mercredi 10 juin 2015

Gauche : l'intellectuel bouc-émissaire du politique


Les récentes sorties de N. Vallaud Belkacem contre les "pseudo-intellectuels" ou de M. Valls sur Onfray n'ont rien de nouveau : qu'on se souvienne de Max Gallo, porte-parole du gouvernement en 1983, qui stigmatisait la désertion des intellectuels d'une gauche au pouvoir depuis deux ans...
Longtemps, intellectuel voulait dire "intellectuel de gauche" : aujourd'hui ce n'est plus un pléonasme, tant le centre de gravité de la pensée s'est déplacé vers la droite. Dans le même temps, reconnaissons que certains intellectuels, à force de courir après les media sont devenus des quasi-people, et les provocations nécessaires au buzz n'ont pas évité les simplifications abusives : leur crédibilité en a souffert.
Cela dit, la gauche constate une fois de plus l'éloignement des penseurs qui lui étaient auparavant attachés et qui, même lorsqu'ils demeurent à gauche, n'en fustigent pas moins la gauche institutionnelle ; Julliard évoque le "néant spirituel et intellectuel contemporain", Debray s'en tient à un rôle de spectateur critique du haut de son Aventin, Le Goff brocarde l'inculture des gens au pouvoir et le "gauchisme culturel", et Onfray, Nora, Bruckner et tous ceux qui, comme Finkelkraut, furent à gauche...
Les idées de gauche ne sont guère portées désormais que par des groupes de pression, souvent communautaristes, et leur pouvoir dans les media. Le présent a pris le pas sur la pensée, les artistes sur les intellos. Engluée dans le marais du politiquement correct, empêtrée dans les impasses de l'antiracisme faute d'un projet ambitieux et structuré, misant sur le populisme international (Syriza, Podemos,...), la gauche court après des revendications sociétales et individualistes.
Beaucoup d'intellectuels (Furet, Debray, Nora...) ont longtemps prévenu du champ de ruines qui s'annonce. D'autres analysent sans concession, et sans renier quoi que ce soit des valeurs de gauche. C'est le cas de Jacques Julliard : nous y reviendrons.

lundi 1 juin 2015

Charlie, de l'esprit aux communautés

Les magazines télévisés consacrés aux media ont ceci d'intéressant qu'ils confortent ce qu'ils entendent "dénoncer". L'émission Médias le magazine, le dimanche sur France 5, n'est pas désagréable, mais quand ce sont les media qui parlent des media pour nous montrer combien celles-ci nous manipulent, on a le droit de demeurer goguenard... Quant à stigmatiser conflits d'intérêt ou copinages, encore eut-il mieux valu que Thomas Hughes évite de n'inviter que des collègues de RTL, comme ce fut le cas ce dimanche.
Mais il y a aussi un débat, et hier il opposait Joseph Macé-Scarron, de Marianne, et Rockhaya Diallo, porte-parole de diverses associations ou animations communautaristes ; il s'agissait d'évoquer l'esprit Charlie, cinq mois après, suite aux sorties récentes de Plenel ou Todd, assimilant les musulmans aux juifs des années 30 et la mobilisation à l'expression d'une "bonne conscience répressive"... Le bilan est atterrant.
Certes le 11 Janvier fut un chef d'oeuvre du marketing compassionnel, à la limite de l'évènementiel et forcément ambigu. Mais il s'était produit dans la gravité des jours précédents un sursaut de conscience, qui aurait pu être un bon terreau pour ce vivre ensemble dont on nous rabâche tant les oreilles, et propre à dépasser les habituelles crispations.
Au lieu de cela, la question fondamentale qui était en janvier "A t-on le droit de dire ce que l'on pense même si cela ne plait pas à tout le monde ?", semble devenue aujourd'hui "Peut-on condamner l'islamisme sans être raciste ?". Le glissement sémantique se passe de commentaire, et ne me parait annonciateur que de lendemains au ciel noir.

mercredi 27 mai 2015

"Pseudo-intellectuels" contre vrais démagos

Il n'est pas rare que l'on se gausse des "pseudo-intellectuels", supposés brouillés avec le réel et planant en coupant les cheveux en quatre, quand ils n'attentent pas à la vertu des mouches. Mais c'est en général dans des émissions de la télé-réalité, ou chez ces gros médias qui dégagent du temps de cerveau disponible pour le marché, auquel on soumet la plèbe besogneuse et inculte...
Las, cette fois c'est un ministre qui ne recule pas devant cette facilité, et non des moindres : celui de l'Education ! Le mépris de la pensée s'affiche là où on l'attendait le moins... Non que Najat Vallaud-Belkhacem nous soit jamais apparue comme le porte-parole de l'excellence, mais là on aurait pu espérer qu'elle respecte le titre dont on l'a parée.
C'est donc une des icônes du politiquement correct qui, pour défendre une réforme qui ne convainc personne, traite de "pseudo-intellectuels" des penseurs comme Nora, Debray, Fumaroli, Finkelkraut, Julliard et d'autres...
Ces intellos, à des degrés divers, accusaient sa réforme de faire peu ou prou l'éloge de la médiocrité : ce n'était assurément pas la meilleure façon de leur répondre.

lundi 18 mai 2015

Le Jourde & Naulleau, ou la rançon du succès

Je me suis récemment offert le dernier Jourde & Naulleau (Chifflet & Cie), dans une version "augmentée et aggravée de leur pastiche du Lagarde et Michard", lit-on sur la 4ème de couverture.
Cette entreprise de démolition d'écrivaillons contemporains sans talent doit certes être considérée comme un pamphlet, avec ce que cela suppose de férocité, d'approximation injuste et de mauvaise foi ; sans doute est-on pour une part dans la caricature, mais il n'existe de caricature qu'empreinte de vérité.
Egratigner la vacuité de certains succès contemporains (ou comptant pour rien, selon la formule) n'est pas une fin en soi, mais l'ouvrage de Jourde et Naulleau se révèle à la fois instructif (fâcheries en ville, haines ou copinages, négritudes...) et jouissif, ne serait-ce qu'à la lecture des critiques qu'en font les critiques officiellement officiels : rien que pour cela, le J et N est salutaire. On préfèrera l'humour féroce de Naulleau, ou l'académisme plus technique de Jourde, mais l'entreprise est de salubrité publique...
On pourrait plaindre les victimes. Pourtant, ce n'est pas sur des ambulances que tirent J et N : leurs cibles sont des auteurs (?) qui vivent fort bien de la médiocrité littéraire contemporaine. Si le succès (on n'ose écrire la gloire) appelle une rançon, celle-ci se nomme le Jourde & Naulleau !

samedi 9 mai 2015

Ecume de nos jours

D'être très occupé par la "finalisation", comme on dit, d'un projet littéraire en cours n'a point empêché les hasards de mes journées de me conduire devant quelques séquences télévisuelles, parfois accablantes, toujours instructives.
J'ai ainsi pu subir Emmanuel Todd (Qui est Charlie ? Sociologie d'une crise religieuse, Seuil), pour qui être en désaccord avec lui conduit à la conclusion : ou on n'a pas lu son livre, ou bien on est vraiment bête. N'ayant pas lu son livre, je reste serein.
J'ai cependant eu le sentiment, au fil des extraits ou des interviews de l'auteur, d'un propos très laborieux, d'une clarté relative et animé avant tout par le désir : 
1- de prendre le contrepied du discours dominant du 11 janvier, et d'être le premier à le faire.
2- d'embêter le gouvernement.
3- de prouver qu'il est un vrai intellectuel de gauche, ou un intellectuel de la vraie gauche.
On trouve là les trois éléments de marketing incontournables aujourd'hui pour un projet éditorial un peu ambitieux, même pour un atrabilaire comme Todd.
J'ai regardé également Francis Cabrel en pleine promo de son dernier album (In extremis) : normal, exercice obligé. Par contre je l'ai aussi vu errer sur des plateaux de talk-show, passablement égaré, ne sachant où il convenait de rire, à quel degré il fallait comprendre l'humour de cour de récré qui y régnait... c'était sur le service public.
Ainsi donc, même Cabrel est contraint à cela... Misère, misère.

jeudi 23 avril 2015

Retour sur Mona Lisa ou la clé des champs

Les séances de dédicace ne sont pas toujours agréables, tous les auteurs vous le diront. Lorsqu'elles le sont, c'est bien sûr du fait de la rencontre et de l'échange avec le public. Mais elles présentent aussi l'avantage pour l'auteur de l'aider à définir a posteriori son ouvrage, et parfois de mieux comprendre ce qui l'a animé pendant la conception de son livre.
C'est ainsi qu'au fil des signatures j'ai pu identifier plus clairement les motivations qui m'ont porté pour écrire "Mona Lisa ou la clé des champs" (L'Harmattan, novembre 2014).
Il y avait un évènement historique, peu connu du grand public mais en soi extraordinaire : le parcours du Louvre pendant la guerre, le déménagement des œuvres, le caravansérail de 200 camions et 250 personnes, les aléas des lieux de résidence et des déplacements, tout cela méritait quelque chose.
Mais si j'en ai fait un roman, c'est bien pour dépasser le seul fait historique, et donner au texte une portée plus étendue et plus universelle. Il n'y a d'ailleurs qu'un seul personnage fictif dans ce roman, ce jeune paysan qui va découvrir le monde de la création et de la culture "classiques". Mais la rencontre avec André Chamson, auteur du terroir et de langue d'oc, et c'est là la clé du roman, va l'éclairer sur sa propre culture. D'où ma prétention d'évoquer une rencontre entre l'art et la terre, le beau et le vrai...
Carl'image de la Joconde appuyée sur une meule de foin dans la campagne rouergate, qui était l'émotion première de ma motivation et qui illustre mon propos, a bel et bien existé...

samedi 18 avril 2015

Ridendo dicere verum quid vetat ?

L'actualité contemporaine est glaçante.
Parfois du fait de problèmes ou faits-divers objectifs, parfois de la réponse qu'on y fait ou qu'on voudrait y faire.
Ici, on voudrait interdire toute activité à un quidam susceptible de devenir dépressif ; là, on voudrait enfermer les individus dont on n'est pas assuré à l'avance qu'ils ne recommenceront pas ; ailleurs encore, interdire d'exercice tout enseignant potentiellement pervers.
Bien sûr, il ne s'agit pas d'ignorer l'émotion, et encore moins de nier le risque ou les drames régulièrement actés. Pourtant, et en sus de la situation kafkaïo-ubuesque qui en résulterait, il me semblait que le droit sanctionnait un acte délictueux, et non possible.
La judiciarisation de la société n'a jamais été dans l'Histoire une bonne réponse. De même qu'il est à craindre que les plans anti-terrorisme, anti- racisme, anti-antisémitisme, anti-homophobie, toussa etc... ne pèsent davantage sur les humoristes que sur les terroristes. Et depuis Philippe Muray on sait ce qu'on peut penser de "l'envie de pénal".
C'est d'ailleurs en relisant Muray que m'est revenu à l'esprit la citation de Horace (Satyres), "Ridendo dicere verum quid vetat ?"...
"Qui nous empêche de dire la vérité en riant ?"

mardi 31 mars 2015

Axel Kahn, le chercheur et le territoire.

Entendu hier soir sur 28 minutes, l'horripilante émission d'Arte qui réserve parfois des pépites, une interview d'Axel Kahn qui, après avoir parcouru et commenté la France des Ardennes jusqu'au Pays basque (Pensées en chemin, Stock 2014) publie dans les jours à venir "Entre deux mers", voyage perpendiculaire au premier, d'ouest en est. Il y aurait beaucoup à dire sur ces marcheurs qui en une nuitée vous définissent une région, mais le discours de Kahn m'a agréablement surpris.
Ce "patriote de gauche", qui considére comme un désastre l'abandon par la gauche de certaines idées qui font le miel de l'autre bout de l'échiquier politique, y réaffirme son attachement aux territoires et aux cultures locales. "L'attachement au monde sera plus manifeste à travers le partage des motifs de fierté des citoyens témoignant chacun de la richesse de son territoire et de son pays, ardents à découvrir aussi celle que d'autres lui présentent...", écrit-il par ailleurs.
Il montre dans ses propos, illustrés par son long périple, que les gens vivent mieux les difficultés économiques contemporaines, par exemple, s'ils ont le sentiment d'une identité, d'une culture régionale. Alors que beaucoup de penseurs de gauche persistent à n'y voir que xénophobie, réaction et inculture, Axel Kahn redonne leur juste valeur à ces cultures, et tend à prouver à l'inverse que ce sont les banlieues et le politiquement correct socio-cul qui n'ont accouché que d'acculturation.
Et si les territoires étaient justement l'antidote aux dérives nationalistes ?
Patientons en attendant la parution du livre. Mais il devrait être intéressant.

vendredi 20 mars 2015

Dédicace Toulouse

J'aurai le plaisir de dédicacer mon dernier ouvrage
         Mona Lisa ou la clé des champs
                   L'Harmattan 2014

                                à
                CULTURA LABEGE
               Samedi 21 Mars 2015
               de 10 h 30 à 18 heures

L'occasion de nous y retrouver ?

mercredi 4 mars 2015

Soumission... et c'est ainsi que Houellebecq est grand !

Certes, ce n'est sans doute pas le meilleur Houellebecq, mais pas le moindre non plus... Soumission (Flammarion) n'a pas la dimension des Particules élémentaires, par exemple, pourtant son intérêt va bien au-delà des téléscopages avec l'actualité de Janvier, et conforte Michel Houellebecq comme un auteur contemporain de rare envergure, sans doute aucun le meilleur dans son genre : la vision et la description d'une société déshumanisée, orpheline et agonisante.
Soumission n'est pas un ouvrage politique, au sens courant du terme, et Houellebecq n'est pas davantage un homme politique ; inutile donc de pousser des cris d'orfraie comme le font certains, l'accusant de racisme, de paranoïa, de démagogie, d'irresponsabilité... et commentant le doigt au lieu de regarder la lune.
La France de 2022 qu'il décrit, présidée par un musulman, peut sembler bien improbable, et donc pure provocation. On objectera cependant que dans son scénario, le plus tiré par les cheveux (quoique...) tient dans l'hypothèse d'un deuxième mandat de François Hollande ! Pour la suite dudit scénario, on a connu plus loufoque. Résumons : au 1er tour de la présidentielle, le candidat d'un parti musulman, très modéré et fédérateur, arrive devant le PS et derrière le FN. Pour faire barrage à ce dernier, le front républicain vote pour le candidat musulman, et Bayrou devient premier ministre. Et c'est ainsi qu'Allah devient grand.
Quant au reste, que les élites soient prêtes à se convertir à l'islam pour conserver leurs miettes de pouvoir, je ne suis pas sûr que cela soit si farfelu que cela... Pour ce qui est du sort des femmes ou de l'instauration de la polygamie, on aura reconnu cet humour féroce habituel chez Houellebecq.
L'intérêt de l'ouvrage tient non dans sa dimension de politique-fiction mais dans l'illustration habituelle des comportements au cœur d'une société acculturée, impuissante et veule ; à moins de considérer le succès du marketing compassionnel de Je suis Charlie comme une forme de résistance, est-on bien sûr que Michel Houellebecq soit dans le faux ?