dimanche 14 février 2021

Déjà parus...

A quelques jours de la parution de mon dixième ouvrage (j'y reviendrais), une rétrospective de mes précédentes publications...

   - Les Saints des derniers jours (L'Harmattan 2018)

   - Le Répountchou qu'es aquo? (Vent Terral 2017), avec AM Rantet-Poux

   - Mona Lisa ou la clé des champs (L'Harmattan 2014)

   - Passeport pour le Pays de cocagne (Elytis 2012), avec AM Rantet-Poux

   - Aveyron Croatie, la nuit (L'Harmattan 2011)

   - Histoires peu ordinaires à Toulouse (Elytis 2007)

   - Histoires peu ordinaires au Cap-Ferret (Elytis 2006), avec Ch. Oyarbide

   - Week-end à Schizoland (Elytis 2005)

   - La Branloire pérenne (Elytis 2002)

En vente dans toutes les librairies, chez l'éditeur et chez l'auteur. Et aussi en e-book pour les titres parus chez l'Harmattan.

mardi 9 février 2021

Jean-Claude Carrière, ibi deficit orbis...

On dit qu'il est parti paisiblement, dans son sommeil. A l'image de cette sérénité qui le caractérisait. Bunuel disait de lui "C'est un petit paysan qui s'émerveille de tout ce qui lui arrive"...

On ne fera pas ici la rétrospective de son oeuvre, immense et proche des plus grands (Bunuel, Forman, Malle, Brook, Deray...), vous la retrouverez dans les journaux ou sur Wikipédia. Mais la vie de Jean-Claude Carrière est de celles qui m'ont marqué, comme je l'ai déjà écrit sur ce blog (voir Le vin bourru , juin 2017).

J'avais découvert dans ce livre les treize premières années de sa vie, dans une famille de vignerons de l'Hérault finalement contraints à l'exil. Cette enfance rurale et occitane ressemblait beaucoup à la mienne, et c'est sans doute cette émotion qui m'a conduit jusqu'à lui. Son regard n'avait rien de folkloriste, sa réflexion à la fois analytique et philosophique prenait une hauteur ensorcelante. Quand il évoque la nature, l'apprentissage, l'agriculture, la mort, les animaux, le vin, les pierres sèches qui bâtissaient son enfance, il le fait avec la simplicité, la justesse et la subtilité qui sont l'apanage des seuls grands.

Cette civilisation paysanne qui l'a construit retrouve sous sa plume une dimension qui pourrait clôre bien des débats, en renvoyant bien des modes contemporaines à ce qu'elles sont, c'est-à-dire peu de choses. Peut-être parce qu'entre celles-ci et l'altitude de Carrière il y a ce vécu, ce bagage qui s'appelle une culture et qui irriguera l'intégralité de son oeuvre.

Il va retrouver ses ancêtres dans le joli petit cimetière sur les hauteurs de Colombières-sur-Orb. Avec lui s'éteint sans doute un monde, celui où un petit paysan pouvait s'émerveiller de tout depuis l'enfance jusqu'au temps de la sagesse...

Merci Monsieur.

lundi 8 février 2021

Covid : Passent les jours et passent les semaines...

... ni temps passé ni les amours reviennent, pas plus que la vie d'avant : le Covid (ou la, si vous préférez) s'est installé et prend ses aises. Le pays reste suspendu aux statistiques, dont on sait qu'à la condition de bien choisir les items on peut leur faire dire tout et son contraire ; sans forcément souscrire à la boutade attribuée à Churchill ("Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai trafiquées moi-même") on peut toutefois s'inquiéter de la rémanence de cette dictature mathématique. Les incertitudes de la variante venue de la perfide Albion, entre autres, lui offrent les perpectives d'une belle pérennité.

Pendant ce temps, le peuple -du moins celui que je connais, rural, plus ou moins âgé, affranchi de beaucoup de connexions contemporaines- le peuple s'installe dans une lassitude un peu fataliste, dans la morosité davantage que dans la sinistrose : ces gens ne sont pas irresponsables pour autant, ils respectent les gestes-barrière et la distanciation sociale, et en bons cartésiens ils avancent masqués. Mais ils constatent et admettent, eux, que l'on ne sait pas grand chose et qu'on gouverne à vue, et que ce bouleversement risque de durer encore longtemps. Ils ne croient pas à un vaccin miracle, qui ramènerait l'insouciance et guérirait les écrouelles. Ils n'entendent pas davantage devenir épidémiologues -le pays en compte assez, ne serait-ce que sur les plateaux de télévision- mais se réfèrent à une intuition venue du fond des âges, peut-être pifométrique mais aussi fiable que bien des modélisations.

En attendant, le black-out continue à peser sur les musées, les cinémas, les salles de concert... dans ce qui est en train de devenir une exception française. On s'empile les uns sur les autres, sur les pelouses des stades ou dans les hypermarchés, mais on ne peut installer des gens dans un fauteuil sur deux ou trois. Parce ce que ce serait trop dangereux : c'est prouvé par les statistiques.

samedi 30 janvier 2021

Littérature et désenfumage, suite.

Après diverses estimations optimistes (voir mon billet du 13 janvier), les chiffres de la réalité commencent à tomber. Ainsi, le marché du livre a régressé en 2020 de 4.5 % (en chiffre d'affaires), annonce la bible Livres-Hebdo. Le chiffre aurait pu être pire, il n'en demeure pas moins terrible pour un secteur qui stagne depuis 10 ans et qui n'avait pas besoin de cela pour affronter un futur déjà sombre.

Si l'on analyse le détail, le constat n'est pas réjouissant non plus. La baisse de CA est tempéré par la résistance de la "littérature jeunesse" (- 1%) et de la BD (- 1% aussi, voire + 9 % si l'on en croit le secteur concerné). Les livres plus spécialisés (Droit, Sciences, Techniques...) ont vu leurs ventes s'effondrer. Le roman, quant à lui, ne recule que de 1.5 %, mais au profit des best-sellers parfois très éloignés de l'idée que l'on peut se faire de la littérature.

L'édition, surtout indépendante, souffre : baisse des ventes aussi pour les beaux "livres", qui faisaient souvent le résultat financier. De la même façon, la baisse de 10 % du nombre de titres parus fera mal, non qu'une baisse du volume soit une mauvaise nouvelle mais parce qu'on peut craindre que n'en souffrent les ouvrages de meilleure qualité... D'autres études et d'autres chiffres viendront, dont on espère qu'ils ne seront pas encore plus catastrophiques.

Le monde d'après, pour les livres, est bien parti pour être comme celui d'avant en un peu plus pire, selon le mot de Houellebecq... ou en largement pire. En attendant, c'est Chantal Thomas qui rentre à l'Académie française. Cela n'a peut-être aucune importance, mais le choix aurait pu être pire.

mercredi 20 janvier 2021

"Poètes, fermez-là !" (signé : un poète)

On sait que les formes contemporaines de débat prennent des allures de plus en plus simplistes et de plus en plus pénales. Foin, par exemple, de l'humour et du deuxième degré, et vive la plainte victimaire. Mais il y a pire : l'appel pur et simple à la censure ; certes il n'y a là rien de bien nouveau, sauf qu'on le trouve de plus en plus présent dans des bouches où on ne l'attendait pas.

En France on se souvient, toujours par exemple, de la pétition lancée il y a quelques années par Annie Ernaux, quelques comparses et une centaine d'auteurs inconnus pour faire interdire de publication et de travail chez Gallimard Richard Millet, et le pire est qu'ils y parvinrent. On se désolait alors de voir des écrivains appeler à la censure contre d'autres écrivains... Depuis les actions s'opposant à l'expression de créateurs se sont multipliées (Suppliantes d'Eschyle,...), menées par des groupes aussi incultes que déterminés. Ainsi va le monde.

Aujourd'hui c'est aux Etats-Unis, toujours d'avant-garde et annonciateurs de ce qui nous attend, que des centaines d'acteurs du livre (écrivains, éditeurs, imprimeurs, libraires...) exigent l'interdiction de publication de Trump et des trumpistes, et refusent de collaborer à tout ouvrage de cette origine. On croyait enfin être débarrassé de Trump, à défaut de ses 75 millions d'électeurs, et retrouver un peu d'intelligence dans le débat qui anime "la plus grande démocratie du monde" : que nenni, c'est l'extrême-gauche contre l'extrême-droite, délibérément assumées, en fait deux pré-fascismes en marche qui rivalisent de brutalité stupide, leur marque de fabrique.

Il est des affrontements dont on cherche en vain les enjeux sous-jacents, pour parvenir à les comprendre tant ils nous surprennent. On ne les trouve plus. Des gens dont la parole participe de la liberté du monde veulent désormais interdire de parler à leurs alter-egos qui ne leur plaisent pas... Le nihilisme est par essence destructeur, et les lendemains s'annoncent pleins de petits matins blêmes : l'heure préférée des bourreaux.

mercredi 13 janvier 2021

Livres, communication de crise et enfumage.

Les amateurs de consensus peuvent s'en réjouir : nul esprit sensé ne contestera la situation de crise dans laquelle se trouve le pays pandémié. Reste à évaluer les différents impacts, depuis les problèmes courtermistes de trésorerie jusqu'aux déstructurations aux conséquences définitives : ce n'est pas l'objet de ce blog. Pour l'heure on essaiera de trier les informations dont on nous abreuve, et notamment celles qui démontreraient que tout ne va pas si mal.

Ainsi apprenait-on que "l'édition" ne se plaindrait que d'une baisse de 2% en 2020, et que les librairies n'auraient perdu que 3 % de leur chiffre d'affaires, voire moins pour les grosses. Ce résultat relativement encourageant s'expliquerait par le sursaut des belles âmes volant à leur secours entre deux confinements, le seul bémol étant que cette mobilisation aurait surtout profité aux best-sellers. Autrement dit le traditionnel effet Goncourt, le livre acheté par des gens qui n'achètent jamais de livre pour les offrir aux gens qui n'en lisent jamais... On se réjouira certes que ces succès permettent aux éditeurs de publier aussi d'autres oeuvres moins chanceuses, mais il n'est pas sûr que la littérature (ou la culture, comme on voudra) ait beaucoup gagné aux succès de librairie des Obama, des recettes de Lignac ou des âneries de je ne sais plus quelle influenceuse, qui trônent en haut des ventes.

Plus représentatif de la situation de la filière du livre, le rapport de la Fédération interrégionale du Livre et de Lecture (FILL) qui, dans le même temps, fait état du désarroi des auteurs, largués entre éditeurs, organisateurs de manifestations et Etat, (la moitié d'entre eux s'interroge sur sa pérennité en 2021) et de faits têtus : 88 % des éditeurs indépendants constatent une baisse de commandes (- 60 % de CA en Paca, par exemple) et presque autant repoussent leurs projets... Et ce n'est là qu'un aperçu de ce qui se passe vraiment.

Gageons que nous allons entendre longtemps de ces déclarations enthousiastes, propres aux situations de crise et destinés à soutenir le moral des troupes, avec des vessies en lieu de lanternes. Pendant ce temps, la réalité fait son oeuvre.

dimanche 3 janvier 2021

2021 : Mes meilleurs voeux...possibles.

Chers amis contemporains, recevez en ces temps présents, traditionnellement d'optimisme obligatoire, tous mes meilleurs voeux...possibles. Cela tient quelque peu du pléonasme, mais j'ai du mal à faire mieux. Car si l'année éc(r)oulée n'a pas été fameuse, de l'avis général, rien n'annonce que 2021 sera d'un meilleur tonneau...

Nous verrons bien. En attendant, le coeur n'y est pas : même les concerts du Nouvel An, à Vienne ou à Venise, dans des salles vides, étaient lugubres. Même la marche de Radetzky ressemblait à un morceau pour majorettes. On y a fait de ces beaux discours sur la musique ou la culture comme on en fait beaucoup en ce moment, mais si nos gouvernants étaient réceptifs ils auraient déjà eu l'occasion de nous le faire savoir...

Certains, qui se reconnaitront, ont réussi à positiver en argant de l'absence en ces lieux des habituels touristes japonais et de leur appendice photographique : je reconnais que l'argument se tient. A quelque chose malheur est bon : ce sera ma morale de consolation !

Et, malgré tout, Bonne Année 2021 !

lundi 21 décembre 2020

Henri Gougaud, berger des mots...

De combien de vies Henri Gougaud est-il le nom ? Tour à tour chanteur, parolier, homme de radio, conteur, philosophe... l'enfant de Carcassonne (de Villemoustaussou, en fait) promène depuis longtemps sa destinée de fils du sud aux horizons multiples. Pour en témoigner, il publie chez Albin Michel J'ai pas fini mon rêve, titre qui rappellera des choses aux amateurs de la grande chanson française...

Une remarque personnelle : j'avais sans doute moins de dix ans quand une tante parisienne (entendez par là une soeur de ma mère) nous avait offert, à mon frère et à moi dans les années 60, un lot d'affiches d'artistes "Rive gauche", parmi lesquels je me souviens d'Henri Tachan, Maurice Fanon, Marc Hogeret, Gilles Dreu... et Henri Gougaud, qui courait alors ces cabarets mythiques d'où s'envolèrent tant de gloires. Si la carrière de chanteur de Gougaud ne dura pas, il restera comme un des grands paroliers de l'époque, pour Ferrat (La matinée, Cuba si, Un jour futur, J'imagine, Picasso Colombe, Hop là nous vivons...), pour Gréco (Non monsieur je n'ai plus vingt ans) ou Reggiani (Paris ma rose). Temps des "illusions sublimes qui font la vigueur des poètes"...

On le retrouvera ensuite à France Inter avec Claude Villers (Marche ou rêve) ou en solo (Le Grand Parler), devenu le grand conteur qu'il ne cessera d'être. Depuis l'ancêtre cathare Bélibaste jusqu'aux traditions orales d'un peu partout, il redonnera avec d'autres toutes les lettres de noblesse à cet art du conte qui était passé de mode. Un peu mystique, tendance Jung et Indou, écologiste, philosophe, voire surnaturel : sa pensée est parfois complexe à saisir pour le profane, mais l'homme qui est derrière est lumineux, en fils du peuple qui s'ouvrit bien des horizons sans oublier d'où il venait.

Ainsi fût-il chantre de l'épopée cathare (avec une belle traduction de la Chanson de la Croisade), de la langue d'oc (Lo pastre de paraulas) et de l'esprit du sud, démontrant en des temps hostiles que les racines profondes et les cimes éclairées font les plus beaux arbres.

Aujourd'hui il  raconte tout cela, dans un livre de transmission dédié à son fils. Mi-biographie, mi-témoignage, mi-réflexion, je sais ça fait trois demis. Mais tous ceux qui ont "rencontré" Henri Gougaud, d'une façon ou d'une autre, doivent le lire : c'est de haut qu'il les illuminera.

dimanche 13 décembre 2020

Culture abyssale...

... et culture au bord de l'abîme. Tout le monde vous le dira ces jours-ci, la culture est sacrifiée. Les larmes coulent sous les masques de nos gouvernants ; les unes de la presse rivalisent de belles envolées mélodramatiques. Tous les interviewés des trottoirs se déclarent choqués du sort réservé à la "culture".

Pas plus que de la littérature, on ne fait de la politique avec de bons sentiments, et il est à craindre que ce flot lacrymal ne soit contre-productif, à trop en faire ; les acteurs de la culture n'ont jamais si populaires que cela : trop payés, trop feignants, farfelus, bons à rien... du moins quand il s'agit de les aider (cf les crises des intermittents). D'autre part, la boulimie culturelle affichée par les français peut prêter à sourire quand on sait le sort réservé par ceux-ci aux petits commerces (librairies, disquaires) ou institutions (musées, orchestres, troupes) en déficit chronique. Nul doute que le monde d'après sera celui de la ruée vers l'intelligence...

Pourtant, avec ou sans la com' consensuelle, la réalité "objective" est là : ce secteur représente 670000 emplois directs et rapporte 2.3% au PIB, 47 milliards d'euros, autant par exemple que la filière agro-alimentaire et plusieurs fois celle de l'automobile. A quoi s'ajoute un intérêt stratégique majeur, en nos temps si modernes : il n'est pas délocalisable.

Seulement voilà, la culture, la culture dans notre France est avant tout un outil de production (animation, concerts, festivals) qui valorise d'autres secteurs (tourisme, restauration...) ; or un outil, quel qu'il soit, qui ne tourne pas ne demeure pas longtemps opérationnel, et on ne le remet pas en place sur un clacquement de doigts, fussent-ils présidentiels. Et si l'on considère qu'un tiers des intervenants sont des travailleurs indépendants (donc sans Assedic en cas de besoin) on comprendra l'extrême vulnérabilité de ce "monde de la culture".

En clair, la France est-elle, une fois encore, en train de massacrer un de ses plus beaux fleurons ? on mesure de nos jours les effets de la désindustrialisation entamée il y a un demi-siècle. Jusqu'à présent, on se consolait en compensant avec le tourisme et la culture, ce que le monde entier nous envie... Mais demain ? que restera-t-il après la crise nommée Covid ?

mardi 8 décembre 2020

Millésime Covid : baisse des Prix...

Il ne vous a pas échappé que si cette année les Prix littéraires ont réussi à faire un peu parler d'eux, le coeur n'y était pas. Ils ont fait de la com' sur l'actualité, comme bien des médecins, mais sans compenser les effets de la crise sanitaire, comme on dit.

Ils ont tout d'abord repoussé leurs proclamations, pour afficher leur "solidarité avec les libraires" : entendez par là  qu'il aurait fallu être fou pour lancer les Prix quand toutes les librairies étaient fermées. Quelques semaines et quelques Zoom plus tard, échoppes ouuvertes, on connut le nom des heureux lauréats.

Qu'en retiendra-t-on ? Sans doute pas grand-chose, et pas longtemps. La lauréate du Renaudot, Marie-Hélène Lafon, aurait mérité plus de lumière, mais on n'a retenu du Renaudot que les relents de l'affaire Matzneff. Peut-être le Goncourt, si on arrive à y comprendre quelque chose. Sinon ce fût l'année du Figaro, multi-nominé.

Bien sûr on a bien récompensé quelques personnages (Chloé Delaume, Médicis), ou des thèmes à la mode (Serge Joncour, Fémina), mais on évité évité le trop politiquement correct, que le Goncourt des lycéens consolera, comme il en a l'habitude.

Il parait que de nombreux prix, dans la multitude des manifestations de deuxième ou troisième ordre, n'ont pas été décernés cette année. On devrait s'en remettre.