vendredi 6 janvier 2023

BD, Bastien Vivès : art pur et art dégénéré...

Le Festival International de la BD (FIBD) d'Angoulême est une institution, controversée pour sa gestion mais incontournable pour le monde bédéphile. L'évènement 2023 avait programmé une exposition Bastien Vivès, star du genre. Patatras. Cet auteur, qui avait déjà eu maille à partir avec des féministes pour "mysoginie" supposée, a vu s'abattre sur lui diverses pétitions pour cause de pédopornographie, dont dans Médiapart une "Tribune co-écrite par des autrices, éditeurices, étudiant-es et militant-es féministes", plus inconnues les un(e)s que les autres ; tant et si bien que l'expo, menacée de violences physiques, a été déprogrammée. Ces signataires déploraient notamment que "l'auteur souhaite provoquer l'excitation de son lecteur à travers l'expression de ses propres fantasmes", faisant allusion à quelques albums qui avaient déjà défrayé la chronique, avant que la justice ne classe sans suite les velléités purificatrices. Ces signataires badigeonnent d'une couche de ripolin politique et s'en prennent aux organisateurs du FIBD : "Ont-ils si bien intégré la pensée réactionnaire d'extrême-droite qu'ils n'hésitent plus à s'attaquer aux féministes qui luttent pour le droit des enfants ?". Au passage, on souhaite aux enfants d'avoir de meilleurs soutiens. Mais qui écrivait, jusqu'à présent, "Le temps où les artistes faisaient l'apologie de la pédocriminalité doit être révolue en France.", sinon l'extrême-droite réactionnaire dont ils se font les supplétifs ?
Je ne connais pas Bastien Vivès, ni personnellement ni en tant qu'auteur et, au risque de m'incliner devant des a-priori, je n'aime pas ces créateurs délibéremment immatures qui multiplient les provocations, sans qu'on sache s'il convient de prendre celles-ci au premier, au deuxième ou au quarante-huitième degré, surtout sur des thèmes aussi douloureux. Et après tout jouer avec la provoc comporte des risques de boomerang : je n'ai aucune sympathie particulière pour Vivès. 
Mais voir des artistes et des créateurs décider ainsi de ce qui a le droit ou non d'être produit par leurs collègues a quelque chose de terrifiant. Cette nouvelle définition de la vertu ressemble fort au nouvel ordre moral des régimes totalitaires. Qui aurait cru que des gens de culture, se revendicant de la gauche, de la liberté et du progrès oseraient écrire en 2022 :"C'est pourquoi nous demandons aujourd'hui que FIBD rédige et établisse une charte d'engagement, afin que les futures sélections et programmations du estival soient réalisées dans le respect des personnes minorisées ainsi que dans l'égalité de leur représentation" ? Se rendent-ils seulement bien compte de ce qu'ils disent ? Pour s'en tenir à la seule BD, univers nourrie de violence, de sexe, de mort, de sang, de fantasmes, d'égarements et de transgression : faut-il édulcorer tout cela et en revenir, comme l'écrit joliment Pierre Jourde dans l'Obs, à Fripounet et Marisette ?  Plus de fantasmes, plus de cochonneries, mais de la morale. Et des commissaires politiques pour contrôler tout cela. Un art moral et responsable, citoyen, indolore et respectueux de chacun, pour satisfaire les attentes (contradictoires) de toutes les minorités. Et exit la fonction subversive de l'artiste, sept ans après Charlie-Hebdo. Une deuxième mort pour Reiser, Wolinski et tant d'autres.
Nous n'en revenons pas simplement à la censure du procureur Pinard, garant des bonnes moeurs. Si Bastien Vivès outrepasse la loi, c'est à la justice de le dire et non aux réseaux sociaux où il est de bon ton d'étaler une indignation militante pour étaler sa prétendue supériorité. Leur argumentation est de même nature que celle de la fatwa contre Rushdie ; on en revient à Dzerjinski et à la culture soviétique des temps héroïques, ou à Goebbels, célèbre lui aussi pour avoir combattu l'art dégénéré.

A voir nouvelobs.com l'avis de Pierre Jourde :https://www.nouvelobs.com/societe/20221230.OBS67755/affaire-bastien-vives-assez-fantasme-par-pierre-jourde.html

mardi 3 janvier 2023

Bonne Année ! (2023, cette fois...)

Longtemps, les enfances rurales ont été rythmées par le Nouvel An et ses étrennes, bien plus que par un Noel dont la version commerciale n'était pas inventée, ou encore balbutiante... Le charme s'en est perdu, et les années qui me pèsent n'en sont pas la seule cause. Reste néanmoins le temps des voeux.

Aussi vous souhaiterai-je une bonne année 2023. Sans optimisme béat, vous me connaissez, mais au moins avec sincérité, pour que tous vos voeux soient comblés. Je viens de relire mon billet du nouvel An 2022, afin de ne pas écrire la même chose, et le considère avec le recul plutôt perspicace. Ce qui peut laisser espérer que l'année qui vient sera meilleure !

Bref, Bonne Année !!!

vendredi 30 décembre 2022

2022, pour fermer le ban...

Longtemps je me suis résigné de bonne heure, et ce n'est pas la fin d'année que nous vivons qui sera de nature à me requinquer. Ou, plus sérieusement, elle n'avivera pas beaucoup de regrets. Même s'il est encore un peu tôt pour tirer un bilan de cette année écroulée, ce sont bien les constats négatifs qui se sont accumulés.

Ainsi, en réaction à Poutine, c'est toute la culture russe qui a été vouée aux gémonies ; ainsi, ce sont de nombreuses polémiques qui se sont abattues sur le monde de la BD ; bien sûr, les débats autour du récent prix Nobel de littérature n'ont pas contribué à relever le niveau des échanges ; bien sûr chaque camp a déploré les initiatives de censure du camp d'en face, néocons contre woke ; bien sûr... la liste est longue.

Et pour finir l'année avec panache, Houellebecq, as du marketing, a trouvé le moyen de refaire le buzz en stigmatisant les musulmans. On a beau savoir les medias gourmands et la Grande Mosquée de Paris pas forcément désintéressée dans l'affaire, on regrettera que l'écrivain ne s'en tienne à sa seule plume plutôt que de faire de l'animation dans les prétoires.

Bref on aura compris que 2022 ne me laissera pas trop de souvenirs nostalgiques. Ce qui laisse plus facilement espérer que 2023 sera meilleur ? ya pas de raison... En attendant, bonne fin d'année.

jeudi 15 décembre 2022

Prix Nobel, prolongations... suite

Le duel Ernaux-Houellebecq se poursuit, par le biais de thuriféraires plus ou moins autorisés et plus ou moins opportuns, mais c'est ainsi. Et, par le plus grand des hasards, il m'est revenu en mémoire un échange dans une librairie où je dédicaçais je ne sais plus lequel de mes ouvrages. Avec un lecteur dédicataire, nous avions devisé des mérites comparés de Marcel Aymé et de Céline, entre autres considérations sur la littérature du milieu du XXème siècle. Ce fut une très belle rencontre, peut-être la plus intéressante de toutes celles que mes dédicaces ont permis. Mais pour en revenir à ces deux auteurs, nous étions tombés d'accord pour dire que ce qui donnait plus de charme à M. Aymé qu'à Céline c'était finalement l'humour : Aymé avait de l'humour là où Céline avait de la bile.

Considérons aujourd'hui Ernaux et Houellebecq : si les livres du second, aussi noirs puissent-ils être parfois, témoignent toujours de cet humour qui les rend plus aimables, je défis par contre quiconque de trouver la moindre once d'humour dans les écrits et les propos d'Annie Ernaux. Il y a peu à parier que cela lui vienne désormais : si le Nobel a tranché en sa faveur, la postérité pourrait bien choisir Houellebecq.

mardi 13 décembre 2022

Prix Nobel : prolongations...

Annie Ernaux a donc reçu le Prix Nobel de littérature. Mais la chose continue à faire des remous : sa rivalité ultime avec Michel Houellebecq a fracturé le pays en deux clans, comme aux plus belles heures d'Anquetil et de Poulidor. Ou plutôt il semble bien que la division recoupe celle de la politique d'antan, avec nolens volens Ernaux puisant à gauche et Houellebecq moissonnant à droite.

Ce constat est attristant, car il ne reconnait pas les avis qui s'émancipent de leur faction (et dont l'Histoire montre qu'ils ont souvent raison) ; et surtout il tend à prouver qu'une récompense pourrait ne se justifier que par le postulat et l'engagement politiques, ce qui dévalorise le travail de l'auteur primé. Restent quand même, en l'occurrence pour le Nobel 2022, une opposition fondamentale : d'aucuns fustigent l'écriture névro-nombriliste de Ernaux (autofiction, complexe de classe et féminisme), attribuant à Houellebecq une dimension plus globale et mieux fouillée, voire visionnaire. Et le camp d'en face salue les combats de la nobelisée et pourfend les dérives réactionnaires de son challenger. Dans les deux cas on peut faire mieux comme argumentation.

A chacun de se faire sa propre opinion, si possible face à la seule aune littéraire. On peut quand même sourire en entendant Annie Ernaux reprocher à Houellebecq non seulement ses idées mais "son écriture plate" qui le rend "facile à  traduire", et qui expliquerait son succès planétaire. Ce n'est pas la première fois qu'un hôpital se fout de la charité, mais à ce point-là c'est rare, et notre Prix Nobel en devient mesquine et grotesque.

vendredi 9 décembre 2022

L'Etat, l'art, la culture... Exemple.

Il est injuste de dire que notre Etat jacobin n'est qu'omniscient, omnipotent et ventripotent : il est aussi incompétent. Exemple, en juin dernier, suite au déménagement d'Agro Paris Tech (Inrae, etc...) du chateau de Grignon, le ministère de l'Agriculture organise la vente aux enchères du vieux mobilier. Celui-ci est stocké, nous dit le Canard enchainé, dans un "grenier" qui rebute les deux agents de France Domaines venus l'expertiser : ceux-ci se contenteront de quelques photos "de très mauvaise qualité"...

Evalués comme étant banalement "de style" par FD, vingt sièges sont mis à prix à 170 euros, et l'enchère atteint 6240 euros. Problème, les bergères une fois dépoussièrées vaudraient, selon les spécialistes, entre 300 000 et 500 000 euros : ce sont d'authentiques Louis XVI signés Sené. Autre exemple : une console mise à prix 40 euros, vendue 2250, se retrouve quelques semaines plus tard à Drouot où elle en vaut 13 000. Il s'est trouvé quelques amateurs plus perspicaces, ou mieux informés, pour trouver le bon filon.

Autre info simultanée, j'apprends que la Délégation régionale des Affaires culturelles d'Occitanie a enfin un nouveau directeur. C'est heureux : sans compter les contractuels et les stagiaires, ils étaienet 264 fonctionnaires à l'attendre.

Je note cela simplement car ce sont deux infos du même jour ; sinon ça n'a sans doute rien à voir.

mercredi 23 novembre 2022

Déni et lecture, commerce et culture

Jeanne Seignol est youtubeuse, c'est vous dire si elle est moderne. A en croire le site Actualitté, elle anime une chaine Youtube consacrée aux livres et à la lecture. Fort bien. Désireuse de faire parler d'elle (c'est en général le but de cette activité) elle s'attaque à un supposé lieu commun (réactionnaire selon Actualitté) qui consisterait à dire que les jeunes ne lisent plus, et consacre à cela un documentaire de 35 mn. Aussi s'attend-on à ce qu'elle ne manque pas d'arguments.

Première salve : une étude du Centre national du Livre/Ipsos conclue que 93% des 7-25 ans lisent, et même que parmi eux 82% y prennent du plaisir ; au passage, on déduira que 9% aiment se faire du mal, mais bon... Et surtout, deuxième salve, cette étude bat en brèche celles du Ministère de la Culture, beaucoup moins enthousiastes. Mais notre youtubeuse a tout compris : c'est parce que le ministère ne prend pas en compte la lecture des BD et des mangas. Dans ce cas, évidemment...

J'avais relevé ici-même, en juin2021, que le Pass-culture macronien avait surtout profité aux mangas, qui représentaient 71% des achats. Mme Seignol a peut-être raison d'affirmer que les jeunes lisent plus qu'on ne croit, si sa propre analyse se veut être une étude marketing : oui, les jeunes, outre quelques livres, consomment des BD et des mangas. Seulement, a-t-on envie de lui expliquer, quand les "réactionnaires" disent que les jeunes ne lisent plus, leur idée de la lecture est quelque peu différente : pour eux, lire n'est pas acheter ou tenir entre les mains un objet de papier avec des pages numérotées et une couverture cartonnée, c'est accéder à un contenu qui éclaire le savoir, l'évasion, la culture, l'esprit critique, l'ouverture aux autres, la conscience de soi, et toute sorte de choses qui émancipent l'individu dans sa rencontre avec le monde. Je ne doute pas que certaines BD ou mangas soient de qualité, mais je ne pense pas que cette émancipation soit leur fonction première.

On ne sait trop s'il faut imputer cette tendance actuelle à esquiver le fond des problèmes (ou à faire semblant de ne pas comprendre, ou à repeindre le réel) à un déni systématique (surtout à gauche) ou à une simple stupidité. Mais le meilleur est pour la fin, constatant que la lecture de ces produits est le fait des jeunes de familles modestes : "Le fait que les pratiques des classes sociales les moins favorisées ne soient pas valorisées ne me semble pas anodin." Ben voyons.

samedi 19 novembre 2022

Debray, Nora, quand les dinosaures pensaient...

Ils ont pensé, écrit, débattu... et vécu : 90 ans pour Pierre Nora, 80 pour Régis Debray. Ils n'ont pas toujours été amis, loin s'en faut, mais ils ont fini par le devenir ; l'un, issu d'une famille de droite gaulliste, a entamé un parcours de révolutionnaire, avant de se ranger sous les ors du mitterrandisme et du sérail germanopratin. L'autre, issu d'un famille juive de gauche modérée, a fait oeuvre d'historien et d'éditeur dans le même sérail, n'a pas refusé les honneurs et a logiquement fini à l'Académie française. Longtemps opposés, ils se sont rapprochés voilà plus de trente ans : peut-être se sont-ils simplement rencontrés, autour d'une certaine idée de la culture et de la réflexion.

Réunis chez leur éditeur Gallimard pour le Figaro (du 14 novembre), les deux complices rompent encore quelques lances, avant de se souvenir des décennies flamboyantes, quand Paris où ils s'activaient était la capitale mondiale de la pensée. Et d'évoquer, entre autres figures, Duby, Furet, Ozouf, Foucault... Les intellectuels de l'époque étaient animés par une tradition humaniste et littéraire, par un rapport au civisme et au collectif (révolution ou sens de l'Etat) et par l'apport déterminant des sciences humaines (psychologie, histoire ou linguistique) à la science tout court. Quels qu'aient été ses résultats, la pensée fleurissait.

On attendait donc le grand soir, et ce fut Internet. Et avec lui l'individualisme, l'inculture et le cynisme. L'image a supplanté l'écrit, le tweet a valeur de conférence, l'émotion prime sur la raison et l'influenceur a remplacé le penseur. Le tout sur fond de matérialisme consumériste et d'ignorance.

Au delà des différences de vue qui perdurent entre Nora et Debray, ils font tous deux le même constat, celui d'un siècle révolu, pour ne pas parler de civilisation. Quand planaient les valeurs de l'imprimerie, la culture et l'éducation, quand la politique commandait encore à l'économie, quand la conscience de l'humain résistait à une rationalité de pacotille et de tiroir-caisse... Et oui, bien souvent, c'était mieux avant. Lisez l'article en question, vous comprendrez pourquoi.

mercredi 9 novembre 2022

Goncourt 2022 : marketing, affairisme et politique...

D'année en année, le Prix Goncourt se révèle être ce qu'il est : une (grosse) affaire, de moins en moins littéraire et de plus en plus financière, mondaine et foutraque. Le Prix 2022 a été attribué à Brigitte Giraud, au bout d'un psychodrame qui risque de laisser des stigmates : deux groupes irréductibles se sont affrontés pendant 14 tours de scrutin, jusqu'à ce que la voix du Président, comptant double, ne décide du bénéficiaire du jackpot. Et pourtant... le cafouillage demeurera complet.

Les tractations préliminaires avaient accouché d'une dernière liste de quatre auteurs : Guiliano da Empoli, Cloe Korman, Makenzie Orcel et Brigitte Giraud. Mais le livre de C. Korman, Presque soeurs, est tombé ces derniers jours dans la tourmente d'une polémique inconcevable pour un Prix. Exit Korman. L'écriture de Orcel est, de l'avis général, talentueuse mais trop ardue et trop absconse pour en faire un bon (c'est-à-dire grand public et rentable) Goncourt. Exit Orcel. Restent donc da Empoli et Giraud. Le Président Decoin a énoncé l'an passé un principe sien qui consiste à écarter du Prix un ouvrage déjà primé, afin que la distribution puisse valoriser deux livres au lieu d'un seul : or da Empoli a déjà obtenu le prix de l'Académie française. Certes, rétorquent les partisans de ce dernier, mais ce n'est pas contraire aux statuts, qui par contre réclament de récompenser une oeuvre d'imagination, et le livre de Giraud n'en est pas vraiment une. Balle au centre.

Et c'est ainsi que le vote bloqué à cinq voix contre cinq va durer jusqu'au quatorzième tour. Il se murmure que les deux clans irréconciliables se seraient récemment créés à propos d'une manifestation du jury Goncourt au Liban, sur fond d'antisémitisme d'un ministre libanais qui avait dissuadé du déplacement la moitié de ce jury. A ma droite, Ben Jelloun, Assouline, Rambaud... A ma gauche Decoin, Claudel, Schmitt... Quoi qu'il en soit, tous les arguments y passent : parité, diversité, etc... Et Brigitte Giraud dispose d'un argument massue : c'est une femme. Peu importe que l'écriture soit blanche, le style plat, la construction facile.

Moitié par élimination, moitié par argutie réglementaire (la voix qui compte double), c'est donc Brigitte Giraud qui sera le Prix Goncourt 2022 : de quoi relancer des ventes très modestes jusque là. Mais à moins que le jury ne se recentre enfin sur la qualité au lieu du politiquement correct, la bataille de 2022 risque de faire saigner encore longtemps.

dimanche 6 novembre 2022

Académie française : fauteuils en stock, petit prix

Clémenceau affirmait qu'il est ici bas deux choses parfaitement inutiles : la prostate et le Sénat. Il eut pu, sans férocité particulière, y rajouter l'Académie française. Aussi estimable et prestigieuse que soit cette institution, de décès en décès elle se retrouve aujourd'hui avec cinq fauteuils à (re)pourvoir, et cela n'est pas une sinécure.

Tenons-nous en au seul fauteuil numéro 19 (celui de Jean-Loup Dabadie), qui accueillit, parmi d'autres postérieurs, ceux de Boileau ou de Chateaubriand. On votait ces jours-ci pour désigner un heureux élu, sachant que la majorité absolue nécessaire à l'élection est de 13 voix. Et là, patatras ! le plus populaire des candidats a culminé, au quatrième tour, à 11 voix, contre 8 à son challenger, comme on ne dit pas à l'AF. Bref, les Immortels en place sont sévères vis-à-vis de ceux qui postulent.

Précisons à ce stade que les deux impétrants étaient Benoit Duteurtre et Frédéric Beigbeder. On peut comprendre les réserves des académiciens. Une première tentative vaine avait eu lieu en mai dernier, avec comme candidats Olivier Barrot et Frantz-Olivier Giesbert. Déjà on pouvait imaginer la perplexité des hommes en vert.

Peut-être notre Académie française devrait-elle s'interroger sur les vocations qu'elle suscite, et surtout sur celles qu'elle ne suscite pas de la part d'écrivains ou d'hommes de lettres reconnus. Les blessures narcissiques, dans une époque qui en compte tant, ne suffisent plus toujours à légitimer une candidature. Et encore moins à porter la langue française.