jeudi 3 août 2023

Fuck bouquinistes !

 Il ne vous a pas échappé que Paris accueillerait en 2024 les Jeux Olympiques, et qu'il convient donc de les organiser (et de les payer, mais ça c'est une autre histoire...). Il ne vous a peut-être pas échappé non plus que la cérémonie d'ouverture se déroulerait sur les bords de la Seine. Et notamment sur les quais où se tiennent les bouquinistes. Alors que faire de ces encombrants ?

La Mairie de Paris a tout d'abord envisagé de les laisser sur place, boites verrouillées, sans activité et sous surveillance des services de déminage. Cela n'a convaincu personne. Puis de les déplacer dans le XIIIème arrondissement. Sans plus de succès.

Il faut dire que le descellement et le déplacement de 570 caisses risque de faire beaucoup de dégâts dans ces vieilles boites vertes. La Mairie a essayé de convaincre en expliquant qu'un déplacement de ces boites et leur rénovation favoriseraient le classement des activités de bouquinistes au Patrimoine mondial de l'Unesco...  (le classement au patrimoine immatériel français a été obtenu en 2019) !!! Impression générale de foutage de gueule.

De toutes les façons, à l'heure qu'il est la Préfecture de Police a décidé de retirer (le temps des festivités) la majeure partie de ces boites vertes, aussi emblématiques soient-elles de Paris et sa culture, des quais de Seine. On cassera donc les étalages et on privera les bouquinistes des effets économiques des JO. Le tout pour assurer la sécurité d'une cérémonie qui durera quatre heures.

Quelles que soient les exigences de sécurité, qu'on peut comprendre, il en résulte juste le sentiment fâcheux que la culture et ses artisans sont une fois de plus de simples variables d'ajustement non essentielles. A moins que ce ne soit l'époque qui veuille cela ?

mardi 1 août 2023

Rétrospective déjà paru (3)

Suite de la rétrospective estivale, en 2011 pour Aveyron, Croatie la nuit chez l'Harmattan, et en 2012 pour Passeport pour le Pays de Cocagne chez Elytis. 





jeudi 27 juillet 2023

Pass-culture, cuisine et inter-dépendances...

 Le pass-culture continue, et même il s'étend. 25 euros supplémentaires par an pour les élèves du premier cycle, dans un "parcours de découverte". Le coût du dispositif passe ainsi de 24 millions d'euros en 2019 à 209 millions en 2023.

J'ai déjà eu l'occasion d'écrire sur ce blog mon scepticisme vis-à-vis d'un machin dont les trois-quarts des effets profitent aux mangas. Je n'y reviendrai pas aujourd'hui, où paraissent deux études (voir le site Actualitté) sur un premier bilan de ce pass-culture. Si la Commission des Finances du Sénat conclut sur un avis mitigé, le rapport de la Cour des Comptes -concernant le seul volet économique- est plus critique, et même "sévère". Il en ressort, selon la Cour, une impression de "bricolage dans l'urgence" aboutissant à un manque de traçabilité dans les décisions (et les responsabilités) et à une Direction multicéphale...

Et bien sûr on n'échappe pas au recours à des "consultants", à savoir deux personnalités grenouillant dans le sérail, comme ce haut fonctionnaire opportunément en disponibilité encaissant plus d'un million d'euros d'honoraires en 2018 et 2019... pour une mission relevant de son rôle habituel de fonctionnaire. Il sera finalement mis à distance par la HATVP, dans une autre fonction de la SAS Pass-culture, pour conflit d'intérêts.

Bref, la routine.

mercredi 19 juillet 2023

Et le temps s'en va : Henri Tachan...

 La grande faucheuse n'a aucune pitié pour les poètes, à moins qu'elle ne les veuille pour elle seule. Au tour d'Henri Tachan d'en faire les frais. Mais à qui ce nom disait-il encore quelque chose ?

Henri Tachan, c'était la chanson française des années 60, et il fut adoubé par Brel notamment, avec qui les atomes crochus chansoniers étaient évidents, mais aussi par Brassens ou Ferré et d'autres. C'était un rebelle un peu outrancier parfois mais dont les textes et la sensibilité révélaient un talent rare. Même dans ses numéros de contestataire l'élégance perçait. Ses souvenirs d'une jeunesse bourbonnaise le mettaient à l'abri des cultures urbaines qui commençaient à émerger, et ses textes ciselés parlaient aux amoureux de la langue française.

L'air du temps le porta puis passa, avant que la mode et le système ne le marginalisent. Seuls ceux qui le connaissaient gardèrent son nom en mémoire, et seule une poignée continua à l'accompagner. Et à l'heure de son départ on gardera de cet écorché vif moins ses textes de provocateur, forcément un peu faciles, que son impertinence salutaire et ses bijoux de poésie où l'humanité se plaisait. Fugit tempus...

mercredi 12 juillet 2023

Rétrospective déjà paru (2)

Suite de la rétrospective estivale, 2006 pour HPO Cap Ferret et 2007 pour HPO Toulouse... Toujours chez Elytis. 




mardi 4 juillet 2023

Rétrospective déjà paru (1)...

 En guise de rétrospective estivale...

Retour dans le passé : La Branloire pérenne (2002), Week-end à Schizoland (2005) chez Elytis



mercredi 28 juin 2023

Prudence : Hemingway...

 La machine est lancée et rien ne semble pouvoir l'arrêter. On avait réécrit Agatha Christie, Ian Fleming, Ronald Dahl et d'autres : au tour de Ernest Hemingway de passer dans la lessiveuse woke et de voir son ouvrage Le soleil se lève aussi précédé d'un trigger warning -avertissement au lecteur- censé protéger celui-ci dans sa "confrontation au texte" du Prix Nobel 1954. Le lecteur n'étant, comme chacun sait, pas suffisamment adulte pour se faire une idée critique.

Cet avertissement rappelle, horresco referens, qu'Hemingway fut alcoolique, dépressif, chasseur, pêcheur au gros, amateur de safari, défenseur de la corrida, etc... et que bien sûr il eut trop de femmes pour ne pas être un prédateur concupiscent et manipulateur. Dire que des générations ont lu Hem en oubliant tout cela...

Cette pratique étasunienne -pour l'instant- pourrait être simplement ridicule si elle ne permettait de voir à quel point les plus grands éditeurs craignent l'activisme des minorités agissantes : le souci de Penguin Random House, en l'occurence, est de décliner toute responsabilité juridique et commerciale sur un contenu susceptible de heurter. L'anxiété, l'opportunisme ou la couardise des éditeurs montrent bien la force du mouvement woke.

On nous dira qu'ici on n'a pas touché au texte original. Certes. Pas encore. Dans l'Allemagne des années 30, on s'est longtemps contenté des peindre des étoiles de David sur les vitrines des commerçants juifs, qui continuaient à travailler. Puis on a commencé à casser ces vitrines. Puis...

Mais ça n'a sans doute rien à voir.

vendredi 23 juin 2023

Enracinement, dites-vous ?

 Vous connaissez sans doute la belle histoire de ces quatre enfants colombiens échoués dans la jungle amazonienne, après un crash d'avion, et qui y ont survécu pendant quarante jours jusqu'à ce que les secours les retrouvent. Miracle, crions-nous sur l'air des lampions !

Non, répondent les mêmes secours colombiens. "La survie des enfants est la démonstration de la connaissance et de la relation qu'entretiennent les indigènes avec la nature, un lien enseigné dès le ventre de la mère", nous disent les anthropologues locaux. Car les enfants (treize, neuf, quatre et un an) n'ont pas paniqué et ont su manger, boire, dormir et survivre dans ce milieu hostile, car ce biotype, pourrait-on dire, était le leur. C'est cet enracinement et la transmission de celui-ci, ne serait-ce que par l'éducation, qui leur a permis de se sauver.

Peut-être y a-t-il là matière à penser, pour notre homme si moderne, en voie de déconstruction, perdu sans ses écrans et délégant à l'IA ce qui lui sert de réflexion. Mais quel responsable actuel, politique ou autre, oserait simplement signer les propos des colombiens ? Et faire référence aux "gens de quelque part", et non célébrer les "gens de partout" ?

Pourquoi je vous parle d'enracinement ? Simplement parce que c'est le thème de mon prochain ouvrage, en cours d'achèvement...

mardi 20 juin 2023

Modernités du jour

Il est des jours où un seul support de presse suffit, en quelques lignes ou quelques clics, à vous présenter le monde tel que vous craignez qu'il soit. Ainsi quelques articles piochés sur le site Actualitté.com de ce 20 juin.

1- L'arrière petit-fils de Céline, surgi d'on ne sait où (l'abandon des droits à la succession de LF Céline par sa grand-mère Colette Follet remonte à 1960) annonce qu'il va assigner Gallimard et les ayants droit de l'écrivain pour avoir exploité les manuscrits récemment retrouvés (Guerre, Londres, La volonté du roi Krogold), au titre de son "droit moral". Il jure urbi et orbi qu'il ne fait pas ça pour l'argent mais pour le respect des héritiers ; néanmoins, les temps étant ce qu'ils sont, il réclame deux euros par exemplaire vendu.

2- Les employés d'un entrepôt d'Amazon, en Normandie je crois, se disent inquiets et en insécurité : il y a des souris dans l'entrepôt.

3- La librairie Antoine, à Versailles, est menacée : son propriétaire triple le loyer.

4- Les Manouchian vont entrer au Panthéon. Très bonne initiative qui fait l'unanimité. Ceux qui ont suivi la polémique, voilà une quarantaine d'années, sur les relations entre PCF et MOI et les circonstances de la fin de celle-ci, ne seront pas étonnés par les nombreuses tentatives de récupération politique,autour des thèmes d'aujourd'hui.

5- L'Etat de l'Illinois adopte une loi contre la censure des livres "pour raison personnelle, politique et religieuse", en conformité avec la Charte des Bibliothécaires Américains. C'est une loi qui interdit, et on sait que ce ne sont pas les plus efficaces ni les meilleures, a fortiori contre la censure, mais bon... Mais en lisant d'un peu plus près on voit que c'est surtout une loi contre la censure de droite. Bien. La moitié du chemin est parcourue.

mardi 6 juin 2023

Picasso, trop beau pour elles...

Les célébrations, par définition, ne font pas dans la demi-mesure. En général, c'est plutôt dans le sens de l'hagiographie. Mais désormais il est des célébrations qui dézinguent, à preuve le Picasso bashing qui commémore le 50ème anniversaire de sa mort. Bon, ne généralisons pas, il y a aussi des manifestations positives ; mais ce dont on parle le plus c'est la stratégie qui entend "revisiter avec un regard féministe" l'oeuvre et la vie du Minotaure.

Ainsi à New-York une exposition qui "entend rendre justice aux femmes qui n'ont pas connu la gloire de l'artiste catalan, parce qu'elles n'ont pas eu les soutiens qui ont favorisé le "génie" de Picasso". CQFD : Picasso n'a réussi que parce qu'il était un homme, et plein de femmes auraient fait aussi bien si... Un peu de culture historique aurait prévenu nos amazones que le Malaguène eut sa part de vache enragée avant de connaitre le succès.

On peut penser ce qu'on veut de Picasso, et de son oeuvre, "peintre de génie mais être humain tout sauf parfait". On connait son narcissisme, son égotisme, son emprise dont les femmes ne furent pas les seules victimes (?). Cela dit, il serait parait-il impossible de dissocier l'homme et l'artiste ; pour le prouver, une humoriste australienne a recencé des pénis un peu partout dans ses oeuvres. On n'ironisera pas. Mais là aussi un peu de culture aurait éclairé sur les fonctions archaïques de l'art... Quant aux êtres-humains-tout-sauf-parfaits, j'en connais beaucoup, et il n'y a pas que des hommes (je peux donner des noms...).

Et pour orchestrer tout cela il y a une "Commissaire en cheffe", titre qui, je ne sais pas pourquoi, me fait doublement flipper... Mais gardons espoir, il doit bien rester en ce bas monde des gens, hommes et femmes confondus si j'ose dire, pour qui Picasso est aussi l'auteur des Demoiselles d'Avignon et de Guernica.