne tue plus.

vendredi 19 septembre 2014

Dumont, Pellerin, la culture...

Comme aurait aussi bien pu le faire Sacher-Masoch, il m'arrive de regarder le 28 Minutes sur Arte...
Sans surprise, je suis tombé un soir sur Eric Reinhardt. Normal.
Un autre jour, sur Fleur Pellerin, nouvelle ministre de la Culture. On connait le profil méritocratique et multiculturel de celle-ci, et les clichés qui s'y attachent. Sans préjuger de son action ni de ses propos, j'aurais aimé que l'interview précise ce que l'idée de culture pouvait signifier pour elle... Trois ou quatre banalités plus tard, j'attends encore.
Enfin, je ne connaissais de Bruno Dumont que son nom et quelques titres, dont celui de sa série "P'tit Quinquin" qui fait l'objet d'une grosse promo sur Arte et le Nouvel Obs, ce qui m'incitait plutôt à la méfiance. Or, que ce soit dans son interview à Télé Obs ou dans celle sur Arte, j'y ai découvert une belle hauteur de vue et une solide critique vis-à-vis d'un certain politiquement correct... Bref, de l'intelligence. Le fait est trop rare pour ne pas être très agréable.

mercredi 3 septembre 2014

Page à page

Il y a bien longtemps que les rentrées ne me meurtrissent plus tellement... A vrai dire, depuis que je ne vais plus à l'école. Pourtant, si récemment je louais un numéro estival du Nouvel Obs, celui de cette semaine est plutôt de nature à m'atterrer. Jugez un peu, et dans l'ordre :
Page 99 : Il y est question d'Haruki Murakami, dont on sait qu'il vend beaucoup (1Q84, tout ça...), des "romans qui semblent s'adresser aux adolescents", avec des intrigues "simplettes" : c'était donc ça la clé du succès !
Page 102 : Eric Reinhardt. Bon, Reinhardt dans le NO, à une lettre près.... "L'inventeur de l'autofiction fantasmée", nous dit Garcin. Retrouvé, (communautarisme oblige ?) hier matin chez Benoit Dutertre sur France Musique. Il y a probablement du talent chez Reinhardt, mais je baille devant ces auteurs dont on dit qu'ils excellent à se mettre dans la peau d'une femme. Pour, inconsolables, y retrouver ce qu'ils espéraient de leur maman ? Il y est question, en vrac, de Meetic, de Madame Bovary, de maris "pervers narcissiques"... un peu d'exigence SVP.
Page 103 : Rousseau était macho ! Allons donc, quel scoop... Et pourquoi pas Voltaire esclavagiste, tant qu'on y est ?
Page 104 : Rubrique Ecrivains de l'Obs. Arnaud Gonzague est journaliste au NO, Olivier Tosseri journaliste aussi, quelque part. Leur roman sera donc signé Gonzague Tosseri. "Les chibres de tigre font-ils de bons aphrodisiaques ?", s'interroge le chroniqueur de service. Un flic, taiseux bien sûr, enquête et observe "des ministres se livrer à d'étranges rituels sur de jeunes tatas héroïnomanes", entre ligues "fascistoïdes" et traque des homosexuels. Nous sommes bien chez le NO.
Page 106 : le nouveau roman de Benoit Dutertre ! Oui, le même que nous évoquions plus haut !
Page 107 : Il y est question de Richelieu, homme d'Etat reconnu qui disait parait-il "Ceux qui vivent au jour le jour vivent heureusement, mais on vit malheureusement sous leur conduite." A transmettre à nos élites contemporaines.
Page 107 toujours, le palmarès des ventes. Dans les huit premiers : un Lévy, un Musso, trois Pancol, un Coelho. Il faut se consoler avec d'Ormesson et Camilla Läckberg, d'autant plus que Gavalda n'est pas loin qui klaxonne...
Pages suivantes, afin de sortir de l'ornière, on retrouve les aventures cinématographiques de Michel Houellebecq. Elles m'importent peu. Par contre, Houellebecq ressemble de plus en plus à Céline.

mardi 19 août 2014

En attendant Ménégoz et Karpathia...

Soyons justes et reconnaissons, lorsque cela le mérite, l'intérêt du Nouvel Observateur de cette semaine, pour les amateurs de littérature.
L'actualité commande un article d'hommage à Simon Leys, récemment disparu. Ensuite, le dossier central de l'hebdomadaire est consacré à Montaigne : même si c'est au coeur du mois d'août, le choix mérite d'être salué.
Enfin, un long article est consacré au premier roman de Mathias Ménégoz, "Karpathia" (POL), annoncé comme un évènement de la rentrée littéraire : l'auteur y relancerait, dans un style classique, le genre de la fresque historique, chez un éditeur plutôt adepte de "l'autofiction chic"...
Je reste certes prudent vis-à-vis de l'oeuvre, sachant qu'il n'est pas rare que le talent de l'attaché de presse prime sur celui de l'écrivain, cela s'est souvent vu. Néanmoins, Mathias Ménégoz, qui déteste l'autofiction, dit des choses intéressantes, certes dans le registre quelque peu éprouvé du réac contemporain, mais qui tranche avec le creux verbiage de tant d'autres.
Attendons donc la rentrée et les 700 pages annoncées pour apprécier.

mardi 12 août 2014

Amazon, moeurs cavalières...

Vous n'ignorez rien de la féroce guerre de ce mois d'août, où s'affrontent de part et d'autre de l'Atlantique deux institutions financières sensées incarner une bonne part de ce que l'on appelle la culture... j'ai nommé Amazon et Hachette.
Je n'ai aucune incertitude sur l'issue du conflit, dès lors qu'il oppose un américain et un français... En attendant que soit trouvée une forme d'accord sur le prix du livre numérique (là est l'enjeu) les arguments volent. On pensera ce que l'on voudra de ce qu'un distributeur impose le prix du produit à celui qui le fabrique, mais c'est la loi dans n'importe quel hypermarché du coin. Q'un éditeur veuille préserver sa marge, le plus longtemps possible, n'est pas non plus sans logique. Quant aux supplétifs pétitionnaires qui volent au secours de la main qui les nourrit (du moins le croient-ils) on ne sort guère des habitudes...
Amazon qui ne gagne pas d'argent est un modèle économique fragile, ce qui ne l'empêchera pas d'exploser les modalités du marché ; exploser les ventes semble beaucoup plus aléatoire. Hachette s'adaptera. Les victimes collatérales sont déjà connues, quand les éditeurs amortiront sur ce qu'il reste de droits d'auteur les concessions faites à Amazon, qui risque de ne pas apporter grand chose. L'industrie musicale connait cette problématique depuis des années.
Le plus attristant tient dans ces commentaires-débats qui suivent chaque article consacré à l'affaire : ceux qui veulent faire moderne et vantent le côté pratique de l'e-book, ceux qui tiennent au livre papier mais critiquent son prix, etc... Mais tout le monde tombe d'accord pour tirer à boulets rouges sur les éditeurs qui s'engraissent ! Tout le monde n'a pas pour autant le talent épistolaire de Céline face à Denoël ou Gallimard...
On rappellera que pour le livre papier, quand les droits d'auteur tournent globalement entre 8 et 10%, la grasse marge de l'éditeur est de 12% ! Et que celle de la distribution, grossistes et libraires, ou bien celle d'Amazon qui fait les deux, dépasse 60%... 
J'admets sans difficulté que le livre soit un produit. Mais est-on bien sûr que l'on parle encore de culture ?


lundi 28 juillet 2014

Culs et chemises

Lectures estivales sous le sceau de la flemme : le Nouvel Obs du 24 Juillet. Egal à lui-même : intéressant, et les habituels clichés comme ligne éditoriale, avec les copinages comme supplétifs.
Page 66 : Dominique Fernandez, qui n'est pas sans talent ni finesse, évoque un "subversif Maupassant". Intéressant, si ce n'était pour conclure que Maupassant ne devait son talent et sa verve qu'à son homosexualité refoulée... Ben voyons. On a beau s'y attendre, ça assoit toujours.
Page suivante : un entrefilet sur le dernier roman de Bernard Thomasson, généralement connu pour ses prestations météorologiques, et ses "personnages attachants", à savoir un jeune black joggeur et une serveuse de Mac Do... et "une petite dose de bons sentiments ne fait pas de mal". On sent affleurer le génie. Rappellera-t-on qu'on n'a jamais fait de bonne littérature avec de bons sentiments ?
Sur la même page, l'inénarrable Sophie Delassein critique (favorablement) un ouvrage consacré à son ami Renaud... Quelle surprise !
Page 72 : un article sur Larry Wachowski, dont la clé de l’œuvre cinématographique tiendrait à son changement de sexe.
Un peu plus loin : 4 pages sur Yves Saint-Laurent. Classique.
A noter que l'article de fond (?) est consacré à l'auteur de "Game of Thrones".
La flemme est un fléau largement partagé.

samedi 19 juillet 2014

Monteils un autre regard, c'est 2014

L'édition 2014 de l'exposition multiculturelle "Monteils, un autre regard"  se tient à Monteils (Tarn-et-Garonne) du 18 au 25 Juillet. Une bonne affluence assistait au vernissage du vendredi soir.
L'invité d'honneur en est le graffeur Julien Avignon.
Les autres participants :
          - Didier Binoist, ferronnier d'art
          - Monique Ghiretti, plasticienne
          - Anne-Marie Rantet Poux, photographe
          - Josiane Dubor, aquarelliste
          - Camille Marceau, plasticienne (et les enfants de l'école)
et bien sûr votre serviteur : Michel Poux, écrivain !

mercredi 2 juillet 2014

Rentrée, le retour

Ma langueur sur ce blog et ma faible productivité tiennent davantage à ma santé qu'à une torpeur estivale pas encore de mise ; j'ai toutefois capté une dépêche AFP sobrement intitulée "Une rentrée littéraire 5 étoiles". Même si je ne nourris guère d'illusion sur la grandeur littéraire des rentrées, je me suis pris à espérer.
Quelque lignes plus loin l'enthousiasme se tempère. Je suis très conscient que la littérature grand public a ses impératifs de marketing, qu'elle concourt à la production d'ouvrages de qualité supérieure mais plus difficiles à vendre, que le livre ne se corrompt pas dans le loisir, qu'il en faut pour tous les goûts, que...
Pourtant la récolte s'annonce maigre. Laissons de côté Nothom et Beigbeder, traditionnellement évitables, mais on n'échappe pas à Olivier Adam, David Foenkinos, Emmanuel Carrère, Alice Ferney, Laurent Mauvignier... Certes, certains de ces auteurs ne sont pas sans intérêt (Mauvignier, Ferney), et Carrère vaut mieux que certains exercices d'autofiction qu'il nous a infligé. Mais on patauge encore et toujours dans l'éternel politiquement correct de ce début de siècle, sur ces thèmes écolo-socio-dépressifs dont les recettes plaisent tant mais dont on du mal à imaginer ce qu'il en restera une fois la mode passée, c'est-à-dire très bientôt...
Après tout, certains sont devenus prix Nobel avec cela, alors...