mercredi 6 septembre 2017

Salon d'été...

Les salons du livre de l'été, surtout dans les univers ruraux, ont ceci de plaisant qu'ils sont toujours surprenants. On y fait les rencontres habituelles : authentiques amateurs de littérature, faux amateurs, discoureurs à l'inculture crasse, auteurs potentiels, velléitaires ou auto-proclamés, consommateurs branchés de médias, etc...
Ces salons sont souvent intégrés à des manifestations plus vastes, foires, expositions ou autres, ce qui élargit la palette sociologique des visiteurs. Ces salons sont aussi plus sincères ; on n'y trouve pas, à quelques exceptions près, de ces exaspérantes prétentions de (sous)-préfecture, qui seraient si amusantes si elles n'étaient si tragiques. Mais au contraire défile devant votre étal, au cœur du flux, une riche galerie de personnages plus ou moins attachants : paysans taciturnes, hurluberlus variés, ratés en mal d'écoute, farfelus borderlines, et j'en passe...
Les uns sont gentils, d'autres non ; certains sont instruits, d'autres pas. Venus en vadrouille, par désœuvrement, par curiosité ou par intérêt pour la grande manifestation locale, ils observent vos livres avec attention, ou perplexité, ou répulsion, ou envie. Parfois une conversation s'entame, qui vire court ; d'autres fois, l'individu à tête d'idiot de village se révèle bien plus cultivé qu'il ne paraissait, et il peut témoigner de certaines connaissances ou sensibilités qu'il n'a guère l'occasion de partager le reste du temps...
Qu'on ne s'y trompe pas : il y a aussi bien sûr des "gens comme tout le monde", ou plus exactement des gens qui ne répondent pas au profil habituel du lecteur qui court les salons, mais qui s'expriment, écoutent, échangent, et même qui achètent ! De ces gens qui vous font rentrer chez vous, le soir, un peu plus riche... d'humanité !

jeudi 31 août 2017

Le passé ne passera pas !

L'heure étant parait-il aux réformes, on nous rabâche l'urgence et la nécessité de sortir du "passé", synonyme d'échec et d'obscurantisme suranné. Que le monde change vite et que les outils deviennent rapidement obsolètes, c'est une évidence ; seulement, tant il est vrai que le progrès a du passer, de fait, par la nouveauté et la modernité on a fini par croire que modernité valait progrès, et que tout ce qui était nouveau était bien par nature : on voit où nous en sommes parvenus...
La notion même d'Histoire n'y résiste pas : aux États-Unis on déboulonne les statuts des chefs sudistes, forcément esclavagistes (comme si les guerres civiles n'étaient pas avant tout politiques), dans le plus pur déni de l'histoire des USA et sous couvert d'une morale contemporaine sans mémoire ni esprit critique. Chez nous autres français, il serait de bon ton, dans le même ordre d'idées, de bannir de notre récit national Voltaire ou Jules Ferry, qui ne crachèrent pas sur la traite, voire d'enquêter sur Louis IX (le saint) qui ne sortit pas blanc comme neige de la croisade contre les Albigeois (ni de ses relations avec les juifs). Quant à la Révolution française, à l'aune d'aujourd'hui...
Il ne s'agit évidemment pas d'idéaliser le passé, ni de le reprendre pour en faire je ne sais quel objectif pour demain. Gardons le simplement pour éclairer les chemins qu'il nous reste à parcourir. Mais on  aura compris que, tel le refoulé, ce passé refuse de partir ou revient au galop. Renier le passé en tant que passé est le propre des peuples sans avenir identifié. Premier symptôme de dépression, certes, mais surtout vacuité de la pensée...

mercredi 23 août 2017

Eté 17

La rentrée, nous dit-on dès que le 15 août est passé. Cette année encore, et malgré quelques velléités de canicule, la fin de mois offre quelques humeurs automnales. Que l'on considère cet été comme doux ou comme pourri, celui-ci est derrière nous...
Qu'en restera-t-il ? Pour ma part, il demeurera celui de la disparition de ma mère, ce qui est en soi amplement suffisant pour le garder en mémoire, mais cela relève de l'intime.
Pour le reste, je garderai le souvenir agréable de ces salons -Pampelonne, Monteils, La Fouillade, Parisot, Laramière- dont les affluences furent diverses mais où mes écrits ont toujours rencontré un vif intérêt... D'autres suivont, dont la Foire de Tanus le 03 septembre.
Un peu comme le début de l'an est synonyme de bonnes résolutions, la rentrée évoque son lot de réformes. Qu'en sera-t-il de celle de 2017 ? Ayant au cours de mon existence perdu nombre d'illusions, je serai prudent sur celle-ci. Mais c'est la vie qui va...

mercredi 2 août 2017

Après Monteils un autre Regard

Clap de fin ce lundi 31 pour la 6ème édition de Monteils un autre Regard, à Monteils (82), avec son lot habituel de visiteurs, nouveaux ou fidèles.
En attendant de définir la 7ème édition, on se félicitera de la pérennité de la manifestation.
Les invités d'honneur de cette édition remercient donc tous ceux qui nous témoigné de la curiosité et de la considération, ainsi que les autres exposants ; merci également à la mairie de Monteils, organisatrice, pour son soutien et pour l'intérêt accordé à mes œuvres.

vendredi 28 juillet 2017

Après La Fouillade

Une fois encore, le Festival du Livre et de la BD de La Fouillade (12), 20ème du nom, a connu un vrai succès et une bonne affluence.
L'occasion de retrouver Daniel Crozes, Roger Béteille, Michel Lombard, Maxime (de) Roumagnac, etc..., dans un salon un peu moins phagocyté par la BD que l'an passé.
L'occasion aussi de constater l'intérêt du public, souvent local, pour Aveyron Croatie, la nuit, Mona Lisa ou la clé des champs, et bien sûr pour le Répountchou, qu'es aquo ?...!
L'occasion enfin de rencontres intéressantes, au cœur d'un Rouergue plus curieux que certains ne font semblant de le croire et encore très riche de sa culture.

mardi 18 juillet 2017

Monteils un autre regard, 6ème !

La 6ème édition de "Monteils un autre regard", exposition multi-artistique organisée par la mairie de Monteils (82) se tiendra du 22 au 31 juillet 2017 (de 14 à 19 heures).
Les invités d'honneur de cette année seront Michel POUX et Anne-Marie RANTET POUX, auteurs du livre "Le répountchou, qu'es aquo ?", avec dessins, photos et textes, plus une causerie autour du répountchou le jeudi 27 à 17 heures.
Les autres artistes présents, tous monteillais :
- Bernard Bordaries (cuisinier) - Animation le mardi 25 à 17 heures
- Josiane Dubor (peinture)
- Christiane Flaujac (peinture)
- Bernard Perrone (peinture)
- Guy Portal (peinture)
- Héloïse Quercy (sculpture, raku) - Animation le dimanche 23 à 14 h 30.

Le vernissage aura lieu le vendredi 22 à partir de 19 heures. Inutile de dire que vous y êtes attendus nombreux !

dimanche 16 juillet 2017

Deneuve, rétrogradation et progrès obligatoire

Lorsqu'une instance très officielle, le CSA en l'occurrence, emploie un terme bien précis pour justifier une sanction tout aussi officielle, c'est que ce terme qualifie une faute.
La sanction est donc venue punir la faute de Catherine Deneuve exprimant à la télévision son appréciation des démêlés de R. Polanski avec la justice américaine, pour le "viol" d'une mineure. On sait que s'affrontent régulièrement les anti-Polanski et les pro, avec de part et d'autre des arguments tout aussi névrotiques. Lors de l'émission évoquée, CD estime que "c'est une affaire qui a été traitée, qui a été jugée", que la mineure "amenée chez Polanski par sa mère faisait plus que son âge", que "le terme de viol avait été excessif", etc... "Ces propos ne sont-ils pas en 2017 inaudibles pour beaucoup de gens ?", objecte le présentateur. "Oui, tant pis pour moi, tant pis pour eux" répond joliment l'actrice.
Mais peu importe ici le fond de l'affaire, plutôt glauque me semble-t-il, et l'avis de chacun : le CSA a réprimandé l'actrice et la chaine pour ces arguments... "rétrogrades" !
J'avais il y a quelques mois relaté les écrits de l'inénarrable nouvelle-observatrice Sophie Delassein, jugeant Vincent Delherm "désuet, et anxiogène avec ses incessantes références au siècle dernier"... Voilà qu'à présent, avec le CSA, la réticence au progrès n'est plus une erreur, mais une faute.
Etre rétrograde doit donc être puni, tel un délit de blasphème. Le Progrès s'impose désormais par la Loi. Gageons que l'on doit pouvoir commencer à douter de sa validité, non ?

mardi 4 juillet 2017

Cravates et cour de récré...

Suite du billet précédent, non programmée mais dictée par l'actualité. Ainsi donc, lors de l'élection du Président de l'Assemblée nationale, notre troupe d'insoumis, rangée comme un seul homme derrière le Grand Timonier, a réussi la provocation nécessaire au buzz : sans cravate, tous les députés mélenchonistes ont refusé de se lever, et a fortiori d'applaudir, à l'issue de l'élection.
Laissons de côté la politique et l'idéologie, et tenons-nous en aux actes. Ceux qui ont atteint ou dépassé la soixantaine se souviennent comment, dans la veine de 68, en réaction à l'uniforme bourgeois costard-cravate on s'habillait en uniforme jean-col roulé. Nous en sommes là. Refuser de mettre une cravate tiendrait lieu de destin à la Jean Moulin : la rébellion adolescente de nos pieds nickelés se traduira-t-elle demain par des jeans troués ? des piercings ? des joints ? des burkinis ? Il y a certes longtemps que le ridicule ne tue plus. Même l'inénarrable Ruffin qui prétend "ne pas connaitre les codes, ne pas savoir ce qu'il faut faire...", alors que tout le groupe procède du même comportement.
On notera quand même qu'il y en a quand même un qui porte une cravate, et c'est... Mélenchon ! Sa cravate lui assure la verticalité qui sied au patron et au chef : quelque chose a dû échapper au metteur en scène... A moins que, comme toujours, le refoulé ne revienne au galop.
On aura compris que ceux qui s'auto-proclament porte-parole de la Cour des miracles tiennent surtout de la cour de récré. Un Œdipe mal résolu les empêche de comprendre que la politesse ou l'éducation n'est pas synonyme de soumission à l'Autre. Mais le plus grave (d'autant que Mélenchon a la réputation de posséder une certaine culture historique) réside sans doute dans cet irrespect de la solennité  que mérite un lieu et une institution où s'est faite l'histoire de la France, ou par exemple 80 députés refusèrent les pleins pouvoirs à Pétain...
C'est peut-être ce que comprendra un jour la bande de dépenaillés pré-pubères, malgré les 40, 50, 60 ans de leur état-civil, venus l'autre jour faire de l'agit-prop facile, en attendant d'autres occasions. Il y a vraiment des fessées qui se perdent.

mercredi 28 juin 2017

Mélenchon piège à quoi ?

Notre propos n'est point de causer politique, comme dit l'autre, à propos de Jean-Luc Mélenchon. Il arrive à celui-ci d'avoir, à défaut de bonnes solutions, quelques constats voire des analyses dignes d'intérêt. Nous n'évoquerons pas non plus les dernières élections, qui ont montré que le succès du leader de la France Insoumise (le terme insoumis, s'agissant d'un parti largement constitué de fonctionnaires, souvent retraités, à de quoi faire sourire ; surtout quand on voit ces rebelles -ils refusent de porter une cravate- s'aligner comme un seul homme derrière leur apparatchik-Conducator...), que le succès de son leader, donc,  devait beaucoup à la théâtralité du bonhomme. C'est plutôt ce personnage, au sens psychologique du terme, qui peut horripiler.
Le mépris qu'il affiche vis-à-vis des journalistes est une chose : ceux qui doivent tout aux media se plaignent volontiers de l'ostracisme dont ils se disent victimes. Ces mêmes media, peu rancuniers, créditent JLM d'une certaine "culture" ; acceptons-en l'augure, d'autant que dans un pays où le niveau culturel des ministres actuels vaut celui des attachés parlementaires sous Mitterrand, la chose n'est pas trop difficile. En fait, derrière quelques effets oratoires de théâtre, la culture de Mélenchon est celle d'un prof d'histoire soixante-huitard, mais on peut s'en contenter, comme on peut d'ailleurs apprécier parfois son style tonitruant, à l'image de ces pamphlétaires de jadis dont il s'inspire largement, et surtout ceux d'extrême-droite.
Cela étant, la sortie contre Françoise Nyssen, nouvelle ministre de la Culture, incite plus au mépris qu'à l'admiration : celle-ci serait "liée aux sectes", au motif qu'elle a créé (avant d'entrer en politique) une école alternative (privée, horresco referens) et s'inspirant entre autres des principes pédagogiques de l'anthroposophe R. Steiner. JLM y voit une "secte", alors que toutes les enquêtes ont lavé cette accusation. Les hasards de la vie me font fréquenter des anthroposophes, et ni les hommes ni les idées ne me semblent blâmables. Mais notre leader insoumis continue à vouloir imposer LE grand service d'éducation publique et obligatoire, qui a largement montré ses limites et dont personne, excepté quelques salariés de la maison, ne saurait le défendre tel qu'il est. Mais les adeptes du monolithisme, rebelles assermentés, sont d'autant plus motivés qu'ils sont têtus, et prêts à une nouvelle révolution d'octobre qui fabriquera en usine l'homme nouveau.
A ce propos, je me souviens qu'à la mort d'Alexandre Soljenytsine le même Mélenchon, en guise d'oraison funèbre, taxa celui-ci de "griot inepte".
Si l'immense écrivain qui, au-delà de son souffle littéraire, révéla à l'Occident l'existence et le quotidien du goulag était un "griot inepte", je crains que les mots nous manquent lorsqu'il s'agira, sur sa pierre tombale, de qualifier la vie et l’œuvre de Jean-Luc Mélenchon...

jeudi 15 juin 2017

Le vin bourru de JC Carrière

Profitant de la pénombre qui sied aux températures estivales de cette mi-juin, il m'arrive de replonger dans ma bibliothèque pour en ressortir un ouvrage laissé là depuis quelques années, voire quelques lustres. C'est ainsi que j'ai retrouvé une merveille lue à sa parution, vers l'an 2000, à savoir "Le vin bourru" (Plon) de Jean-Claude Carrière.
On connait Jean-Claude Carrière, immense auteur polymorphe, scénariste, romancier, metteur en scène, dramaturge, dessinateur, etc... Si vous voulez un aperçu de ses oeuvres, voyez Wikipédia ; pour ma part, je garde en mémoire un extrait d'article de presse (L'Express, je crois, au milieu des années 90), disant en gros que s'il n'est pas rare dans une interview que l'interviewer apparaisse plus intelligent que l'interviewé, la chose est à noter quand l'interviewé s'appelle le Dalaï-Lama... L'interviewer était JC Carrière.
"Le vin bourru" évoque les treize premières années de l'auteur, dans son village de Colombières-sur-Orb (Hérault), avant que la famille n'émigre à Montreuil. Le village est un village de vignerons, mais cette enfance rurale et occitane est la même que la mienne : cela suffirait à expliquer l'émotion que me procure ce livre, qui a pourtant une autre dimension. Beaucoup d'auteurs folkloristes se sont déjà essayés à dépeindre la chose, parfois avec bonheur. Sauf que JC Carrière n'est pas Pagnol, ni un auteur de l'école de Brive, et son regard est empreint d'une réflexion, analytique et philosophique, qui amène la lecture et la pensée à une hauteur qui pourrait clore bien des débats. Quand il évoque la nature, l'apprentissage, l'agriculture, la mort, les animaux, le vin ou la pierre sèche qui bâtissaient son enfance, il offre avec la simplicité, la justesse et la subtilité qui sont les siennes, le coeur battant d'une civilisation paysanne. Certaines idées contemporaines à la mode, sur la nature ou sur les destin des animaux, apparaissent par contraste pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire pas grand-chose.
Peut-être parce qu'entre elles et l'altitude Jean-Claude Carrière il y a ce vécu, ce bagage que n'ont pas tous les voyageurs, et qui s'appelle une culture.