mercredi 14 février 2024

Les bouquinistes restent à quai !

 Le sujet avait été traité l'été dernier sur ce blog, quant on avait annoncé la déportation des bouquinistes parisiens pendant la durée des JO de l'été prochain. La Préfecture de police de Paris et la Mairie avaient décidé de déménager les caisses vertes qui ornent les quais de Seine, la Préfecture de police par souci de sécurité, la Mairie par souci d'on ne sait quoi. De sorte que cette annonce de déplacement temporaire avait suscité une levée de boucliers, depuis les amoureux de ces étals jusqua'aux professionnels inquiets pour leurs revenus et plus encore pour la pérennité de leurs vieilles installations.

S'en est suivi une chicanerie de six mois, de négociations avortées en récupérations politiques de toute nature. Et alors que se dessinait la fatale défaite du pot de terre face au pot de fer, un coup de théâtre a fracassé le silence de ce jour de grâce du 13 février 2024 : Emmanuel Macron lui-même a annulé le déplacement. 

Cette décision du Président apparait bien sûr comme le fait du Prince. Une fois de plus, dira-t-on, car tout semble désormais se trancher à l'Elysée. En attendant, on se réjouira de voir les quais conserver leurs plus belles fleurs, tout en regrettant que les mesures de bon sens ne soient pas prises plus plus tôt et sans recourir au droit divin...

vendredi 9 février 2024

La Maison des Ecrivains et de la Littérature, hélas...

 On sait que ce pays regorge d'organisations visant à promouvoir la littérature. Avec le succès que l'on sait, diront les mauvaises langues, mais c'est un autre débat. Ainsi la Mél (Maison des Ecrivains et de la Littérature) qui depuis sa création en 1986 durant les années fastes jacklangiennes soutient parait-il "logistiquement et économiquement" des manifestations littéraires parisiennes. Elle est devenue une institution, et siège dans le XVIème arrondissement.

Mais voilà près de dix ans que la crise semble permanente, financière et managériale ; en quelques années la dotation publique est passée de plus de 700 000 euros à 500 000 euros aujourd'hui. Trop peu, crie bien sûr la Mél, qui parle même vis-à-vis du Ministère de la Culture de "forfaiture" : le ridicule ne tue plus depuis longtemps. Si la Mél évite régulièrement la banqueroute elle n'a guère infléchi sa gestion, particulièrement opaque, peut-être pas malhonnête mais pour le moins "déconnectée", en tout cas difficile d'accès même pour des vice-présidents... Mais bien sûr, argue la structure, "la Mél est menacée parce que la littérature est menacée". CQFD. Le Conseil d'Administration, quant à lui, enregistre démission après démission, avant d'avoir peut-être des comptes à rendre surladite gestion.

Le nombre des adhérents à cette Asso, car c'est une simple association, culmine à 240, tout aussi célèbres que les pétitionnaires contre Tesson. Il n'en demeure pas moins une dizaine de salariés, à l'efficacité incertaine. Normal, "la souffrance des équipes" illustre "un système totalitaire" et les "abus de pouvoir" imputés à la direction.

On l'aura compris, la pétaudière est joyeuse. Et coûteuse en deniers publics. Et probablement pas la seule à dilapider ceux-ci au profit de quelques uns, à en croire les gens bien informés. Mais d'autant plus irritante que pendant ce temps-là, loin des lumières, de nombreux bénévoles font beaucoup mieux avec beaucoup moins.

lundi 29 janvier 2024

Tesson, la poésie, la frénésie...

 Il fallait bien que je donne un avis sur cette triste affaire du Printemps des poètes. Triste ? voire. Ou marrante, pathétique, dérisoire, nulle... comme vous voudrez.

Rappelons les faits, comme on dit : voilà quelques semaines, une pétition parue dans Libé, qu'on a connu mieux inspiré, réclame le rejet de Sylvain Tesson de la présidence du Printemps des poètes, au titre qu'il ne serait pas un poète mais bien "une icône de l'extrême-droite", qu'il banaliserait. Une contre-offensive viendra, de la droite et de quelques ministres pour voler au secours de l'écrivain ostracisé, argant que les 1200 signataires de la pétition, poètes de leur état, étaient à une ou deux exceptions près d'illustres inconnus, forcément animés par l'aigreur, la rancoeur et la jalousie.

Le temps faisant comme souvent son oeuvre, il apparait ces jours-ci que la cabale visait aussi Sophie Nauleau, la directrice artistique du Printemps, qui vient d'ailleurs de démissionner. Bref, le sujet de société était surtout un règlement de comptes germanopratin. Nous verrons bien de quoi l'avenir sera fait et ce que l'Histoire en retiendra.

Il n'empêche : cette histoire en dit long sur notre époque. Non pas que les polémiques soient nouvelles : la mobilisation de l'extrême-gauche contre des personnalités de droite n'est pas nouvelle, pas plus que l'inverse ; la droite n'a pas vraiment applaudi le Nobel d'Annie Ernaux... Qui se souvient des années 70 trouvera même nos tempêtes dans un verre d'eau bien médiocres et fort plates. Mais une fois encore, l'inculture historico-politique de notre temps s'étale douloureusement dans des postures cul par dessus tête. On est habitué -et c'est là le danger- à ce qu'une droite, extrême si l'on veut, se fasse le chantre de la liberté et de la démocratie, alors qu'elle incarne de tout temps le parti de l'Ordre, souvent musclé ; et symétriquement je trouve désolant -et le mot est faible- les réflexes staliniens digne des procès de Moscou, que sont capables d'afficher des gens qui parlent au nom de la culture et de la liberté. Là, comme dans d'autres domaines, ceux qui invoquent volontiers un idéal libertaire appellent à l'exclusion, à la Loi, à la Police, à la Justice, au pilori...

"Poètes, vos papiers !" chantait Léo Ferré. Un demi-siècle plus tard, ce sont précisément des poètes qui appellent à la censure. Il est temps de se retirer sous notre tente.

vendredi 19 janvier 2024

Le français, de Villers-Cotterêts à Séjourné...

 Il se trouve encore quelques linguistes atterrants pour proclamer que la langue française ne s'est jamais aussi bien portée. Et ça tombe bien : le Président Macron, voilà quelques semaines, encensait son projet, la Cité internationale de la Langue Française à Villers-Cotterêts.

Seulement voilà, même si son discours n'était pas inintéressant il a évidemment été analysé par des spécialistes de cette langue française (lire à ce sujet le Matricule des Anges). Et il s'avère désolant, incorrect et lourdingue, à force de pronoms multipliés ou inutiles, de conjonctions décomplexées, de syntaxes libérées et d'infinitifs inappropriés. De deux choses l'une : ou bien l'inclination naturelle du chef de l'Etat va inexorablement vers la start-up nation ou Choose France, ou bien les plumes actuelles de l'Elysée sont à la hauteur de l'époque. Mais dans les deux cas le ridicule menace.

Pour arrranger cela, voilà quelques jours, c'est le nouveau ministre de l'Europe Stéphane Séjourné, en voyage officiel à, Kiev, qui se prend les pieds avec un sabir de banlieue francophone : "La défense des droits internationals", "c'est pas moi qui décidera", l'occasion de voir ce qu'ont besoin les ukrainiens", "sur le point de vue", etc... Là aussi, de deux choses l'une : ou bien il avait forcé sur la vodka, ou bien une fois de plus le personnel politique contemporain est à la hauteur de l'époque...

Heureusement, nous avons Rachida Dati à la Culture.

mardi 16 janvier 2024

Dati à la culture, sic transit gloria mundi...

 Finalement l'année 2024 pourrait être rigolote : qui aurait pu prévoir que, le 11 janvier de cet An de grâce, Rachida Dati allait se retrouver ministre de la Culture ? Mais voilà, Il a osé... On ne glosera pas ici sur les pataugeages politiques, l'absence de majorité ou un cynisme de plus en plus désagréables et dévastateurs. Mais quand même... On évoque ici ou là un coup de billard (hasardeux) pour récupérer la mairie de Paris : ce monde est-il sérieux ? Car il fallait quand même oser.

Nous voilà donc ramenés au tout début de ce blog, près de quinze ans en arrière, en plein sarkosysme triomphant. Son égérie de l'époque (en dépit d'une réussite des plus relatives et d'une réputation de plus en plus sulfureuse) arrive aujourd'hui rue de Valois, avec une batterie de casseroles qui ne devraient pas lui faciliter la vie. Alors ministre, pourquoi pas au point où nous en sommes parvenus, mais à la Culture ? Certes il y eut Bachelot, mais celle-ci savait au moins parler opéra. Qu'est-ce qui rapproche Rachida Dati de la Culture ? Et où son style martial est-il à même de provoquer le plus de dégâts ?

Alors bien sûr elle voit dans toutes les objections qui lui tombent déjà dessus "un mépris de classe", forcément, qui l'incite à oeuvrer pour "l'accession à la culture des plus défavorisés", cette éternelle et facile tarte à la crème faisandée. Dès le départ on vole haut.

Quoi qu'il en soit, horresco referens, voilà Rachida Dati ministre de la Culture. Sic transit etc...

mercredi 3 janvier 2024

Bonne Année 2024 !

  Qu'est-il possible de se souhaiter, qui soit sincère, original et sensé, en ce nouvel an ?...

Certes, bien sûr, des voeux de santé, de sérénité, voire de prospérité si l'on est optimiste, et tout cela, convenons-en, n'est pas rien.

Alors modestement, je souhaiterai en plus qu'un peu de culture revienne habiller les sommets de l'Etat et avec elle le sens de l'Histoire et de l'humanité souffrante...

En attendant, bonne Année à tous !

vendredi 29 décembre 2023

2023 : business littéraire, bilan et balbutiements...

Pendant que la planète et la Sainte Inquisition Féministe clouent Depardieu au pilori en attendant le procès, les résultats des ventes de livres pour l'année 2023 viennent de tomber, et avec eux la liste des dix titres les plus vendus. Et on a beau connaitre les lois du commerce et du marketing, c'est toujours avec une pointe de tristesse qu'on constate que, année après année, l'histoire balbutie.
Qui trouve-t-on dans cette liste de dix livres? Sur le podium, deux BD (Astérix et Lagaffe) produits d'une machinerie lourde, et l'inévitable Goncourt. Un autre produit jugé médiocre, de F. Vargas ; et trois titres pour ménagères de plus de cinquante ans, signés Grimaldi, da Costa et Ventura. Et en fin de tableau -ce ne sont pas les pires- l'original Son odeur après la pluie (Sapin-Dufour) et deux titres de Lemaitre dans sa série Les années glorieuses (format livre de poche). Voilà.
Même des titres très formatés dans l'air de temps (Triste tigre ou Humus, par exemple) n'ont pu malgré le zèle médiatique troubler la dictature des caddies. Alors ne rêvons pas de livres de qualité. Mais ça ira sans doute mieux en 2024, non ?

vendredi 15 décembre 2023

Ligues de vertu : sus à Gainsbourg !

 La future station de métro des Lilas devrait s'appeler Serge-Gainsbourg, en hommage bien sûr à son célèbre poinçonneur : cela coulait de source. Sauf qu'à notre époque de cancel culture pavlovienne, il se trouve des ligues de vertu, néoféministes en l'occurrence qui entendent bien imposer ce qui leur sert de morale, et elles ont lancé une pétition (terme qui, rappelons-le, n'a rien à voir avec pétasse) pour interdire que soit donné le nom d'un "mysogyne notoire", qui "a chanté des féminicides sadiques" et des "viols incestueux", sans doute dans leur esprit en référence avec "Marilou sous la neige" et "Lemon incest".

Que répondre à ces bécasses puritaines, face à tant de stupidité, d'ignorance et d'inculture ? Peut-être de lire Freud pour les nuls, d'essayer de comprendre ce que sont l'Art, la création, la représentation ou la provocation ? Pas sûr qu'elles saisissent seulement l'objection... Ne rien comprendre n'empêche plus de tout savoir, mais il aurait été utile de connaitre un peu l'oeuvre de Gainsbourg -qu'on l'apprécie ou non- avant de claironner des slogans à la mode.

Ce qui me semble consternant pour des personnes militantes, qui à ce titre ont des idées  qu'elles entendent bien défendre et imposer, c'est de voir des certitudes définitives reposer sur l'ignorance et l'inculture les plus crasses, en plus de la névrose. Et quelque chose me dit que cette tendance n'est pas prête de s'inverser.

Les observateurs désolés se consolent en constatant que la pétition n'a parait-il recueilli que 3000 signatures. Certes, mais il s'en est quand même trouvé 3000...

mardi 12 décembre 2023

O'Neil est mort, vive Barry Lindon !...

 Ryan O'Neil avait 82 ans quand il nous a quitté voilà quelques jours. Son nom ne disait plus grand chose, même aux amateurs de ciné, et pourtant après avoir été la star de Love story (1970) il avait incarné à l'écran le héros du chef-d'oeuvre de Kubrick Barry Lindon, qui garde, cinquante ans après, tout son exceptionnel souffle.

Barry Lindon , ça se passe au XVIIIème siècle. Le film est tiré du roman picaresque de William Tackeray. Un jeune aventurier irlandais, Redmond Barry, prend d'assaut la noble société anglaise et conquiert, par mariage interposé (Marisa Berenson) le titre de Lindon. Cette ascension se fait sur fond d'intrigue, de cynisme, de violence, de trahison, de désertion, où la société anglaise ne vaut pas mieux que le jeune ambitieux irlandais. Puis viendra le temps du malheur, la dégringolade, l'échec, et l'ordre ancien qui reprend ses droits.

Le film sera nommé 7 fois aux Oscars en 1976, où il obtiendra quatre récompenses : direction artistique, photo, adaptation musicale et costumes. Ce qui ne l'empêchera pas -exception faite de quelques pays, dont la France- de connaitre uin bide commercial : peut-être est-ce une condition nécessaire pour devenir un chef-d'oeuvre. Le temps passant, justice sera rendue à Kubrick, pour son art de traiter les excès, de saisir la lumière des chandelles et l'âme des terres d'Irlande. L'ambiance et l'esthétisme du film restent bluffants, même à notre époque des effets spéciaux. Et n'oublions pas la musique, de Bach à Mozart en passant par Vivaldi, Shubert, Haendel et quelques autres...

Ryan O'Neil n'est plus là, et d'ailleurs il ne s'était guère remis du film, mais Barry Lindon restera dans l'histoire.

lundi 4 décembre 2023

Le Roy Ladurie, l'enraciné...

 C'est le mois dernier, à 94 ans, qu'Emmanuel Le Roy Ladurie a rejoint la terre des mémoires, après avoir longtemps travaillé celle de la "petite histoire", celle des sans-grade et de leur quotidien. Dans une oeuvre exigeante et humble, il avait retrouvé et analysé un matériau jusque là délaissé par les Historiens avec un grand H. Son intérêt pour le climat, avant que ce ne soit devenu la tarte à la crème que nous connaissons aujourd'hui, avait permis d'en saisir toutes les répercussions et d'annoncer bien des phénomènes contemporains, ces mauvaises récoltes ou ces migrations qui font l'Histoire, économique, sociale et politique.

On gardera surtout de lui -du moins en ce qui me concerne- son Histoire des paysans du Languedoc et bien sûr son Montaillou village occitan, qui l'a fait connaitre au plus grand nombre mais qui a surtout offert aux français (et à beaucoup d'étrangers) une partie de l'histoire qui était la leur, à travers la chronique des archives d'un petit village ariégeois de 1294 à 1324 : une vie quotidienne bien éloignée de celle qu'ils pouvaient vivre au début des années 70 mais qui expliquait comment la vie vernaculaire témoigne pour le futur. Et puis le titre du livre eut l'immense mérite d'attester d'une réalité "occitane" et de la répression du catharisme dans les terres d'oc annexées, à une époque où elles étaient encore largement contestées par la droite jacobine.

Il y eut aussi son intéressant parcours politique, compagnon de route du PC, puis du PSU, avant de glisser peu à peu vers des positions plus conservatrices qui le firent critiquer par certains qui avaient porté son oeuvre aux nues. Ce paysan normand, et languedocien, et français, célèbrera ses racines jusqu'au bout de sa vie.

Et il laissera un grand vide que la nostalgie ne comblera pas.