jeudi 23 avril 2020

Amazon à défendre ?

Il est des entreprises qu'on adore détester, même si on utilise leurs services au-delà du raisonnable : Amazon est de celles-là. Comme souvent en France, leurs syndicalistes ne sont pas les derniers à faire ce qu'ils peuvent de croche-patte ; c'est ainsi que, à la suite d'une sombre histoire de concertation du personnel, Amazon vient de se faire interdire de vendre des livres, ceux-ci n'étant, on le sait, pas des produits de première nécessité.
Il ne s'agit pas ici de minimiser les effets dévastateurs d'Amazon, notamment sur les petits commerces en général et les librairies en particulier. Mais dans les moments que nous vivons, où les librairies sont fermées, Amazon restait, en quelque sorte, le seul bouquiniste disponible pour trouver un livre rare ou ancien. Désormais ne sont plus accessibles pour qui veut acheter un livre que les rayons des grandes surfaces : l'offre n'y gagnera pas en qualité et, comme toujours, c'est la grande distribution qui gagne à la fin.
Il se trouve qu'aujourd'hui, contrairement à une époque, les troupes syndicales (troupes est un bien grand mot) ne sont plus contrôlées par leurs dirigeants du sommet et n'ont qu'un sens relatif de leur fonction sociale ou politique. On ne sera donc pas surpris que les gens de SUD et de la CGT, puisque c'est d'eux qu'il s'agit en l'occurrence, ne se sentent pas trop concernés par le livre : on a la hauteur de vue qu'on peut...
Il me semble urgent de rouvrir les librairies, qui ne sont pas plus infectées que les grands magasins, et où le dernier attroupement doit bien remonter au milieu du XXème siècle... Ouvrir une école c'est fermer une prison, disait en substance V. Hugo ; ouvrir un livre, c'est fermer la gueule d'un populiste, à quel extrême qu'il se situe.

dimanche 19 avril 2020

Virus jacobin

Le propre des situations de crise est d'être, au delà de leur gravité, de vrais révélateurs, vis-à-vis notamment de l'organisation sociale. Même si on ignore encore la dimension historique de l'actuelle épidémie de Covid 19, celle-ci a déjà révélé -mais était-ce vraiment une surprise ?- les limites de notre Etat omnipotent, ventripotent et jacobin. Impréparation, lourdeur, manque de réactivité et d'équipements n'ont pas facilité la tâche des politiques et seraient plus faciles à pardonner si la dépense publique n'atteignait pas près de 60% du PIB...
Mais c'est surtout sur le caractère jacobin de ce pays qu'il me semble urgent de se pencher. C'est sur ce modèle que s'est organisée la France de 1793, avec de sanglantes mises au pas des cultures régionales. Et c'est ainsi que depuis il n'est bon bec que de Paris. Ailleurs, d'autres nations se construisaient autour des régions. Comme l'Allemagne.
L'Allemagne, qui se révèle comme le pays le plus efficace dans son traitement de la crise sanitaire : le système de santé, lui aussi structuré autour des Länder, s'est montré bien plus réactif et opérationnel que le nôtre, où la noble mobilisation des soignants ne parvient pas à masquer l'impéritie des moyens, l'embourgeoisement des institutions médicales et l'endogamie parisienne, le bricolage des déplacements de malades et les appétits des laboratoires.
Le jacobinisme naquit un jour du vieux fantasme d'un Etat fort et juste ; il n'a pas été seulement le fossoyeur des cultures de l'Hexagone, il est plus que jamais un principe, quasi-religieux pour certains, qui ne génère plus que des coûts, des lourdeurs et de l'inefficacité, et donc une institution faible et inégalitaire à l'opposé des objectifs. La culture jacobine ne peut plus faire sens, prise entre l'étau des régions vivantes (et riches d'identité) et une Europe dont les technologies et la mondialisation imposent, qu'on le veuille ou non, la dimension.
Le problème me semble davantage culturel que politique. Il est des aliénations franco-françaises qui mériteraient un peu d'introspection.

mercredi 15 avril 2020

Le renouveau nouveau est arrivé ?

Il n'est pas un journal, dans les temps obscurs que nous vivons, qui ne fasse un effort d'optimisme pour nous convaincre des vertus d'une vraie intelligence, passant notamment par la culture et la lecture : nombre de nos congénères retrouveraient au coeur du confinement le plaisir de s'intéresser aux choses ordinairement sacrifiées au matérialisme, dont la lecture. Fort bien.
Est-ce mon pessimisme ronchon ? mes penchants réactionnaires ? mon vieux côté atrabilaire ? Toujours est-il que le doute, comme on dit, m'habite. Je veux bien avoir confiance en mon prochain, ou du moins en une partie de celui-ci, mais :
1 - Les librairies sont fermées ce qui, convenons-en, complique l'achat de livres ; je sais bien qu'il existe d'autres fournisseurs, mais ceux-ci ont leurs contraintes, d'autant que le livre n'est pas classé dans les produits essentiels...
2 - Je ne doute pas que des gens à la fois culturés et confinés replongent dans les rayons de leur bibliothèque pour passer le temps, mais ceux-là ont toujours plus ou moins lu et continueront à le faire : nihil novi sub sole.
3 - Le doute m'habite encore plus quand j'entends parler de l'intérêt retrouvé pour les "produits culturels" : cette catégorie inclue en effet les jeux video, les DVD, les CD... dont le caractère culturel, pour certains, n'est pas toujours flagrant.
4 - Certaines maisons d'édition ou diffuseurs offrent gratuitement (pardonnez le pléonasme mais il est tellement contemporain...) des lectures à télécharger. Malheureusement en profiter suppose de posséder une liseuse électronique : cela limite l'impact même si bien sûr on vous propose de l'acheter...
Quelque chose me dit que les lecteurs continuent de lire, et que ceux qui ne lisent pas (et qui donc en auraient le plus besoin) ne liront pas davantage. Et que globalement les choses de l'après ressembleront beaucoup à celles de l'avant... Pas pires, certes, mais guère meilleures non plus. On peut influencer les réflexes du consommateur mais il est plus difficile de bouger les atavismes culturels.
Sic transit gloria mundi.

samedi 11 avril 2020

Déjà parus...

En ces temps obscurs propices à la lecture, un petit rappel de mes oeuvres déjà parues...

          - Les Saints des derniers jours     L'Harmattan 2018
          - Le répountchou qu'es aquo ?     Vent Terral  2017
          - Mona Lisa ou la clé des champs     L'Harmattan   2014
          - Passeport pour le Pays de cocagne     Elytis  2012
          - Aveyron Croatie, la nuit     L'Harmattan  2011
          - Histoires peu ordinaires à Toulouse     Elytis  2008
          - Histoires peu ordinaires au Cap Ferret     Elytis  2007
          - Week-end à Schizoland     Elytis  2005
          - La Branloire pérenne     Elytis  2002

En vente dans toutes les librairies, chez l'auteur (rubrique commentaires sur ce blog) et chez l'éditeur.
Les ouvrages publiés chez l'Harmattan sont également disponibles en version numérique (www.harmattan.fr)

vendredi 3 avril 2020

Opportunités virales

J'écrivais il y a peu que, pendant la crise sanitaire, les affaires et la com' continuaient. La première règle de la communication, on le sait, consiste, pour faire sa promotion, à surfer sur l'actualité du moment. C'est-à-dire pour l'heure sur le coronavirus.
Voici donc que, après un nombre appréciable de politiques, exposés par les poignées de main et les bises, c'est au tour des chanteurs, des acteurs, des saltimbanques divers de nous annoncer qu'ils sont enfin remis du virus. Fort bien. Dommage que bizarrement ces valeureux miraculés se recrutent plus dans les cohortes des demi-gloires en perte de notoriété que dans les hauts des affiches...
Autre affaire, même moeurs. Profitant de l'affaire Matzneff et dans la droite ligne de la doxa germanopratine de ces semaines, Jérôme Garcin annonçait voilà quelques jours qu'il démissionnait du Jury Renaudot, ne se pardonnant pas d'avoir donné le prix à la brebis galeuse, il y a quelques années. Battant sa coulpe en espérant qu'une femme lui succéderait. A ma connaissance, cette annonce a davantage fait rire qu'interpellé. Elle a pourtant suscité des vocations, et voilà que Jean Marie Gustave Le Clézio annonce (tous ensemble) qu'il lui emboite le pas, affirmant sans rire : "Je vais le suivre. Depuis des années je suggère que le jury soit féminisé. Mais chacune de mes listes a été retoquée".
Il est vrai qu'on ne parlait plus trop de lui, arbitre des élégances morales et des indignations consensuelles, et accessoirement un des plus insignifiants Prix Nobel de tous les temps. Il eût été regrettable que la morale aille plus vite que lui.

samedi 28 mars 2020

Temps libre, châteaux de cartes et tours d'ivoire...

Un jour viendra où cela s'arrêtera. Sur quel bilan, on l'ignore ; avec combien de cercueils, enterrés ou brûlés à la sauvette ? combien de victimes chez les soignants, qui engagent leurs vies quand des syndicalistes à l'emploi garanti prônent le droit de retrait à tout propos ? quelles conséquences humaines lors de la longue crise économique qui suivra ? On entend déjà une populace, revenues des rond-points ivre de ses récentes compétences en épidémiologie, qui braille "Il faudra rendre des comptes !" avec une gourmandise qui rappelle quelques belles épurations comme le XXème siècle en connût...
Alors, auront enfin cessé ces pathétiques "journaux de confinement" et autres théâtralités narcissiques qui pourrissent notre quotidien quand on goûterait le silence et la pudeur. Mais, même pendant les guerres, les affaires et la com' continuent...
Des chateaux de cartes s'effondreront. Le mythe d'une Europe où l'ouverture, la libre circulation et l'austérité étaient le meilleur rempart pour garantir les sécurités : comme l'a dit Hubert Védrine, l'idée de cette Europe était conçue pour un monde sans tragédie. Résultat, l'Italie, premier pays européen touché, est à nouveau ravitaillé en masques par la Chine, le premier convoi ayant été volé par les Tchèques... S'effondrera aussi le mythe du "meilleur système de santé au monde", comme l'armée française fut la meilleure armée du monde... jusqu'à 1940.
Derrière ce château de cartes là, vacillera peut-être en France la tour d'ivoire de la nomenklatura médicale, plus courageuse pour s'attaquer à l'homéopathie ou à la psychanalyse que pour prendre dans l'urgence des décisions un peu risquées, dès lors que les procédures sont bousculées. En espérant qu'aucun scandale ne viendra accréditer les délires complotistes...
En attendant soyons reconnaissants envers les soignants de terrain. Et restons confinés. La plupart des gens s'en lamentent. Il me souvient que l'idée la plus "sociale" de la gauche arrivant au pouvoir en 81 avait été la création d'un... Ministère du Temps libre ! Quarante ans plus tard, le consommateur ne sait plus qu'en faire. Misère des temps.

dimanche 22 mars 2020

Delfeil de Ton, souvenirs et cerveau disponible

On le sait, le confinement exacerbe la créativité. D'une part dans les media, qui sollicitent des chroniqueurs pour témoigner de cette situation inédite. Et d'autre part, bien sûr, chez lesdits chroniqueurs. Ainsi, le Monde sollicite Eric Chevillard, et Bibliobs publie Delfeil de Ton. Imaginez mon plaisir, à moi qui après avoir été abonné (avec plaisir) au Nouvel Obs pendant plus de vingt ans, n'ai maintenu plusieurs années cet abonnement à l'Obs que pour la seule satisfaction de lire DDT.
Delfeil de Ton, ancien de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo, fait partie de ces trublions de 68 qui ont bien vieilli, à la fois fidèles à eux-mêmes et lucides sur la réalité du monde qui va, et de ses illusions. Bref ils ont grandi et mûri, sans se renier, ce qui, quoi qu'on puisse penser de leurs écrits, est assez rare.
Je vous conseille donc d'aller sur le site Bibliobs et de lire "Souvenirs de papier" et la série des "Rigolons-en" : on y trouve, pour toutes les raisons que je viens d'écrire et dans le style inimitable de DDT, quelque chose de haut et d'intemporel.
Cette semaine a vu également le confinement définitif de Patrick Le Lay, ancien PDG historique de TF1. Difficile donc de rédiger le moindre embryon de note nécrologique et consensuelle à propos de l'inventeur de la télé moderne. Pourtant, si Le Lay a droit dans mon jugement à des circonstances atténuantes, c'est de par son attachement à son identité bretonne ("On n'a pas le droit de tuer une langue, surtout quand elle est plus ancienne que la langue dominante", et surtout pour sa phrase mythique "Ce que nous vendons à Coca Cola c'est du temps de cerveau disponible". A l'époque j'avais trouvé cette phrase merveilleuse d'esprit de synthèse et de cynisme assumé. Et la levée de boucliers qui a suivi ne lui a d'ailleurs pas fait perdre le moindre téléspectateur : il  connaissait bien ses clients...
Je suis content aujourd'hui de lire que cette phrase est "'éblouissante", et c'est sous la plume de Delfeil de Ton...

jeudi 19 mars 2020

Huis clos

Voilà. Nous sommes tous confinés.
Cette mesure, quelle qu'en soit l'efficacité, reste le seul moyen de faire quelque chose contre la pandémie, donc ne barguignons pas et respectons les consignes.
Nous voilà donc assignés à résidence pour quinze jours (éventuellement renouvelables, comme on dit pour les contrats de travail à durée déterminée) ; la période pourra faire office d'expérimentations de toute nature, sociales, professionnelles, familiales, culturelles, amoureuses... Si l'on est optimiste, on se plaira à imaginer la (re)découverte de la lecture, de la musique, des arts, et aussi de l'Autre. Si l'on est réaliste, on pronostiquera l'envol des audiences télé, des zéros sociaux, de Youporn, des viralités complotistes... Nous verrons (les survivants, du moins).
Notre époque ne craint rien tant que l'incertitude, à l'image de la Bourse. Elle ne tolère pas ce qui échappe à sa toute-puissance rationnelle. L'insécurité génère vite l'affolement, la sur-réaction ou le complotisme si commode. On ne saurait admettre aujourd'hui ce qui nous échappe, là où nos ancêtres voyaient avec fatalité la main de Dieu ou du hasard.
L'incertitude de la période, ajoutée à celle concernant la maitrise du virus, laissera des traces ; peut-être pas, soyons optimistes, sur le plan épidémiologique, du moins historiquement parlant. Mais ses conséquences économiques, sociales, humaines... seront sanglantes. Qui s'est intéressé, voilà une trentaine d'années, à la crise de la vache folle sait bien qu'elle a provoqué davantage de suicides chez les éleveurs, par sa gestion, que la maladie de Kreutzfeld-Jacob n'a fait de victimes en tant que telle. Qu'en sera-t-il du Covid 19 ?
J'ignore si les mois qui viennent génèreront des enfants ou des divorces. Des procès, j'en prends le pari. Mais je ne sais pas davantage si nous sommes plus près de la roche Tarpéienne que du Capitole. Rien ne saura plus comme avant, nous serine-t-on à chaque catastrophe : je me souviens, lors de la catastrophe toulousaine d'AZF, combien on avait vu de belles réactions humaines... Qu'en serait-il aujourd'hui ? 
Donc, à défaut d'être modestes, soyons cons finement et espérons qu'il se trouvera des gens pour faire de ces jours un moment de nouvelle humanité. Bon courage à tous, et pensons aux plus fragiles.
Ce qui est sûr, c'est que bientôt les idées ne manqueront pas pour les auteurs de nouvelles  !

lundi 9 mars 2020

Uras : Mots et remèdes

Sur les conseils d'un ami (qui devrait se reconnaître), je suis allé à la rencontre du livre de Michaël Uras, Aux petits mots les grands remèdes (Préludes), pour découvrir à la fois le titre et l'auteur.
Tout d'abord, le livre s'est présenté enveloppé d'un bandeau promotionnel signé d'une auteure(trice) belge (tiens, tiens...) qui vend beaucoup. Mon oecuménisme passant outre, j'ai avalé les 340 pages (en version poche) présentes derrière le bandeau.
Ce n'est pas pas un ouvrage qui fera date, j'y reviendrais, mais sans doute n'était-ce pas l'ambition de l'auteur. C'est en revanche un bon moment de lecture, moment d'humour, de perspicacité et d'intelligence. Il s'agit en gros des tribulations d'un bibliothérapeute (un thérapeute qui soigne avec les livres), aux prises avec quelques clients et une relation amoureuse quelque peu brinquebalante. Cela donne un style léger et subtil, doux-amer, tendre et grave, pas sot ; des personnages bien campés ; une culture d'aujourd'hui et une critique, souvent heureuse, de notre monde. Et même si la fin est un peu faible la narration est bien soutenue.
Que manque-t-il donc au livre pour être un peu plus dense ? Probablement la faute aux injonctions de notre époque littéraire, qui pousse à l'originalité à tout prix (avec d'ailleurs ici quelques réussites), à un certain cynisme et finalement à un certain moralisme critique pas bien révolutionnaire. Il en résulte fatalement un ouvrage un peu daté qui risque de perdre un peu de son charme au fil des années qui ne manqueront pas de passer...
A titre personnel, et relativement à deux univers que je connais bien, je saluerai chez l'auteur une bonne culture de la psychothérapie, et regretterai quand même quelques clichés (sur les générations de pharmaciens par exemple, qui dans le genre mériteraient bien mieux !) mais ce sont des choses dont on se remet très vite.
En conséquence de quoi, je vous recommanderai de lire ce lire : c'est un bon moment de lecture agréable, dont on se demande pourquoi un plus gros éditeur ne l'a pas adoubé.

mardi 3 mars 2020

Salon de Martiel (12)

Amis rouergats, ou lotois, ou d'ailleurs, ou de passage, je serai présent au Salon du Livre de Martiel ce

                             Dimanche 08 Mars
                                de 10 h à 17 h

L'occasion de nous y rencontrer ?