mardi 8 décembre 2020

Millésime Covid : baisse des Prix...

Il ne vous a pas échappé que si cette année les Prix littéraires ont réussi à faire un peu parler d'eux, le coeur n'y était pas. Ils ont fait de la com' sur l'actualité, comme bien des médecins, mais sans compenser les effets de la crise sanitaire, comme on dit.

Ils ont tout d'abord repoussé leurs proclamations, pour afficher leur "solidarité avec les libraires" : entendez par là  qu'il aurait fallu être fou pour lancer les Prix quand toutes les librairies étaient fermées. Quelques semaines et quelques Zoom plus tard, échoppes ouuvertes, on connut le nom des heureux lauréats.

Qu'en retiendra-t-on ? Sans doute pas grand-chose, et pas longtemps. La lauréate du Renaudot, Marie-Hélène Lafon, aurait mérité plus de lumière, mais on n'a retenu du Renaudot que les relents de l'affaire Matzneff. Peut-être le Goncourt, si on arrive à y comprendre quelque chose. Sinon ce fût l'année du Figaro, multi-nominé.

Bien sûr on a bien récompensé quelques personnages (Chloé Delaume, Médicis), ou des thèmes à la mode (Serge Joncour, Fémina), mais on évité évité le trop politiquement correct, que le Goncourt des lycéens consolera, comme il en a l'habitude.

Il parait que de nombreux prix, dans la multitude des manifestations de deuxième ou troisième ordre, n'ont pas été décernés cette année. On devrait s'en remettre.

vendredi 27 novembre 2020

Une France essentielle

On sait que les situations de crise révèlent des angles de lecture nouveaux ; ainsi connaissait-on une France râleuse, syndiquée, fonctionnarisée ou non, bref une France manifestante et revendicatrice capable de bloquer le pays des mois durant pour obtenir une clopinette. Mais voilà que le confinement en révèle une autre, déroutante, qui elle ne réclame ni subvention, ni pognon ni même compassion : elle veut simplement pouvoir travailler !

Et cette France là, entrepreneuriale et peu grégaire mais vivante, n'est pas un avatar hérité de l'époque poujadiste. On y compte certes les commerçants, les restaurateurs, les mastroquets, les salles de sport, les stations de ski. Mais on y trouve aussi , par exemple, le "monde de la culture", créateurs, acteurs, organisateurs, techniciens, intermittents, cinémas, musées... qui ne demandent que le droit au travail.

Le confinement illustre jusqu'à l'absurde le travers français : les gouvernants et l'Etat, habitués aux réclamations adressées à l'Etat-providence, répondent comme d'ordinaire, font des stats et cochent des cases (car gouverner c'est choisir) et pondent des mesures technocratiques et administratives comme eux seuls savent en inventer. Et à fortiori quand les certitudes scientifiques (oxymore) font défaut.

D'où aujourd'hui cette stratégie consternante qui consiste à vouloir sauver le pays en l'empêchant de travailler. Car le "quoi qu'il en coûte" ne fera pas illusion bien longtemps, et les aides déversées risquent d'être des monnaies de singe.

J'évoquai dans mon dernier billet (L'empire des essentiels) ce qu'une modernité foireuse définissait comme "essentiel" et qui plombe tous nos éléments de civilisation, et les choix de société que ces choix illustrent. Dans la même logique, nos élites pavloviennes balancent des pseudo-aides mais empêchent le travail et la création, c'est-à-dire la vie vivante.

samedi 21 novembre 2020

L'empire des essentiels

Les temps sont difficiles, la pandémie est complexe et sa gestion aléatoire, nul n'en disconviendra. Fort heureusement, le pays est pourvu en technocrates de haute volée, formés en série, et nous ne mesurerons jamais assez la chance qui est la nôtre d'avoir une élite capable de résoudre les vieilles questions existentielles : ainsi sait-on désormais ce qui est essentiel et ce qui est accessoire pour le citoyen lambda. Au rayon des accessoires : les commerces, les bistrots, et la gastronomie, les livres, les théâtres, les musées, les cinémas, les ballets, les concerts, les sports, les messes, les promenades, les randonnées...

Il se trouve que tout cela mis bout à bout n'est pas loin de définir une civilisation. Surtout si en même temps, selon la formule, on liste ce qui est présenté comme essentiel : la grande distribution, celle qui sort renforcée de toutes les crises, les magasins d'électronique et d'informatique, les garages pour les voitures et les bureaux de tabac. Certes il y a des gens à qui cela doit suffire...

On a décrété en haut lieu ce qui serait superflu ou dangereux, et c'est justement ce qui fait l'art de vivre, le lien social ou le vivre ensemble dont on nous rebat si souvent les oreilles. Cet art de vivre civilisé, on le stigmatise au nom de principes dont on se demande bien lesquels ils sont, tant les contradictions s'accumulent, si ce n'est le souci d'infantiliser le citoyen conformément aux principes de la com politique.

Il faudra bien sortir du Covid, ou s'habituer à vivre avec ; dans tous les cas de figure, on gagnerait à traiter les français en adultes responsables, qui ont aussi des parents et des enfants : l'acceptation de l'autorité est à ce prix, ainsi que l'acceptation de l'altérité. Le contraire expose à une réaction sociale qui pourrait surprendre...

En attendant, on aura vu ce que nos élites de la start-up nation considèrent comme primordial et, surtout, ce qu'elles estiment secondaires : l'ennui c'est que ces choses superfétatoires sont précisément ce qui fonde une société.

mardi 17 novembre 2020

Salons du Livre : in memoriam...?

Cela fait neuf mois, le temps d'une gestation. Celle-là est particulièrement stérile. C'est en effet début mars que se tenait le dernier salon du livre auquel j'ai participé, avant que covid, confinement et company n'envoient leur chape de plomb. Et même si ma présence dans ces salons régionaux était plutôt ponctuelle, leur présence me manque.

Ces salons connaissent des succès et des atmosphères très variables. Et reconnaissons que l'ambiance, depuis plusieurs années, y est de plus en plus morose : érosion des affluences, des ventes, de la qualité du public... Le constat est unanime. Pourtant ces rencontres sont pétries d'humanité ; ce sont d'abord les retrouvailles avec d'autres auteurs, dont certains sont des amis que l'on aime retrouver, surtout au repas de midi !, autour des accointances partagées : écriture, art de vivre, convivialité... Je soupçonne certains de n'y venir que pour cela.

 Et puis ces salons, dans leur village ou petite ville, sont des moments qui comptent localement. Ce n'est pas un public d'habitués au sens où on l'entendrait dans une grande ville. On y trouve de tout, parfois intéressant, parfois consternant, parfois magnifique de modestie intelligente, mais toujours témoins et acteurs de la vraie vie. Nombreux sont ceux qui achètent là leur(s) seul(s) livre(s) de l'année.

Mais cela ne doit pas être essentiel pour eux, ont décrété les technocrates incultes qui nous gouvernent. Retrouverons-nous un jour ces petits salons ? Au train où ne vont pas les choses, rien n'est moins sûr. Là comme dans bien des secteurs traditionnels, une année de black-out aura autant transformé notre société que dix ans d'évolution moderniste, avec une kyrielle de disparitions en tout genre. Requiescat in pace.

samedi 7 novembre 2020

Non essentiel ?

On dit que la France manque de situations fédératrices, et c'est vrai : on ne peut pas gagner la coupe du monde de foot tous les ans. Il est pourtant actuellement un thème qui rassemble dans un grand élan beaucoup de nos compatriotes : l'ouverture des librairies.
On comprend la mobilisation générale des professionnels de la profession : libraires, éditeurs, écrivains, etc... Mais on ne savait pas que ce pays comptait autant de lecteurs forcenés ; les pétitions charrient des centaines de milliers de signatures. On oublie au passage que même si les libraires ont l'habitude de se tirer des rafales dans le pied (voir leur choix de ne pas être "essentiels" lors du premier confinement), bien des moyens existent encore d'acheter des livres dans une librairie indépendante, ne serait-ce qu'en "cliqué-retiré"... Mais il est de bon ton de flinguer Amazon et même les grandes surfaces, jusqu'à ce que celles-ci soient mises au pas et rebondissent en communicant sur leur soutien aux petits commerces.
Ces tartufferies oubliées, je repense à une autre époque : mon dernier ouvrage paru, Les Saints des derniers jours, (L'Harmattan) ainsi que Mona Lisa ou la clé des champs (L'Harmattan) traitaient de la vie culturelle sous l'occupation. Et c'est précisément pendant cette période que la création et la "consommation" ont été d'une vigueur exceptionnelle, tant dans le cinéma (malgré la main-mise de la Continental allemande) que dans la littérature. Après une réorganisation brutale de l'édition, la fermetures des librairies et le couvre-feu, une véritable boulimie s'était emparée des français : peu de nouveautés (crise du papier), marché noir et forte demande, et les prix des livres s'envolaient. Même les oeuvres clandestines trouvaient leur lectorat. Le contexte justifiait le besoin.
Le monde a changé, les media aussi, sans compter l'actualité. Mais est-on sûr que nous ne vivons pas quelque chose de même nature ? Et que les livres ne sont pas plus essentiels qu'on ne le décrète dans la start-up nation ?

jeudi 5 novembre 2020

Livres, colportage et finitude...

 Dans l'avalanche éditoriale qui déferle sans arrêt sur un marché de plus en plus étique, figure une quantité non négligeable d'ouvrages qui réconcilient avec la littérature : heureux constat, encore faut-il être informé de leur existence.

Je ne sais plus comment j'ai appris celle de "La vie fugitive mais réelle de Pierre Lombard, VRP", de Christian Estèbe, paru chez l'éditeur bordelais Finitude. Il y a la forme, une belle écriture qui accroche le lecteur exigeant, et il y a le fond : l'histoire d'un carriériste de l'édition, que son ascension a conduit dans l'impasse, qui jette l'éponge, perd son boulot, sa femme et son ambition ; il rebondit modestement sur un "petit" poste de "petit" commercial en livres, pour "petits" éditeurs. Revenu du prestige et du cynisme à une condition d'homme ordinaire et désabusé, il se reconstruira à partir de ce que sont les livres.

Précisons que Christian Estèbe a lui-même été commercial dans l'édition pendant trente ans ; de sorte que même dans les postulats un peu convenus (la grande édition pourrie, l'argent, le business, les coucheries, les faux-semblants...) il a l'avantage de savoir de quoi il parle, et de l'illustrer sans coup férir. Et de décrire, plus largement, le quotidien d'un VRP et en l'occurrence le petit monde des libraires, bibliothécaires, buralistes, etc... Sa plume est ironique, tendre ou féroce au gré des clients démarchés, mais bien informée sur un univers prompt à se gaver de mots et de postures qui ne cachent pas toujours la médiocrité. Et la financiarisation n'y est pour rien.

S'y retrouveront avec plaisir tous ceux qui ont ou ont eu une expérience de la prospection commerciale, comme ceux qui sont intéressés de près ou de loin par le commerce des livres. Quant à ceux qui croient que l'univers du livre est celui que présente la communication des corporations, ils apprendront beaucoup en lisant Estèbe. Précisons que celui-ci est devenu bouquiniste à Marseille...

Mais ce livre est aussi, et avant tout, un hymne au bon livre. Qu'est-ce qu'un bon livre ? Lisez cet ouvrage : il parle des bons livres, et il en est un.

mardi 27 octobre 2020

Books, the end...

Cela faisait douze ans que paraissait ce magazine bimestriel ; l'idée de son créateur Olivier Postel-Vinay était simple et agréable : partir de livres, de bonne facture, pour aller vers des critiques, des articles et des dossiers, le tout sur des thèmes d'intérêt général. Cela donnait une revue intéressante, bien faite et ouverte.

Las, ce concept n'est plus rentable, et on apprend que Books vient de publier son dernier numéro, assez opportunément consacré à la Bêtise. Il faut dire que, comme tantd'autres entreprises, Books a été bien servi par l'actualité française, de grèves en faillites et de faillites en pandémie. Sans doute le concept de 2008 était-il à revoir et à "moderniser", mais cela aurait été assez banal pour un repreneur.

Sauf qu'il n'y a pas de repreneur, et le signe des temps est là : quelques semaines après le Débat, un autre titre disparait. Books était moins élitiste que le Débat, plus accessible, moins cher, plus moderne peut-être, mais la sanction est la même : il n'y a plus assez de gens pour lire et réfléchir.

Et c'est peut-être cela qui explique bien des choses de notre monde.

vendredi 23 octobre 2020

2020 : quand j'entends le mot culture...

... je sors ma Covid.

Non, je ne confonds pas nos gouvernants avec Goebbels ni la Covid avec son révolver, mais je me demande ce qui est le plus dangereux. Chacun sait ce qu'il faut penser de la brutalité d'une répression et d'une dictature, et bien des artistes se sont trouvés en butte à cette répression. Ne relativisons donc pas cela.

Mais l'impact des mesures Covid est d'une autre nature et d'une autre dimension ; nous n'évoquerons pas ici leur pertinence, complexe à apprécier, mais ce qui est indéniable c'est que certains secteurs d'activité risquent d'être rayés de la carte. Parmi ceux-ci, juste après les cafés et les restaurants (dont le caractère culturel n'est pas négligeable, soit dit au passage), les cultureux comptent leurs jours : exploitants, auteurs, artistes, acteurs, techniciens, régisseurs, intermittents...

On pourrait, si l'on était à court d'arguments, rappeler que la culture en France rapporte au PIB autant que toute la filière agroalimentaire ou sept fois plus que l'industrie automobile. Mais parallèlement au désastre économique de sa mise en sommeil, c'est tout un monde qui sombre. Ancien monde, peut-être, tant le nouveau est acculturé... Et ce au moment même où l'actualité démontre la nécessité de tant de combats culturels.

Combien de temps durera cette éclipse ? nul ne sait, et rien ne prouve que le retour de l'astre suivra l'éclipse. Ce qui est d'ores et déjà sûr, c'est que la débâcle est bien avancée, et peut-être irréversible. Mieux que le révolver de Goebbels, la Covid. Mieux que la Covid, l'hypocondrie. Mieux que l'hypocondrie, nos gouvernants.

samedi 10 octobre 2020

Horizon mars 2021...

Y aura-t-il une année 2021 ? Entre Covid, gestes barrières, distanciation sociale et reconfinement, rien n'est moins sûr, sans compter deux élections qui..., mais je m'égare.

Toutefois, le pire n'étant jamais sûr, certains travaillent comme si une année 2021 devait succéder à 2020. Parmi ceux-ci Elytis, mon éditeur historique, qui porta jadis sur les fonds baptismaux La branloire pérenne, mon premier titre en 2002, ainsi que quatre autres livres jusqu'au Passeport pour le Pays de Cocagne...

Et c'est ainsi que le 18 mars de l'an prochain (enfin si...) paraitra mon dixième ouvrage.

Non, non je ne dirais rien pour l'instant. Ni le titre (pas encore définitif), ni le thème, ni... Mais je promets de le faire très bientôt. Pour ne pas rester sur votre faim, sachez que c'est un travail qui se veut littéraire, enraciné et pas forcément consensuel : trouver en nos temps modernes un éditeur pour porter cela n'est pas une sinécure. Merci à Elytis.


mardi 6 octobre 2020

Télé noir et blanc, et sans commentaires...

Au hasard des humeurs de ma zapette, je suis tombé, sur je ne sais quelle chaine du satellite, sur une rediffusion d'un Palmarès de la chanson daté de mars 1968, quand la France gaulliste s'ennuyait avant d'exploser...

C'était celui consacré à Guy Béart. A son sujet, j'ai écrit ici même au lendemain de sa mort (octobre 2015) ce que je pensais de son oeuvre. On entendit donc dans ce Palmarès quelques unes de ses meilleures chansons ; mais le meilleur était chez ses invités, chacun de ceux-ci interprétant un poète. On eut donc, en moins d'une heure, excusez du peu : Trénet (Verlaine), Brassens (Jeammes), Gainsbourg (Musset), Gréco (Prévert), Vaucaire (Aragon)...

C'était la télé de l'époque, et si on ne regrettera pas l'ORTF, surtout présentée par Guy Lux, on est bien obligé de reconnaitre que des choses comme ça avaient de la gueule. Et c'était pourtant en noir et blanc.