vendredi 4 mars 2022

Pour Andreï Kourkov, et au-delà...

C'était le 4 août 2020, sur ce blog. Je consacrais un billet à Andréï Kourkov, l'auteur ukrainien. Et depuis le temps a passé, et nous en sommes là où vous savez, du côté de Kiev...

L'oeuvre de Kourkov se déroule dans l'Ukraine post-soviétique des années 90. Avec beaucoup d'humour, de dérision et de tendresse, elle nous montre un univers peuplé de personnages foutraques, cruels et attendrissants à la fois. C'est un monde de mafias, de misère, d'alcool, parfois aux frontières du surréalisme dans des vapeurs de rêves slaves.

Alors trente ans après l'indépendance, dont Kourkov a toujours été un partisan, et même si les choses ont évolué favorablement, il reste dans ce pays des oligarques et des corrompus et les élites ne sont pas toutes des parangons de vertu. Mais il y a aussi -et c'est ce sur quoi se pétrit l'oeuvre de Kourkov- un peuple, une nation ancrés dans leur Histoire et leur culture. Une identité à la fois ancienne et occidentalisée, porteuse d'échange, de débat, de liberté : bref d'intelligence et de résistance.

C'est elle qui est aujourd'hui bombardée. Au-delà du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, c'est bien elle qui est aussi piétinée par Poutine, et qu'il convient de défendre avec le peuple ukrainien.

jeudi 24 février 2022

Bouquinistes, vocation et religion...

Voilà quelques mois (novembre 2021), sur ce même blog, nous nous alarmions de la crise qui secouait les bouquinistes des quais de Seine, dont beaucoup jetaient l'éponge après trois années de galère, depuis les manifestations des gilets jaunes jusqu'aux confinements covidiens, et de perplexité existentielle générale. Mais comme leur présence est importante pour le tourisme parisien, la mairie de Paris s'est empressée de lancer le recrutement des remplaçants.

En cette fin février, l'adjointe au Commerce de la Ville de Paris annonce toute guillerette 71 candidatures pour 18 boites vertes à pourvoir, et présente cela comme un engouement fort. Mouais... Plus de trente ans d'expérience du recrutement m'amènent à estimer ce ratio plutôt maigre, surtout quand les défections surviendront. Mais Olivia Polski, ladite adjointe, se félicite du profil des candidats, "brocanteurs, artistes, passionnés de lecture..." Cela peut en effet expliquer l'intérêt des impétrants, mais ne garantit en rien la pérennité de leur motivation et a fortiori leur réussite dans ce difficile métier d'indépendant plus que précaire.

Car la réalité prosaïque du métier est celle d'une rémunération oscillant entre 5 et 10 euros par jour, pour une présence soutenue ; la proximité de la Seine n'est pas sans charme, mais les conditions climatiques sont parfois sans pitié. Espérons que les postulants connaissent tout cela...

Bouquiniste est un beau métier, vieux de quatre siècles et porté, pour la plupart des professionnels, par l'amour du livre, son fonds et sa forme. Mais on entre de plus en plus en bouquinisme comme en religion, et à ce titre l'avenir apparait morose.

vendredi 11 février 2022

Edition, business, culture et dépendance...

Le monde de l'édition ne parle que de ça : la fusion des deux groupes éditoriaux Hachette et Editis, désormais sous la houlette d'un même patron, Vincent Bolloré. La réunion des deux entités, respectivement n° 1 et 2, accoucherait d'un mastodonte : Bolloré justifie cet objectif pour concurrencer les GAFAM, et le reste craint la perspective d'un quasi-monopole, sur le scolaire et le parascolaire par exemple ou sur la distribution. Antoine Gallimard, PDG de Madrigall le groupe n°3, parle d'un tsunami. Argant qu'en France la tradition éditoriale relève plus de l'artisanat que de l'industrie, il craint une politique de "best-sellerisation" à l'américaine. Et de déplorer la financiarisation de l'édition. Il s'émeut aussi de l'exclusion programmée des autres "petits" éditeurs, qui se comptent 5000...

On pourrait s'amuser des larmes de Gallimard. C'est un euphémisme de dire que sa maison, toute familiale qu'elle soit, s'est très bien accomodée de cette financiarisation, sollicitant notamment Bernard Arnaud (et sa presse) pour son propre capital, et menant quelques rachats tambour battant. Quant à l'industrialisation ou la best-sellerisation, Madrigall a largement prouvé son savoir-faire.

Reste qu'on ne peut que lui donner raison quand il  prédit le risque de la fin de la bibliodiversité, avec un black-out sur tous les autres livres : les medias de Bolloré ne parleront que des livres des éditeurs de Bolloré ; idem pour la distribution.

Il se passe dans l'édition ce qui se passe partout ailleurs, et ça n'a pas commencé hier. Gallimard risque à son tour de devenir une proie, quand jusqu'à présent il était plutôt chasseur. L'élément nouveau c'est qu'il semble, avec Bolloré, que des ambitions idéologiques (et pas de la meilleure engeance) s'ajoutent aux appétits financiers. L'édition a toujours été un secteur stratégique, ce qui en fait la force, mais elle pourrait à l'avenir devenir plus prosaïquement militante.

Il ya longtemps que l'offre culturelle est soumise à la finance privée ou à la doxa politique des états et des gouvernements. Mais désormais ces deux pouvoirs se retrouvent sous la même bannière.

dimanche 6 février 2022

Le CNL et le quart d'heure de Mr Cyclopède

Pierre Desproges avait inventé la minute de Mr Cyclopède. Il y a déjà longtemps de cela, et son génie n'a pu empêcher le temps de passer, ni la modernité d'advenir. Ainsi, le 10 Mars prochain, à 10 heures pétantes, le Centre National du Livre organise le quart d'heure national de lecture. L'Education nationale est évidemment partenaire, puisqu'elle dispose d'une clientèle captive.

D'abord, en 2022 la lecture est déclarée grande cause nationale. Une de plus, direz-vous ; mais pourquoi pas, tant les besoins sont grands en la matière. Le but de ce quart d'heure simultané est de "contribuer à développer le plaisir chez les enfants", et "d'offrir à tous un quart d'heure de plaisir, d'évasion, de silence et d'émotion pour remettre la lecture au coeur de nos vies".

Je n'ai rien contre, mais je reste sceptique sur l'évasion et le plaisir, fût-ce d'un quart d'heure (!), décrété par ordre de l'institution scolaire, moi qui garde le souvenir de professeurs de français (disait-on à l'époque) qui m'avaient durablement dégoûté du livre, de l'écriture voire de la lecture. Je ne doute pas que l'initiative du CNL offre de beaux éléments de langage communicant à un nombre certain de fonctionnaires des institutions ad'hoc, mais redonner de l'attractivité à la lecture risque d'être long et difficile, ne serait-ce que pour bousculer l'enseignement.

N'oubliez pas : le 10 Mars, de 10 heures à 10 heures 15, vous devez impérativement lire. Conjugué à la vaccination, cela fera de vous un parfait citoyen. Le reste du temps, vous faites ce que vous voulez.

mardi 1 février 2022

Gibert Burgers

J'avais évoqué ici même et en son temps la déconfiture de Gibert Jeune, librairies parisiennes, illustrant le monde tel qu'il va et la crise du livre. Mais depuis deux ans on nous clame un peu partout que la période est particulièrement faste pour l'édition, les librairies et toute la chaine du livre. Même si les chiffres de la réalité viennent régulièrement démontrer l'inverse, les trompettes continuent de jouer le même air...

La librairie Gibert Jeune tenait boutique au 5 place Saint-Michel en plein Quartier latin. Elle va être remplacée par... un fast-food. Haut de gamme, nous dit-on, et on salive déjà à entendre un tel oxymore. Tout le monde ou presque s'offusque, et on ne va pas tarder à polémiquer entre mairie de Paris, mairie du Vème arrondissement (d'opposition) et tous ceux qui souhaitent une meilleure offre culturelle. Connu des touristes du monde entier, le glorieux Quartier latin a déjà subi les affres du tourisme, et se pose l'éternelle question : peut-on présenter aux étrangers une offre caractéristique de l'endroit, ou faut-il étaler ce qu'ils trouvent partout pour ne pas les dépayser ? Et le débat va bien au delà du seul Boul'Mich...

Reste un autre aspect du problème du fond : il n'y aurait, sur ce qui est pourtant un emplacement "premium", qu'un seul repreneur, ledit marchand de burgers et hot-dogs. Non loin de là, les magasins de fringues et de chaussures ont remplacé les éditeurs ; ici c'est une librairie qui s'en va au profit de la restauration rapide ; ailleurs une pharmacie laisse la place à une parfumerie bas de gamme... Non, l'avenir ne s'éclaircit pas.

mardi 18 janvier 2022

Anomie, citoyenneté et jacobinisme...

Campagne électorale aidant, il est de bon ton de s'interroger sur ce "mal français" qui conduit les habitants de ce pays à une méfiance générale, permanente et parfois féroce, vis-à-vis de l'action publique, des politiques, des corps constitués et plus globalement de tous ceux qui prétendent parler plus qu'en leur seul nom. Moultes raisons ont été évoquées par les analystes à propos de ce fléau "endémique" qui augure mal de l'exercice démocratique et de son avenir.

Un livre, que je n'ai pas encore lu, vient de paraitre, aux Presses de Sciences Po : Les raisons de la défiance, signé Luc Rouban, chercheur au Cevipof. Et son approche est intéressante en ce sens qu'il constate que pratiquement la moitié des Français ne se retrouvent dans aucune communauté, qu'elle soit nationale, régionale, religieuse, d'origine, linguistique ou autre. Rouban nomme "Anomie" cet isolement socio-culturel et cette absence de repères, prompts selon lui à expliquer des soubresauts tels que le mouvement des Gilets jaunes, pour prendre un exemple récent.

A l'heure où notre jacobinisme hexagonal fait du communautarisme, et du séparatisme qui en découlerait, l'alpha et l'oméga de la problématique contemporaine, en hystérisant un peu le tout, il serait peut-être intéressant de s'interroger sur ce que signifie (au sens psy du terme) le fait que la moitié de nos concitoyens n'ont aucun sentiment d'appartenance. Et sur le fait, toujours selon Rouban, que cette proportion est trois plus élevée que dans les pays voisins.

Peut-être pourrait-on observer que cette "inclusivité" chez nos voisins tient pour une bonne part à l'organisation politique de leur pays, bien plus régionalisés que notre hexagone où il n'est bon bec que de Paris. L'Italie (15 % d'anomie), l'Allemagne, l'Espagne, le Royaume-Uni, pour ne citer qu'eux, ont au minimum une reconnaissance de leurs régions ; cela peut générer parfois des situations compliquées, comme en Catalogne ou en Ecosse, mais  au moins les citoyens ont-ils une identié à laquelle ils sont fortement attachés.

Cela pourrait nous ramener aus thèses de David Goodhart (Les deux clans) sur les "somewhere" et les "anywhere". Sans doute cet état d'anomie est-il d'essence très complexe, mais il est probablement plus inquiétant pour l'avenir de notre démocratie que bien des chiffres qu'agitent les uns ou les autres...

mercredi 12 janvier 2022

Simenon, tel qu'en lui-même...

Ma première lecture de l'année est ce que j'appellerai une lecture de fond, loin des modes, de l'actualité ou de l'écume du quotidien. Noël m'a offert l'Autodictionnaire Simenon, signé Pierre Assouline aux Editions Omnibus. Le principe : des mots d'entrée éclairent l'écrivain, avec des textes issus d'extraits d'oeuvre, d'interviewes, de correspondances... qui expliquent la vie de l'auteur, son ressenti, ses sentiments. Qu'il s'agisse de travail, d'amour, d'argent, de rencontres ou de découvertes, on (re)découvre l'univers de Simenon. 

Simenon est surtout connu du grand public pour ses Maigret qui, à eux seuls et ensemble, méritent de la littérature, mais il est aussi l'auteur de ses "romans durs", moins faciles, moins consommables, car plus ambitieux, et sans doute plus personnels. Mais, au-delà de ses 214 livres recensés (et presque autant de nouvelles) on comprend pourquoi GS est "populaire" (ce qui, on le sait, n'est pas toujours un compliment) : né au sein du peuple, il est resté fidèle à celui-ci, proche des humbles et des petites gens ; et sa prodigieuse réussite n'a rien changé, il est demeuré un artisan, selon son terme, pétri d'humanité et de respect. Et le public ne s'y est pas trompé.

C'est un homme vrai, pas meilleur que les autres, mais sans fard ni orgueil. C'est un introverti, voire un sentimental au sens de Le Senne, avec ses zones d'ombre, prompt à culpabiliser mais assez exigeant avec lui-même pour avancer et qui sait se souvenir. Il a pansé sa sensibilité en fuyant dans l'écriture, écrivant un Maigret en trois semaines ou un roman en deux mois, et donnant vie à 9000 personnages.

Bien sûr, la carrière de Simenon s'étend, en gros, des années trente aux années soixante ; il décidera en 1972 de ne plus écrire de roman, et ne publiera plus que des textes plus autobiographiques et plus intimistes. Et tout cela est bien loin d'aujourd'hui. Pourtant, les critiques qu'il formulait vis-à-vis des gensdelettres et de leur univers seraient sans doute de nos jours encore plus judicieuses, et encore plus féroces. Quant à celles qu'il exprimait à propos de la production littéraire de son temps on n'ose imaginer ce que seraient ses termes aujourd'hui ; il se disait "allergique à la littérature des autres et à la mienne". Pourtant chaque jour qui passe lui rend justice et le consacre comme un pilier de la littérature francophone du XXème siècle.

mercredi 5 janvier 2022

Pour une Bonne Année 2022...

Ce temps étant celui des voeux, à mon tour de vous souhaiter une bonne année. Au moins pour le premier trimestre parce qu'après nous manquons de visibilité, comme dit la blague... Que chacun reçoive donc mes voeux de bonheur, de santé, de prospérité, selon son goût. Pour nous tous, je me bornerai à souhaiter, en vrac :

un peu moins de démagogie (nous sommes en période électorale) ; un peu moins d'infantilisation (nous sommes en pleine pandémie) ; un peu moins de censures (voir mon billet précédent) ; un peu moins d'agressions ; un peu moins de sentiment d'agression, prétexte pour agresser à son tour ; un peu moins d'enflure médiatique ; un peu moins d'hystérie chez les vaccinophiles et chez les vaccinophobes ; un peu moins de consumérisme et d'individualisme (qui vont souvent ensemble) ; un peu plus de mesure et de bon sens.

Ce n'est pas grand chose, me semble-t-il, et pourtant je doute (ce qui de nos jours est très mal vu). Mais souvenons-nous de Guillaume d'Orange : "Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer"...

mardi 21 décembre 2021

Censures.

Avant d'entrer à pieds joints dans la période des voeux béats, jetons un oeil rétrospectif sur l'année 2021 et plus généralement sur l'un des relents de l'air du temps : le retour de la censure. Non pas l'insidieuse qui s'insinue peu à peu dans la vie du quidam par le biais d'injonctions moralistes, mais la censure brute, la vraie de vrai. Quand je dis retour c'est une façon de parler, car la censure n'a jamais disparu, et il en existe ailleurs de bien pires. Pourtant.

A l'occasion de l'élaboration d'une loi sur les bibliothèques, on entend préserver celles-ci des menaces liberticides et "révisionnistes" : ces établissements relèvant des collectivités territoriales (c'est-à-dire des élus), on estime utile de les protéger des pressions éventuelles de partis politiques ayant le vent en poupe : on voit aisément auxquels pense le législateur, et il n'est pas sûr que l'autre bord soit dans le collimateur.

Car aucun bord n'a le monopole de la censure, il peut être utile de le rappeler. Voir les Etats-Unis ou le Canada, et par conséquent la France à venir. La gauche, ou ce qui en tient lieu, hurle après les intégristes qui attaquent les supports LGBT ; la droite crie sur les autodafés qui visent Astérix, les contes et autres publications, au nom selon elle de l'idéologie woke ou de la cancel culture. Bien sûr, personne ne s'interroge sur les exactions de son propre camp. Il faut dire que l'hystérisation politique est bien alimentée par les réflexes pavloviens de certains groupes de pression, plus sensibles au mot qu'à la chose : on se souvient des suppliantes d'Eschyle, oeuvre d'une grande ouverture, clouée au pilori par le zèle de quelques crétins pré-pubères et boutonneux qui n'y  voyaient qu'un délit (selon leur propre justice) de blackface. Ces jours-ci, E. Macron est taxé de pétainisme pour avoir utilisé l'expression "vent mauvais", déjà usitée par Pétain. Zemmour évoque-t-il le surnom d'Abel Bonnard, ministre vychiste, surnom bien connu de "Gestapette", que certains entendent porter plainte pour homophobie. Trier l'essentiel de l'accessoire semble être au-dessus de la force cérébrale de certains.

On peut toujours relativiser, considérer l'activisme comme minoritaire ou peu représentatif, ou invoquer l'enflure médiatique ; Certes. Mais la tendance de l'époque, de judiciarisations en interdits, est bien à faire taire l'Autre. Et il me souvient que voilà bientôt vingt ans, des manifestations sociales se terminaient par un happening consistant à brûler le livre que venait de publier le ministre. Que valaient le livre et le ministre, je ne m'en souviens plus et peu importe. Mais le fait symbolique de brûler les livres, a fortiori chez des manifestants de gauche, traduisait une impressionnante inculture politique et historique. Et le pire était que ces manifestants étaient... des enseignants.

Oui, les vents sont mauvais.

mardi 14 décembre 2021

Lectures : Pleine terre, de Corinne Royer

Longtemps le livre de Corinne Royer Pleine terre (Actes Sud) fût dans les listes de nombreux prix littéraires, c'est dire l'unanimité qu'il a suscité. Il n'en a finalement remporté aucun, c'est dire qu'il n'était pas formaté pour cela : trop âpre, trop noir, trop tragique.

Ce livre raconte la cavale d'un éleveur aux prises avec l'agriculture moderne, et plus encore avec l'administration qui va avec. Une situation banale mais fatale qui va entrainer une descente aux enfers tragique : l'histoire est tirée de faits réels, tout aussi dramatiques. C'est un roman naturaliste, pétri de réalité ; Corinne Royer connait la campagne et les paysans, et elle est très bien documentée, sans que cette documentation n'obère l'écriture, remarquable et taillée à la serpe, digne du drame qu'elle décrit. Le livre n'est pas lisse, et il se lit lentement : il déborde d'humanité mais n'est ni joyeux ni démagogue.

S'il n'est pas crépusculaire, c'est qu'y sont identifiés les solutions autant que les problèmes. Mais plutôt que de s'attacher à de grandes incantations à la mode, abstraites et à la réalisation hypothétique, on retiendra du récit la réalité plus charnelle des situations, qui souvent ne demanderaient que du bon sens pour s'améliorer.

Quelques critiques : quid du consommateur, grand absent du roman ? Et peut-être un personnage central un peu trop intello. Et surtout quelques pages évitables, dont la présence semble tenir davantage à l'air du temps qu'à un réel intérêt narratif. Pour autant, Pleine terre est un beau et grand livre, au contraire des feel good books. Pas asssez consensuel pour être récompensé, mais assez fort pour faire date.