lundi 24 avril 2017

2017 : Culture hors sol

De l'avis général, la "culture" fait partie des thèmes oubliés de la campagne pour les Présidentielles. Cela ne m'attriste qu'à moitié, sachant que l'on assimile souvent la culture avec le ministère du même nom, qui a ses intérêts propres. J'ai pourtant cherché à savoir ce que les différents candidats, fût-ce de façon anecdotique, pouvaient avoir à dire sur le sujet. Je suis revenu perplexe de cette expédition.
Il y a ceux qui parlent de "rationalisation" et de "compétitivité culturelle" (Macron), en un discours décapant mais un peu inquiétant aussi ; ceux pour qui la sacro-sainte démocratisation de la culture passe par des chèques (Hamon, Macron) dont on ne sait trop où ils seraient dépensés ; ceux, quelque peu effrayants, qui veulent "faire entrer le peuple dans les organismes de contrôle" (Le Pen) ; ceux qui alignent les traditionnels sophismes d'extrême-gauche dans des programmes élaborés par (et pour) les profs et les intermittents (Mélenchon, Hamon) ; ceux qui récitent un discours plutôt classique et assez creux (Fillon) ; ceux qui évacuent la question en deux ou trois slogans pourris (Arthaud, Poutou)...
Parmi les propos intéressants, et indépendamment du reste de leurs programmes (?), on notera une approche intéressante, celle de J. Cheminade, aussi ambitieuse qu'infinançable mais  perspicace. Et celle de J. Lassalle, seul candidat à vouloir la ratification de la Charte européenne des langues régionales, qui se fait poète : "Pour que la sève retrouve le soleil, je rechercherai avec vous l'organisation qui permette à la diversité de nos territoires, de nos provinces, d'exprimer leur identité, leur savoir-faire, leur langue".
La campagne électorale est désormais celle du second tour ; même si on sait qu'E. Macron nous rassure parfois sur sa dimension culturelle personnelle (voir Billet du 23 février), je doute qu'elle nous éclaire beaucoup à ce sujet...

samedi 22 avril 2017

Attentes républicaines

Une campagne électorale s'achève, dont on a tout dit sur la médiocrité, l'inefficacité et parfois la tartufferie. Mais la raison de cette vacuité n'incombe-t-elle qu'aux politiques qui courent derrière l'électeur ?
Au cours de mes pérégrinations médiatiques (voir billet ci-dessous), un journaliste a profité de ma présence en studio pour poser, comme il l'avait fait pour d'autres, la question "Qu'est-ce que le citoyen écrivain que vous êtes peut attendre de ces élections ?"...
J'avoue avoir été un peu pris de court, mais a postériori je ne suis pas mécontent de ma réponse, qui disait en gros : "D'abord je n'ai guère d'illusion sur le peu de pouvoir qu'il reste aux politiques ; pour le reste, j'attends que ceux-ci sortent du court terme et de la com permanente, et que les électeurs s'écartent des attitudes consuméristes, sources de clientélisme, pour revenir vers plus d'intelligence critique".
Certes, c'est court, c'est lapidaire, et la définition de l'intelligence n'a jamais été aussi complexe. Mais en effet je me contenterais de cela. Inutile de dire que je suis au moins aussi frustré que le reste des Français.

jeudi 20 avril 2017

"Le Répountchou qu'es aquo ?" et les media

Peut-être vous en doutiez-vous, mais la promotion du livre "Le Répountchou qu'es aquo ?" accapare ce que la vie et le travail me laissent de disponibilité. Presse quotidienne régionale, radios, télé sont particulièrement demandeurs : les auteurs aussi !
Pour ceux qui auraient échappé aux articles, interviewes et autres émissions, qu'ils se rassurent : sur le site de La Dépêche du midi, tapez repountchou et lancez la recherche : la suite est édifiante... N'oubliez pas non plus Le Villefranchois, Le Tarn libre, le Quotidien du Pharmacien, et les autres.
Pour ce qui est des radios, plongez dans les podcasts ; et merci à Nostalgie, Totem, Chérie, 100pour100, RCF, Albigès etc...
Vous pouvez aussi retrouver les émissions de France 3 Occitanie sur le site, en bas de page : le Jornal occitan du 08/04, Viure al Païs du 09/04, l'édition Quercy-Rouergue du 10/04, 9h50 le matin du 20/04...
Si nous ne nous croisons au hasard d'une dédicace ou d'un salon, vous aurez ainsi un aperçu du livre et de son succès.

vendredi 7 avril 2017

"Le repountchou qu'es aquo" en tête du box office régional !

Oui, vous avez bien lu ! Nous ne connaissons évidemment pas les chiffres précis, mais La Dépêche (et l'ami JP Couffin en particulier) est généralement bien informée !
Plus sérieusement, nous ne boudons pas notre plaisir : notre ouvrage, "Le Répountchou qu'es aquo ?" (Editions Vent Terral) s'arrache comme des petits pains, selon la formule consacrée. J'ai pris l'habitude de déclarer que l'humanité se divise en deux groupes : ceux qui ne connaissent pas le répountchou,  auxquels il n'est pas toujours simple d'expliquer la magie du mythe, et ceux qui le connaissent : ceux-là sautent sur le livre (fort bien fait, merci à Joan Blanc), et en achètent d'autres pour offrir !..
La réceptivité et la mobilisation des media ne sont sûrement pas pour rien dans cet engouement : nous vous en dirons bientôt davantage. Sachez que mon assiduité sur ce blog souffre de la mobilisation promotionnelle !
Pour patienter, regardez le journal occitan de France 3 Occitanie (samedi 8 avril vers 19h15). Et si vous ne pouvez pas le voir en direct, pensez à Internet... ou bien attendez les prochaines émissions qui vous parleront du livre !

vendredi 24 mars 2017

Le voilà !

En attendant que la presse vous en dise davantage...,
la couverture et la quatrième de couverture :


lundi 13 mars 2017

Le Répountchou : il est sorti !

C'est la saison, me direz-vous si vous connaissez le répountchou !
"Le Répountchou qu'es aquo ?" est le titre du livre qui parait ces jours-ci aux Editions Vent Terral, signé Michel Poux et Anne-Marie Rantet-Poux.
Le répountchou c'est cette plante qui pousse chaque printemps le long des haies (pas toutes), suscitant un engouement qui n'a d'égal, et encore, que celui pour les cèpes... Rien n'avait jamais été écrit sur le répountchou (reponchon en occitan) ; peut-être est-ce pour cela que sont commises de nombreuses confusions : il ne s'agit pas d'asperge sauvage, ni de raiponse, ni de houblon, ni de... mais bien du Tamier commun (Tamus communis), seule dioscoréacée européenne et cousine de l'igname africaine.
Plante au coeur des cultures des pays d'oc, l'histoire du répontchou culinaire est très liée à celle des bassins miniers, où il fit gagner des grèves... 
Le livre s'attache à le chanter, dans une dimension littéraire, en en faisant un personnage central de la ruralité, traditionnelle et contemporaine. Il dépeint aussi, par la grâce d'AM Rantet-Poux, pharmacienne et photographe, la plante de façon exhaustive, avec son cycle végétal, ses vertus médicinales résolutives (c'est l'herbe à la femme battue) ou dépuratives, ses risques, ses dangers, sa cuisine... Bref c'est le petit livre du répountchou, que chaque famille se devra d'avoir chez elle !
Plus de 50 photos illustrent le propos.
Pour vous faire une idée : https://issuu.com/vent-terral/docs/repountchou

"Le Répountchou qu'es aquo ?", M. Poux et AM Rantet-Poux, 
Editions Vent-Terral
84 pages 21x21, 12,00 euros

mercredi 8 mars 2017

Céline, arbitraire à rebours

Est-ce le propre des auteurs d'exception ? Toujours est-il que Céline excelle encore aujourd'hui à nourrir la chronique... et certains chroniqueurs. Ainsi P.A. Taguieff, philosophe en baisse de notoriété, et A. Duraffour, normalienne en mal de reconnaissance, viennent-ils de publier "Céline, le juif, la race" (Fayard), ouvrage de 1285 pages entièrement à charge, visant à tordre définitivement le cou à la "légende littéraire" et accessoirement aux "admirateurs idolâtres".
On connait depuis longtemps les turpitudes et la plume de Bardamu, écrits géniaux et/ou horribles. Mais qu'apportent donc Taguieff et Duraffour, comme révélations établissant que Céline était, en vrac, un sale type, un délateur cupide, informé du sort des juifs, payé par les nazis, agent d'influence hitlérien, etc..? Absolument rien. Ils énumèrent des citations et des propos connus depuis 80 ans ou plus, en les décontextualisant ; ils torturent et manipulent, pour ne pas dire falsifient, des textes déjà connus, et élaborés, souvent avec courage par des céliniens !
Au bout de 1300 pages, on a donc toujours le même Louis-Ferdinand ; par contre, les spécialistes de l'oeuvre de Céline, généralement admirateurs, sont ramenés à un quasi-statut de négationnistes, méritant l’opprobre et les sanctions que le politiquement correct contemporain (ou comptant pour rien) prévoit en ces cas-là.
Est-il seulement possible d'évoquer le médecin des pauvres, qui soigna des résistants et aida des amis juifs ?
Propos collaborationnistes, hors sujet dans ce livre dont on ne sait trop s'il se veut pamphlet commercial ou oeuvre d'historien. Par contre on se demandera s'il serait possible aujourd'hui, juridiquement parlant, de publier 1300 pages à la gloire de Céline, surtout en oubliant la face cachée du personnage ? On en doutera.
A t-on encore le droit de considérer la création littéraire ou artistique comme une fin en soi ?
Peut-on encore tabler sur l'intelligence du lecteur et sur sa capacité critique ?
A t-on encore le droit d'aimer Céline l'écrivain, tout en désapprouvant l'homme, sans être soupçonné de négationnisme ?

mercredi 1 mars 2017

Depardon, profil paysan

J'ai revu, ces deux derniers soirs sur la chaine Histoire, deux volets de la trilogie de Raymond Depardon "Profils paysans". Mon histoire n'est pas celle d'un citadin, et si le coeur me saigne, presque joyeux, c'est d'y avoir retrouvé les émotions du monde qui m'a vu naitre.
Que dire de "Profils paysans", si ce n'est que c'est un chef d'oeuvre ? Mais comment argumenter d'un chef d'oeuvre, lorsque celui-ci est bâti à l'inverse de ces produits contemporains qu'on nous inflige, et qu'hélas on s'arrache ?
Depardon filme, sur une période de 10 ans, quelques familles paysannes de Lozère, d'Ardèche ou de Haute-Loire, petits paysans en train de mourir. De cet univers taiseux et introverti, où l'affectif ne circule guère, le citadin retiendra la rudesse, la dureté, l'entêtement, sans en voir la tendresse étouffée. Mais ces hommes et ces femmes peinent à exprimer ce que la société moderne ne peut comprendre, voire entendre. On entend la détresse sourdre à chaque image, à chaque propos ; il n'y a pas qu'en banlieue que le no futur hante les hommes : ici, c'est la mort qui rôde, autour des vieux qui trimeront jusqu'à leur dernier souffle, autour des bêtes qui se raréfient, autour des fermes sans succession, autour des villages déserts, autour de leur monde qui est définitivement d'un autre temps. Ces paysans agonisent en hiver, et le printemps ne viendra plus.
Ce vieux monde triste et quasi muet, Depardon l'écoute, l'observe et en grave les émotions avec empathie et discrétion, avec pudeur mais sans misérabilisme aucun. Les images sont magnifiques, les plans sont fixes et longs. Le film est construit de silences, entrecoupés de rares phrases, le rythme est lent, la musique (l'Elégie de G. Fauré) est lancinante : le contraire de n'importe quel film ou documentaire contemporain. Sans folklore ni cliché néo-rural, l'auteur témoigne (même si l'on est aux antipodes d'un docu sociologique) sans pathos et crée une oeuvre tout en nuances de détresse et de racines, magnifiant l'épure avec le souvenir de ses propres origines.
C'est un chef d'oeuvre, voilà tout.

jeudi 23 février 2017

Janus Macron

Peut-être est-ce parce qu'il est En Marche qu'il est difficile à suivre... Chacun pensera ce qu'il voudra du postulat d'Emmanuel Macron, de sa revendication d'une parole supposée libre, individuelle et au-dessus des partis, de son rejet des sectarismes fossiles, de ses liens avec la finance, de son expérience du travail, de son obsession de dérèglementer, etc...
Mais qui est Emmanuel Macron ? Est-ce ce télévangéliste de meeting, lisant sur son prompteur avec des accents christiques d'ardentes vacuités ? Est-il le porte-parole d'une mondialisation heureuse, consumériste, individualiste et entrepreneuriale ? Est-ce cet ancien collaborateur de Paul Ricoeur ? Est-il le bras armé de ces élites incapables de comprendre que la vie des sociétés ne se résume pas à l'ubérisation de l'économie ? Est-il ce passionné de littérature qui "ne met rien au-dessus de l'écriture ?", affirmant qu'"il est impossible d'établir un lien entre le réel et la transcendance sans passer par l'écriture"? Est-il un esthète cultivé, ou bien le chantre post-historique de la grande déculturation ?
Durant ces derniers jours, il est celui qui a évoqué un crime contre l'humanité à propos de la colonisation : propos recevables mais calamiteusement exprimés. Il avait auparavant nié la notion de "culture française", lui préférant "des cultures en France" : même ses soutiens évoquent une stupidité liée à la fatigue. A l'inverse, interviewé dans l'Obs de la semaine dernière, il livre un témoignage et une réflexion de haute volée, attestant qu'on peut être Président et cultivé, ce dont le dernier quart de siècle nous avait fait douter.
Alors, Macron est-il le dernier avatar d'un progressisme devenu fou, ou le brillant premier génie d'un univers politique nouveau ? Une chose est sûre : il est capable de penser. Une autre ne l'est pas moins : le monde actuel ne s'y prête guère.

jeudi 9 février 2017

Canteloup, matraque et démocratie

La mode est à présent à ce que l'on croyait révolu depuis les heures des grands procès des dictatures communistes : avouer ses fautes en se couvrant de cendres publiquement. Ce matin jeudi, sur Europe 1, c'est Nicolas Canteloup qui se flagelle : "C'est moi qui mérite un coup de matraque sur les doigts ". Son sketch était "très très très très nul" (sic). Son voisin de studio, le Monsieur Loyal de l'émission, Thomas Sotto, le réconforte : "Je voulais t'embrasser plus fort que d'habitude !". Il parle de "belle chronique" et celui qui la veille trouvait le sketch "consternant"conclut : "Tu es un mec bien ! Bravo à tes auteurs !"...
Mais de quelle sordide vilénie l'imitateur s'était-il donc rendu coupable ? Un jour plus tôt, en relation avec un fait divers à Aulnay (ou un jeune a été violé par la matraque d'un policier) et imitant la voix de François Hollande, il avait osé, entre autres fredaines du même tonneau, "Pour Théo, j'ai rendu possible le mariage gay. Après l'épisode de la matraque, si Théo se découvre des sentiments sur le policier qui lui a introduit la matraque, ils pourront grâce à moi s'épouser". La polémique avait démarré sur le champ.
Alors oui, la vanne est nulle, facile, grasse et vulgaire. Même si faire rire tous les matins demande trop d'inspiration pour être toujours désopilant, il est des commodités à éviter. Cela étant, que lui reproche-t-on ? Si c'est le mauvais goût du propos, fort bien, mais on ne sache point hélas que cela soit interdit, sans quoi des centaines d'animateurs (?) de télé-réalité dormiraient depuis longtemps en prison, Cyril Hanouna en tête.
Sachant que la victime du fait divers d'Aulnay n'était pas offensée, se pourrait-il que ce soit une communauté qui se soit sentie "blessée" ? C'est probable, mais au fond peu importe. On constatera une fois encore que dès lors que quelqu'un n'aime pas l'expression d'un autre, il se déclare volontiers victime et entend faire taire cet autre. S'instille peu à peu ce poison moraliste qui, par la censure ou l'auto-censure, entend définir l'espace de l'expression. Même le bouffon que toléraient les monarques les plus autocrates n'a plus sa place dans la société, pavée de bonnes intentions, dont rêvent certains. Comme je l'ai souvent écrit ici, les formes nouvelles du fascisme seront plus insidieuses que celles du XXème siècle...