samedi 28 octobre 2017

De l'impuissance du ridicule contemporain

Jadis, le ridicule tuait à coup sûr. Aujourd'hui, il ne tue plus du tout ; voire il encense, pour peu qu'un buzz lucratif puisse se greffer dessus. Mais ce constat n'a rien d'un scoop, j'en conviens.
Pourtant, même blasé, il arrive qu'on s'amuse, au détour d'un articulet de presse. Ainsi cette semaine dans TéléObs on nous brosse le portrait d'une chroniqueuse de France Info. Portrait flatteur, comme il se doit entre confrères du même bord. Le pitch des chroniques a pourtant tout du poncif : "Ce que j'aime, c'est raconter la grande histoire à travers la petite, dérouler des anecdotes qui montrent la vie politique, la vie dans une fac, la vie chez une mère de famille...". Les portes ouvertes sont enfoncées avec générosité : "Si je me mets parfois en avant, ce n'est pas par vanité mais pour servir mon propos".
Mais là où on sursaute et où on prend la mesure de l'instant, c'est en découvrant que la chroniqueuse est une courageuse révolutionnaire, à la pensée profonde et au couteau entre les dents : "Depuis l'enfance je suis quelqu'un d'indigné. C'est même dans mon ADN. Si je devais définir ma chronique en un seul mot, ce serait l'insolence". Bigre. Mais le plus fort vient lorsque le portraitiste enchaine : "Et elle le prouve. Allez, je vais m'en griller une, lance-t-elle par exemple à la fin de son émission sur les buralistes au sujet de l'augmentation du prix des cigarettes." 
On se demande, abasourdi d'un tel engagement, ce que fait la police face à ce type de comportement prompt à vous détruire une civilisation.

lundi 23 octobre 2017

Orwell, souvenir d'un futur qui s'annonce...

La modernité s'avance, furieuse et ne doutant pas.
Un jour, peut-être prochain, un nouvel Orwell rendra-t-il un nouvel Hommage à la Catalogne ? Alors que cette dernière, grâce à son statut particulier, était l'une des pierres angulaires de la remarquable mutation démocratique espagnole, voilà que l'Etat central revient, et de quelle manière, en arrière. Quarante ans ne sont pas grand chose au regard de l'Histoire, et des remugles franquistes flottent dans un vent mauvais. A l'heure où le concept d'état-nation atteint ses limites un peu partout en Europe, il y a sans mieux à penser que ne le font nos élites (voir mon billet précédent)...
Dans le même temps, l'affaire Weinstein a ouvert les bondes de multiples égouts. Celui du harcèlement sexuel par les gens de pouvoir en est un, mais il n'est hélas pas spécifique des rapports homme-femme. Celui qui institutionnalise la délation via Twitter en est un autre : cri de douleur justifié parfois, mais aussi souvent mélange de haine, d'opportunisme ou de tartufferies diverses...Même si souvent on s'accordera sur le fond du problème, la façon de le dénoncer est juste fascisante. Mais comme c'est pour le plus grand profit du Bien...
Après son Hommage à la Catalogne, Orwell écrivit 1984.

mercredi 11 octobre 2017

Catalogne : culture ou dépendance

Je ne traiterai pas de l'affaire de Catalogne en elle-même, ni des mérites comparés du statu-quo, de l'autonomie ou de l'indépendance. Mais force est de constater que face à cette "crise" la presse française, à quelques exceptions près, est égale à elle-même : jacobine, inculte et bête.
L'aspiration d'une majorité, à en croire les sondages, des catalans à devenir "indépendants" est aux yeux de nos élites proprement stupide et incompréhensible, en ces temps de mondialisation. Au mieux animé de motivations égoïstes, régressives, populistes, etc... L'idée qu'un groupe sur un territoire nanti d'une identité, d'une langue et d'une culture originales et affirmées puisse se revendiquer peuple est quelque chose qui leur échappe.
Madrid traite de farce un referendum qu'il a lui-même saccagé, et de quelle manière. Des gens intelligents, et il y en a dans tous les camps, pourraient imaginer que la meilleure façon de mesurer cette volonté d'indépendance serait de voter ; mais non, le pouvoir central qui conteste que l'idée soit majoritaire s'oppose à toute consultation, jugée illégale. La loi est la Loi, la démocratie n'a rien à voir la-dedans... Circulez, y a rien à voir.
L'Histoire bégaie toujours : les pouvoirs qui jugent sans fondement toute velléité d'autonomie finissent par s'y résoudre quelques années ou décennies plus tard. Et quelques charniers. Les peuples qui veulent s'émanciper seraient-ils condamnés à prendre les armes ?
En France, on pourrait se dire que la guerre d'Algérie n'est pas si loin. Oui, mais elle était politique nous dit-on. Rien de tel en Catalogne. Outre que cela révèle une connaissance sommaire de l'Histoire de l'Espagne moderne, et une connaissance sommaire de la Catalogne (quiconque l'a un peu pratiquée a vite saisi la catalanité) cela illustre une incurie contemporaine : la notion d'identité (la langue, la culture, les mœurs, et non le rejet des autres) est un concept qui échappe à nos élites. Jean Lassalle, pyrénéen ex-candidat à la présidentielle, a parfaitement exprimé ces jours derniers ce que le mépris des institutions pouvait occasionner de dégâts.
L'inculture sévit plus que jamais. Les réveils pourraient se révéler douloureux.

lundi 2 octobre 2017

Ouvrages déjà parus

En attendant 2018, un petit rappel de mes ouvrages déjà parus...

 

          . Le répountchou qu'es aquo - Vent Terral 2017 (avec AM Rantet Poux)
          .  Mona Lisa ou la clé des champs -L'Harmattan 2014
          .  Passeport pour le Pays de Cocagne - Elytis 2012
          .  Aveyron Croatie, la nuit - L'Harmattan 2011
          .  Histoires peu ordinaires à Toulouse - Elytis 2007
          .  Histoires peu ordinaires au Cap-Ferret - Elytis 2006 (avec Ch. Oyarbide)
          .  Week-end à Schizoland - Elytis 2005
          .  La branloire pérenne - Elytis 2002

En vente dans toutes les librairies, chez l'auteur (en rubrique Commentaires) ou l'éditeur.
Pour les ouvrages publiés chez l'Harmattan, disponible aussi en version numérique (www.harmattan.fr).

samedi 30 septembre 2017

Culture et budget 2018

Voilà donc pour 2018 le budget du ministère de la Culture (ou de l'administration de la culture) "conforté" dans ses ressources, quand d'autres ministères sont obligés de réduire la voilure. Ces ressources sont de 10 milliards d'euros, y compris les 1.6 milliards de dépenses fiscales, entendez les cadeaux et exonérations accordés à des investisseurs étrangers (ou pas) qui viennent réaliser des projets dans notre beau pays.
On notera la (légère) augmentation pour certains services, Patrimoine et création artistique notamment, Monuments historiques, etc... Réjouissons-nous donc.Tout cela est rendu possible par le prélèvement de 36 millions sur l'enveloppe allouée à l'audiovisuel public. Gageons donc, si on fouille de ce côté-là, qu'il reste encore de bonnes marges de manœuvre pour le futur.
Comme toujours dans ces budgets ministériels, il vaut mieux être du sérail pour comprendre la nature de ces services et l'impact financier concret des dotations nouvelles. Comme la présentation de ces budgets répond davantage à des impératifs de communication que de clarté pédagogique, il convient de rester prudent...
On notera aussi le coup de pouce au "Soutien aux artistes et aux modèles français de diversité culturelle", mais je ne sais trop quoi en penser. On remarquera aussi l'inévitable objectif de "l'accès pour tous à la culture", parfaitement démagogue mais sympathique pour peu que l'on y croit, dont on craindra juste qu'il ne bénéficie à ceux qui n'en ont pas (trop) besoin, ainsi qu'à quelques marchands de produits dont la nature culturelle risque d'être parfois difficile à cerner.
Quoiqu'il en soit, l'an prochain tout ira mieux. Puisqu'on nous le dit...

dimanche 17 septembre 2017

Joan Bodon, simplement.

Je m'en vais vous parler de Joan Bodon, Jean Boudou en français. Bodon, évidemment ! diront ceux qui le connaissent. Les autres, c'est-à-dire presque tout le monde, se gratteront le crâne, submergés de perplexité... Il faut dire que Joan Bodon est un écrivain de langue occitane, né en Rouergue en 1920 et mort en Algérie en 1975.
Romancier, conteur, poète, JB n'est pas qu'un monument de la littérature d'oc, il est un des plus grands écrivains français du XXème siècle. Lointain parent de Balzac par sa mère (elle-même conteuse), sans doute nanti de quelques chromosomes communs avec Honoré, il impose une plume d'exception, faite de terroir, d'histoire, d'humanité, d'imaginaire, de fantastique.
"Parle de ton village et tu seras universel", disait l'écrivain sarde Francesco Masala... La matière première de l’œuvre de Bodon (outre une langue qui, n'en déplaise à un certain jacobinisme, est exceptionnelle) est un matériau de petit rural de la rivière Viaur qui, déployé par le talent de l'auteur, touche à l'universel. Je parle de terroir, mais on est loin de l'école de Brive ; la trame du récit de JB est celle de tout un chacun, n'importe où sur la planète : son œuvre est unique mais universelle, modeste dans son essence mais riche et sublime dans sa transcendance. Le Rouergue a été pour Bodon ce que le sud américain a été à Faulkner.
J'ai relu récemment une correspondance entre Joan Bodon et Enric Molin (Henri Mouly), figure du félibrige "moderne" du XXème siècle, et rouergat lui aussi, correspondance qui s'étend sur près de trente-cinq ans. Bodon y illustre un éternel manque d'assurance, d'estime de soi, de verticalité dirait-on aujourd'hui. Ses tâtonnements sont ceux d'un jeune auteur, d'un jeune paysan (devenu instituteur), d'un jeune aveyronnais attaché à sa langue et déjà perdu dans un siècle qui fut difficile à bien des égards. Ses lettres, depuis la guerre jusqu'à sa mort, témoignent du combat pour la langue, pour la littérature, pour une Occitanie alors moribonde. On trouve dans ses propos d'inévitables contradictions et quelques scories de l'époque : attirance pour le communisme, mais pas forcément pour les communistes, palinodies des militants minoritaires, postulats anarchistes et intérêt pour les Chantiers de jeunesse, etc... Mais il y a quelque chose de touchant, pour ne pas dire dramatique, à suivre la souffrance d'un auteur qui ne peut encore savoir la dimension que l'histoire lui reconnaitra...
On a dit à son propos que c'était lui qui aurait mérité le Prix Nobel, plutôt que Mistral ; d'abord ils ne sont pas contemporains, et plutôt que d'opposer les deux génies de la langue d'oc, il est bon de noter la complémentarité, pour cette histoire, entre le chantre de la latinité provençale et le romancier-conteur du Ségala. Mais cela situe le niveau  de l’écriture du second, qui serait aujourd'hui une célébrité s'il n'avait été marginalisé, sinon ostracisé, par sa fidélité à la langue maternelle.
Alors découvrez Joan Bodon, si vous ne le connaissiez pas, ou relisez-le. Rien à voir avec la production germanopratine d'à présent. Je préviens que je ne l'ai lu qu'en version originale occitane, et ne peux donc garantir les versions françaises. Mais même si la richesse de la langue d'oc en était absente, l’œuvre n'en demeure pas moins celle d'un des plus grands écrivains français du XXème siècle...

mercredi 6 septembre 2017

Salon d'été...

Les salons du livre de l'été, surtout dans les univers ruraux, ont ceci de plaisant qu'ils sont toujours surprenants. On y fait les rencontres habituelles : authentiques amateurs de littérature, faux amateurs, discoureurs à l'inculture crasse, auteurs potentiels, velléitaires ou auto-proclamés, consommateurs branchés de médias, etc...
Ces salons sont souvent intégrés à des manifestations plus vastes, foires, expositions ou autres, ce qui élargit la palette sociologique des visiteurs. Ces salons sont aussi plus sincères ; on n'y trouve pas, à quelques exceptions près, de ces exaspérantes prétentions de (sous)-préfecture, qui seraient si amusantes si elles n'étaient si tragiques. Mais au contraire défile devant votre étal, au cœur du flux, une riche galerie de personnages plus ou moins attachants : paysans taciturnes, hurluberlus variés, ratés en mal d'écoute, farfelus borderlines, et j'en passe...
Les uns sont gentils, d'autres non ; certains sont instruits, d'autres pas. Venus en vadrouille, par désœuvrement, par curiosité ou par intérêt pour la grande manifestation locale, ils observent vos livres avec attention, ou perplexité, ou répulsion, ou envie. Parfois une conversation s'entame, qui vire court ; d'autres fois, l'individu à tête d'idiot de village se révèle bien plus cultivé qu'il ne paraissait, et il peut témoigner de certaines connaissances ou sensibilités qu'il n'a guère l'occasion de partager le reste du temps...
Qu'on ne s'y trompe pas : il y a aussi bien sûr des "gens comme tout le monde", ou plus exactement des gens qui ne répondent pas au profil habituel du lecteur qui court les salons, mais qui s'expriment, écoutent, échangent, et même qui achètent ! De ces gens qui vous font rentrer chez vous, le soir, un peu plus riche... d'humanité !

jeudi 31 août 2017

Le passé ne passera pas !

L'heure étant parait-il aux réformes, on nous rabâche l'urgence et la nécessité de sortir du "passé", synonyme d'échec et d'obscurantisme suranné. Que le monde change vite et que les outils deviennent rapidement obsolètes, c'est une évidence ; seulement, tant il est vrai que le progrès a du passer, de fait, par la nouveauté et la modernité on a fini par croire que modernité valait progrès, et que tout ce qui était nouveau était bien par nature : on voit où nous en sommes parvenus...
La notion même d'Histoire n'y résiste pas : aux États-Unis on déboulonne les statuts des chefs sudistes, forcément esclavagistes (comme si les guerres civiles n'étaient pas avant tout politiques), dans le plus pur déni de l'histoire des USA et sous couvert d'une morale contemporaine sans mémoire ni esprit critique. Chez nous autres français, il serait de bon ton, dans le même ordre d'idées, de bannir de notre récit national Voltaire ou Jules Ferry, qui ne crachèrent pas sur la traite, voire d'enquêter sur Louis IX (le saint) qui ne sortit pas blanc comme neige de la croisade contre les Albigeois (ni de ses relations avec les juifs). Quant à la Révolution française, à l'aune d'aujourd'hui...
Il ne s'agit évidemment pas d'idéaliser le passé, ni de le reprendre pour en faire je ne sais quel objectif pour demain. Gardons le simplement pour éclairer les chemins qu'il nous reste à parcourir. Mais on  aura compris que, tel le refoulé, ce passé refuse de partir ou revient au galop. Renier le passé en tant que passé est le propre des peuples sans avenir identifié. Premier symptôme de dépression, certes, mais surtout vacuité de la pensée...

mercredi 23 août 2017

Eté 17

La rentrée, nous dit-on dès que le 15 août est passé. Cette année encore, et malgré quelques velléités de canicule, la fin de mois offre quelques humeurs automnales. Que l'on considère cet été comme doux ou comme pourri, celui-ci est derrière nous...
Qu'en restera-t-il ? Pour ma part, il demeurera celui de la disparition de ma mère, ce qui est en soi amplement suffisant pour le garder en mémoire, mais cela relève de l'intime.
Pour le reste, je garderai le souvenir agréable de ces salons -Pampelonne, Monteils, La Fouillade, Parisot, Laramière- dont les affluences furent diverses mais où mes écrits ont toujours rencontré un vif intérêt... D'autres suivont, dont la Foire de Tanus le 03 septembre.
Un peu comme le début de l'an est synonyme de bonnes résolutions, la rentrée évoque son lot de réformes. Qu'en sera-t-il de celle de 2017 ? Ayant au cours de mon existence perdu nombre d'illusions, je serai prudent sur celle-ci. Mais c'est la vie qui va...

mercredi 2 août 2017

Après Monteils un autre Regard

Clap de fin ce lundi 31 pour la 6ème édition de Monteils un autre Regard, à Monteils (82), avec son lot habituel de visiteurs, nouveaux ou fidèles.
En attendant de définir la 7ème édition, on se félicitera de la pérennité de la manifestation.
Les invités d'honneur de cette édition remercient donc tous ceux qui nous témoigné de la curiosité et de la considération, ainsi que les autres exposants ; merci également à la mairie de Monteils, organisatrice, pour son soutien et pour l'intérêt accordé à mes œuvres.