vendredi 23 octobre 2020

2020 : quand j'entends le mot culture...

... je sors ma Covid.

Non, je ne confonds pas nos gouvernants avec Goebbels ni la Covid avec son révolver, mais je me demande ce qui est le plus dangereux. Chacun sait ce qu'il faut penser de la brutalité d'une répression et d'une dictature, et bien des artistes se sont trouvés en butte à cette répression. Ne relativisons donc pas cela.

Mais l'impact des mesures Covid est d'une autre nature et d'une autre dimension ; nous n'évoquerons pas ici leur pertinence, complexe à apprécier, mais ce qui est indéniable c'est que certains secteurs d'activité risquent d'être rayés de la carte. Parmi ceux-ci, juste après les cafés et les restaurants (dont le caractère culturel n'est pas négligeable, soit dit au passage), les cultureux comptent leurs jours : exploitants, auteurs, artistes, acteurs, techniciens, régisseurs, intermittents...

On pourrait, si l'on était à court d'arguments, rappeler que la culture en France rapporte au PIB autant que toute la filière agroalimentaire ou sept fois plus que l'industrie automobile. Mais parallèlement au désastre économique de sa mise en sommeil, c'est tout un monde qui sombre. Ancien monde, peut-être, tant le nouveau est acculturé... Et ce au moment même où l'actualité démontre la nécessité de tant de combats culturels.

Combien de temps durera cette éclipse ? nul ne sait, et rien ne prouve que le retour de l'astre suivra l'éclipse. Ce qui est d'ores et déjà sûr, c'est que la débâcle est bien avancée, et peut-être irréversible. Mieux que le révolver de Goebbels, la Covid. Mieux que la Covid, l'hypocondrie. Mieux que l'hypocondrie, nos gouvernants.

samedi 10 octobre 2020

Horizon mars 2021...

Y aura-t-il une année 2021 ? Entre Covid, gestes barrières, distanciation sociale et reconfinement, rien n'est moins sûr, sans compter deux élections qui..., mais je m'égare.

Toutefois, le pire n'étant jamais sûr, certains travaillent comme si une année 2021 devait succéder à 2020. Parmi ceux-ci Elytis, mon éditeur historique, qui porta jadis sur les fonds baptismaux La branloire pérenne, mon premier titre en 2002, ainsi que quatre autres livres jusqu'au Passeport pour le Pays de Cocagne...

Et c'est ainsi que le 18 mars de l'an prochain (enfin si...) paraitra mon dixième ouvrage.

Non, non je ne dirais rien pour l'instant. Ni le titre (pas encore définitif), ni le thème, ni... Mais je promets de le faire très bientôt. Pour ne pas rester sur votre faim, sachez que c'est un travail qui se veut littéraire, enraciné et pas forcément consensuel : trouver en nos temps modernes un éditeur pour porter cela n'est pas une sinécure. Merci à Elytis.


mardi 6 octobre 2020

Télé noir et blanc, et sans commentaires...

Au hasard des humeurs de ma zapette, je suis tombé, sur je ne sais quelle chaine du satellite, sur une rediffusion d'un Palmarès de la chanson daté de mars 1968, quand la France gaulliste s'ennuyait avant d'exploser...

C'était celui consacré à Guy Béart. A son sujet, j'ai écrit ici même au lendemain de sa mort (octobre 2015) ce que je pensais de son oeuvre. On entendit donc dans ce Palmarès quelques unes de ses meilleures chansons ; mais le meilleur était chez ses invités, chacun de ceux-ci interprétant un poète. On eut donc, en moins d'une heure, excusez du peu : Trénet (Verlaine), Brassens (Jeammes), Gainsbourg (Musset), Gréco (Prévert), Vaucaire (Aragon)...

C'était la télé de l'époque, et si on ne regrettera pas l'ORTF, surtout présentée par Guy Lux, on est bien obligé de reconnaitre que des choses comme ça avaient de la gueule. Et c'était pourtant en noir et blanc.


lundi 28 septembre 2020

Tillinac, retour en Corrèze

 Denis Tillinac s'est éteint voilà quelques jours, bien trop tôt. Comme il est d'usage, il croule sous les hommages, dont certains doivent bien l'embarrasser ; aussi nous ne plussoierons pas, comme on dit aujourd'hui, et retrouverons simplement ce que j'écrivais de lui en février 2012 (Tillinac hussard sur le Toi)...

D. Tillinac est trop agaçant pour que cela n'illustre un certain talent. On connait son côté ronchon, provincial réac ou post-adolescent rebelle à ses contemporains. Son ouvrage à paraitre (Considérations inactuelles, Plon) se veut une lettre aux jeunes d'aujourd'hui.

Certes, il est surprenant de voir D. T. jouer les grand-pères, lui dont la maturité est demeurée très épidermique. Certes, il n'y a parfois rien d'exceptionnel dans certains propos, banalement de droite, anti-Mai 68, anti-psychanalyse, anti-contre-culture, contre les "utopies fanées et infantiles, recyclées en un mélange peu ragoûtant d'hédonisme, de scepticisme et de cynisme". Encore est-il sans doute utile de le dire, même en enveloppant le tout dans un "politiquement correct" bien commode à fustiger.
Certes, ses coups de gueule fleurent souvent une amertume triste d'enfant désabusé. Mais le bougre sait écrire, et sa plume d'une élégante rugosité tranche avec l'époque ; et son discours porte une générosité devenu rare. Si quelques injonctions sonnent parfois comme des slogans : "Sois inactuel et n'écoute personne", "Sois le condottiere de tes désirs, pas leur délégué syndical", ou l'admirable "Les lendemains qui chantent ne savent que des airs militaires", d'autres valent bénédiction : "Edifie ton intériorité comme on construit une vraie maison de pierre. D'abord les murs et le toit (la frontière). Puis la cave (l'inconscient) et le grenier (la mémoire). L'agencement des pièces est secondaire ; la décoration superfétatoire."
Il reste du hussard chez cet homme là, provincial et réac.

mercredi 23 septembre 2020

Stéphane Bern et les bibliothécaires

 Il est bien connu que la petite histoire nous en dit parfois autant que la grande. Il en va de même des petits propos, même si ce ne sont que des paroles verbales, comme notre époque en raffole. Ainsi a-t-on entendu Stéphane Bern, gourou médiatique de la sauvegarde du patrimoine, regretter que d'intéressantes églises de campagne se dégradent dans l'indifférence générale tandis qu'on aménage des médiathèques qui restent vides.

Propos peut-être pas polémiques mais lapidaires et simplistes, on en conviendra, mais peu importe. Ce qui est plus attristant c'est la réponse que les bibliothécaires n'ont pas manqué de lui renvoyer. On aurait pu espérer que ces derniers auraient objecté les bienfaits de la lecture, de la littérature, de l'action culturelle, bref de tout ce qui peut justifier une politique publique, fût-elle volontariste en la matière. Il y avait à dire.

Au lieu de quoi, nos fonctionnaires et contrats aidés ont argumenté qu'ils étaient géographiquement proches de 89 % des français, que 76 % de ceux-ci approuvaient l'existence de ces médiathèques, que 40 %  des plus de 15 ans étaient allés au moins une fois en médiathèque. Bref un plaidoyer purement institutionnel digne d'un communicant de conseiller départemental, vantant des outils qui en dehors de la clientèle captive (merci les écoles) sont sympathiques mais peu valorisés.

Peut-être comprend-on mieux pourquoi ces équipements végètent. Ce ne sont pas les outils qui pèchent, mais les individus qui en ont la charge, dont on peut parfois douter de la créativité, de la motivation, ou tout simplement, comme le montre leur communiqué, du sens de leur mission.

vendredi 11 septembre 2020

Verlaine et Rimbaud, Panthéon décousu...

La blague du moment : une pétition circule, sous la haute bienveillance de Mme Bachelot, pour que le Panthéon, cette cathédrale aujourd'hui laïque dédiée aux grands hommes de Bien, acceuille ensemble les cendres de Rimbaud et de Verlaine.

Certains esprits, probablement mesquins, objectent que la fonction d'un poète n'est pas de s'inscrire dans cette démarche ni dans une morale institutionnelle, et qu'on voit mal, selon les critères d'admission en ce saint lieu, de quoi les poètes pourraient se prévaloir pour entrer là.

D'autres esprits, probablement réacs en plus d'être mesquins, font remarquer que ces deux impétrants, quel que soit leur incontestable génie de poète, furent des parangons d'immoralité polymorphe et que leur entrée seraient une vaste rigolade, y compris aux yeux des intéressés.

Mais ces évidences sont balayées par les pétitionnaires, pour qui l'enjeu est que Verlaine et Rimbaud entrent "ensemble" au Panthéon, c'est-à-dire en tant qu'amants, et ce pour avoir durant les quelques mois de leur tumultueuse liaison enduré l'homophobie, la discrimination et toussa...

Bref, on en est rendu là : deux des plus grands noms de l'Histoire de la poésie française seraient reconnus en tant que... LGBT. Outre le fait qu'on ne trouve de leur part aucune trace de plainte relative à leur sexualité, cette canonisation laïque aurait bien fait rire les amants terribles ; mais leur intrumentalisation en ce début de siècle finissant, avec l'onction de la bénédiction ministérielle, tient plus de l'insulte que de la reconnaissance.

mardi 1 septembre 2020

Fin du Débat.

C'était en 1979. Alors que s'annonçait la fin de la guerre froide, que sur la scène mondiale apparaissaient Reagan, Jean-Paul II, Thatcher ou Khomeini, Pierre Nora et Marcel Gauchet créaient Le Débat. Le but de la revue, portée par Gallimard, visait à perpétuer une tradition française du débat, autre que réduit à la démesure universitaire ou à la réduction médiatique. Claude Lévi-Strauss, Mona Ozouf, Milan Kundera et bien d'autres alimentèrent les échanges.

40 ans ont passé, et le rideau vient de tomber : on jette l'éponge. Le problème parait-il n'est pas tant financier (on aimerait quand même avoir l'avis de Gallimard à ce sujet) que fondamental : il n'y a guère plus de public pour une telle ambition, et notre époque sans pitié est aussi sans perspectives ni aspirations. Désormais la valeur de l'argument dépend surtout de la force de l'éructation d'un bateleur d'estrade, aux oreilles bouchées et à la langue bien pendue. "Les élites dirigeantes sont devenues incultes", assène Gauchet. Certes. Mais hélas le problème me parait bien plus large, quand s'imposent de toutes parts la démagogie et la reductio at hitlerum...

On peut penser ce que l'on veut de la revue, du débat, de l'entresoi ou du consensus. Mais la fin du Débat, avec ou sans majuscule, n'illustre et n'augure rien de bon.

samedi 22 août 2020

Les Balssàs, de Balzac en Boudou...

Je ne peux m'en empêcher : relire Joan Bodon (Jean Boudou en français) me pousse toujours à témoigner de l'immense auteur qu'il fût. J'ai déjà dit sur ce blog, en septembre 2017 ("Jean Boudou, tout simplement") ce que fût son oeuvre pétrie de terroir, d'humanité, d'histoire et de fantastique. "Parle de ton village et tu seras universel", écrivait Tolstoï : jamais cette belle formule ne s'appliquera mieux qu'à Bodon.

J'ai donc relu Contes dels Balssàs, le récit historique et un peu fantastique de la dynastie des Balssà, qui s'implantèrent de part et d'autre du Viaur, en Rouergue et en Albigeois, tôt dans le deuxième millénaire, jusqu'à nos jours. De cette lignée est issu Joan Bodon, et avant lui Honoré de Balzac. Cet ouvrage, un peu balzacien d'ailleurs, sobre dans le style mais exceptionnel dans sa langue d'oc, est habité d'un souffle qui n'appartient qu'aux plus grands...

Bodon, je ne le répéterai jamais assez, est immense et à coup sûr un des plus grands écrivains du 20ème siècle. Marginalisé de par son choix d'écrire en occitan, en proie au doute et trop modeste pour pousser les portes de la renommée, il n'est vraiment connu que des initiés, et pourtant.

"Français, si vous saviez...", comme écrivait Bernanos...

dimanche 16 août 2020

Reine du shopping, culture pour tous...

Il n'aura pas fallu attendre bien longtemps pour que la sémillante nouvelle ministre de la Culture soit rattrappée par son personnage. On pourra donc voir dans quelques jours Roselyne Bachelot en lice pour le tire de Reine du shopping, sur une chaine que l'on qualifiera de populaire. Oui, on en est là.
Il convient de préciser que l'émission a été réalisée avant la nomination rue de Valois ; Madame Bachelot précise que ladite émission est là pour soutenir les malades d'Alzheimer, et qu'elle est fière de son "engagement". Je ne sais s'il faut entendre engagement au sens contrat de travail, ou dans son acception contemporaine d'agitation, citoyenne et rebelle, pour brandir un étendard de postures avec lesquelles tout le monde est d'accord. Quoi qu'il en soit, le mélange des genres est calamiteux.
Une fois quittée la politique, rien n'empêchait RB de se répandre sur les plateaux télé : c'était son choix. Mais la décence aurait alors voulu qu'elle ne revint pas aux affaires, quel que soit l'attrait du ministère, sous peine d'encourir le ridicule ou la décrédibilisation.
Voilà bientôt trente ans - une éternité - que l'austère Lionel Jospin crût bon d'entonner Les feuilles mortes dans une émission de variétés. A présent on en est à Bachelot reine du shopping : c'est à ces petits riens que se mesurent la modernité et la crédibilité de nos dirigeants. L'art de gouverner est de plus en plus complexe, si ce n'est vain : inutile de courir après le ridicule.

mardi 4 août 2020

Andreï Kourkov, fraîcheur par temps de canicule

Lire en août et par temps de canicule n'oblige pas à se rabattre sur la littérature (enfin, façon de parler) de plage. J'ai ainsi profité d'un confinement météorologique pour trouver un peu de fraicheur livresque venue de l'Est, en relisant trois ouvrages d'Andréï Kourkov : Le pingouin (1996), Les pingouins n'ont jamais froid (2002), L'ami du défunt (2001), tous parus chez Liana Lévi.
Kourkov, né à Léningrad puis résident à Kiev, est avant tout l'écrivain de la dislocation soviétique. Dans ses pages, on plonge dans l'Ukraine des années 90 qui, à l'image du reste de l'empire rouge, se débat entre misère et pauvreté, alcool et mafia, corruption et violence, et vicissitudes en tous genres. Pourtant, loin de tout pathos hyperréaliste, Kourkov raconte la déliquescence avec une ironie loufoque, entre humour et tragédie. Dans son univers aux personnages foutraques, on s'amuse autant qu'on frissonne, mais la tendresse n'est pas marchandée, même aux salauds.
Le style est contemporain, sans affectation mais sans vulgarité ni facilité. La sobriété et l'épure témoignent d'un travail littéraire, et le résultat est plaisant à lire, en même temps que, comme toute bonne littérature, il conte un peu de l'histoire des hommes...