jeudi 14 décembre 2017

Johnny Hugo et Victor Hallyday

Il est très possible que vous ne connaissiez pas Aurore Bergé. C'est dommage, mais rassurez-vous, vous vous en remettrez. Celle-ci est une obscure mais ambitieuse députée de 31 ans, qui depuis 2012 a successivement soutenu, dans l'ordre, Fillon, Sarkozy, Juppé, Fillon encore et puis Macron.C'est sans doute cette constance qui lui permet de se revendiquer aujourd'hui membre de la garde rapprochée du Président de la République (qui devrait se méfier...)..
On la savait engagée dans toutes les revendications à la mode, on lui connait désormais une perspicacité et une culture de la même engeance. Dans la série contemporaine "Tout se vaut", et à l'occasion de l'hommage rendu à Johnny Hallyday, la péronnelle a affirmé qu'il était "comparable à ce qu'on avait connu -enfin, ce que la France avait connu- pour Victor Hugo par exemple."
Il s'est trouvé, parait-il, quelques collègues députés pour la remettre à sa place et lui expliquer les différences entre l'auteur des "Misérables et l'interprète de "Ma gueule"... Espérons qu'elle a compris.
En lisant Wikipedia, on découvre que ses parents comédiens ont des références : Papa doublait Stallone, Maman doublait une actrice dans "Amour, gloire et beauté". Mais s'agit-il là de circonstances atténuantes ou aggravantes ?

mardi 12 décembre 2017

D'Ormesson, Modiano, notoriétés

Dans mon dernier billet, j'essayais de discerner ce qui avait permis à Jean d'Ormesson de finir sous les ors d'un hommage national, et la grandeur de l’œuvre n'y tenait pas, à mon sens, la place qu'on lui attribue si volontiers. On m'a objecté, argument imparable, la célébrité de l'homme si connu des français, ce qui coupe court à toute nuance.
Que répondre à cette objection, si ce n'est qu'elle nous renvoie à la case départ ? Jean d'O était-il célèbre auprès du grand public par son image télégénique et télévisuelle de grand-père espiègle, spirituel et bienveillant, ou par son œuvre littéraire ? De la même façon qu'il convient de distinguer l'homme et l’œuvre, il est utile, lorsqu'on se penche sur l'auteur, de faire la part entre l'écho du travail d'écriture et la résonance médiatique de l'auteur-produit.
Depuis pas mal d'années déjà, beaucoup d'éditeurs se montrent plus sensibles à la bio des auteurs qu'à leur production : les arguments pour le marketing prennent le pas sur ceux de la création. C'est ainsi que se bâtissent les notoriétés.
A partir de quel chiffre mesurable est-on objectivement célèbre ? Par ailleurs qui est le plus connu, de d'Ormesson ou de Modiano, par exemple ? Le premier, forcément. L'un s'exposait sur les écrans, jusqu'aux Grosses Têtes. L'autre, dont le talent est reconnu par tous, peinait face aux micros et aux caméras, et se contenta de devenir Prix Nobel de littérature...
Alors saluons la réussite sans barguigner, surtout lorsqu'elle ne s'appuie pas sur la vulgarité, mais sachons raison garder, en même temps que le sens du vrai et du beau.

samedi 9 décembre 2017

Jean d'O, une histoire...

L'hommage a été national, donc Jean d'Ormesson n'était pas n'importe qui. Mais m'est-il permis de dire qu'à sa disparition je ressens davantage de nostalgie que de réelle tristesse ? Il était de ces "marqueurs" qui rythmaient l'actualité depuis plus d'un demi-siècle. On oubliera vite, espérons-le, la patron du Figaro qui censura Ferrat, qui nettoya les syndicats du journal ou qui, envoyé très spécial en Afrique lors de la guerre entre Hutus et Tutsis, écrivit des choses dont on n'ose imaginer ce qu'elles déclencheraient aujourd'hui. Oublions aussi les vacheries, pas toujours très loyales, qui suintaient ça et là. Et reconnaissons à Jean d'O que ce n'était pas en service commandé qu'il donnait le meilleur de lui-même...
D'autre part, pour lui comme pour tant d'autres, séparons l’œuvre de l'homme. L’œuvre a été encensée, pour finir dans un consensus mou comme notre époque les aime. "Pour être académicien il faut être beau", assurait-il. Pour squatter les media aussi, pourrait-on ajouter, et il le faisait avec talent.
Mais venons-en à l’œuvre : je n'en parlerai qu'avec modestie, faute d'avoir jamais pu dépasser la trentaine de pages avant que le livre ne me tombe des mains. Cela ne situe rien de ladite œuvre, mais cela m'aide à comprendre bien des critiques à lui adressées ; les unes venaient de gauche, comme Bernard Franck évoquant un "Mauriac de poche" ou "un débit d'eau tiède". Ou un "Jean Poiret des belles lettres". Les autres venaient de droite, comme celles de Romaric Sangars, dans un pamphlet joliment intitulé "Suffirait-il d'aller gifler Jean d'Ormesson pour arranger un peu la gueule de la littérature française ?" (Editions Pierre-Guillaume de Roux) : "Car qu'incarne Jean d'Ormesson ? Tout compte fait presque rien. Ce qu'il a produit n'est qu'un incessant bavardage dénué du moindre style mais glaviotant avec gourmandise une érudition de surface n'ayant d'autre effet que de se donner un air philosophe et charmant à l'heure du thé, entouré de trois vieilles filles de centre-droit, sans s'apercevoir, ravi de gloussements divers, qu'à l'extérieur le monde s'écroule." Que rajouter ?
On pourra toujours dire que la réussite rend jaloux ; pourtant les thuriféraires du grand homme ont du mal à trouver des arguments forts pour saluer son écriture, autres que l'élégance, le brio, la pudeur, la drôlerie... Ferait-on de la bonne littérature avec de bons sentiments, fussent-ils d'Ancien régime ? Gide a déjà répondu.
Seulement voilà : notre époque étant ce qu'elle est, on ne peut qu'apprécier ce qu'il reste en ce monde d'élégance, de culture, d'humour et de conversation. Et d'Ormesson incarnait un reliquat de cette France du XVIIIème siècle dont chaque Français est peu ou prou orphelin... L'esprit français, en quelque sorte, clame-t-on un peu partout.
Même si la légèreté, la gaieté, l'autodérision ne lui vinrent que sur le tard, c'est ce personnage là qui sera regretté, davantage que l'auteur d'une œuvre dont on ne sait si elle lui survivra bien longtemps. Mais, rien que pour cela, il manquera.

jeudi 30 novembre 2017

Dédicace

J'aurai le plaisir de dédicacer quelques uns de mes ouvrages, dont Mona Lisa ou la clé des champs, Aveyron Croatie, la nuit et bien sûr Le Répountchou qu'es aquo ?

                           Samedi 02 Décembre
                               de 10 h à 18 h
                        CULTURA MONTAUBAN (82)

Peut-être l'occasion de nous y rencontrer ?...

mardi 28 novembre 2017

Nourritures terrestres

J'avais, dans un billet précédent, écrit ce que je pensais de L'ordre du jour d'Eric Vuillard (Actes-sud), prix Goncourt 2017. C'est, malgré quelques tics "contemporains" (à la mode, si vous préférez) un bon Goncourt.
Ma curiosité m'a poussé à essayer de savoir ce qu'en pensaient d'autres lecteurs : Internet est parfait pour cela, et le résultat est parlant. Il est certes difficile de définir ou d'exprimer l'émotion qui résulte d'une lecture, voire même de la capter, mais mes congénères-lecteurs semblent voler plus bas que cette complexité.
D'abord certains ont du mal à discerner l’œuvre et le produit : tel lecteur est content du Goncourt "parce que la livraison a été très rapide". Un autre a bien aimé le livre, mais il le juge "trop cher pour ce format". Certains sont des consommateurs bien formatés : "Un peu décevant pour un Goncourt" ; "Un Goncourt est un gage de qualité". Et sinon ?...
Il y a aussi ceux qui objectivent à leur échelle : "Bien écrit et qui raconte des faits peu connus" : c'est vrai que l'Anschluss et la seconde guerre mondiale sont des faits peu connus du grand public. "Livre très bien documenté et précis", dit un autre, qui pour le coup se contente de peu...
Heureusement, certains propos sont moins lourdingues, quand ils évoquent "Un ovni qui n'est ni écrit, ni  témoignage, ni roman...", une "histoire anecdotique", ou quand ils encensent les 25 premières pages (et en effet ce sont les meilleures)...
Il n'y a dans tout cela rien de bien nouveau. Simplement, là comme ailleurs, le consommateur prend peu à peu le pas sur le sujet critique... Mais sans doute sont-ce là des propos de vieux croûton nostalgique ?

mardi 21 novembre 2017

Goncourt 2017 : vive l'écriture !

J'évoquais récemment, ici même, le dernier Prix Goncourt, "L'ordre du jour", de Eric Vuillard, chez Actes-Sud. On aborde toujours ce genre d'ouvrage primé avec l'a-priori et la défiance vis-à-vis de ce que sont devenus les prix littéraires. Mais cette année, heureuse surprise : le Goncourt est un livre de qualité, qui renoue avec l'exigence de l'écriture et de la littérature.
Rappelons-en le thème : on y assiste à la collusion entre banquiers et industriels allemands des années 30, d'une part, et le nazisme conquérant d'autre part. Thème connu, donc, mais travail littéraire intéressant pour ce qui n'est ni un roman, ni un essai, ni vraiment un récit, ni...
L'auteur se livre à une lecture contemporaine de l'Histoire. D'un point de vue de la présentation historique, rien de particulier à en dire. Quant à la lecture ou l'analyse, forcément datées d'aujourd'hui, elles trouvent leurs limites dans le confort de l'a-postériori (que les choses sont faciles à comprendre et à prévoir après-coup !) et dans un politiquement correct dont on connait le pouvoir banalisant et convenu : tout cela a quelque chose de facile et de vain. Par contre, les deux niveaux -Histoire et commentaire- sont bien distincts, et évitent ainsi la perversité de la manipulation : le commentaire peut être parfois superficiel, il n'y a pas de réécriture de l'Histoire.
L'intérêt de ce livre tient à cette œuvre de réflexion et de commentaire, fût-elle contemporaine et décalée ; l'ouvrage n'a pas, évidemment, le souffle que peuvent avoir les grands romans, et il emprunte un peu aux techniques de cinéma (genre auquel Vuillard s'adonne parfois) mais l'approche est intéressante et le travail d'écriture est remarquable, et d'une qualité que l'on ne trouve plus que rarement chez les best-seller...
Donc on en saura gré, pour cette année, au Jury Goncourt !

lundi 13 novembre 2017

Le Goncourt, l'Histoire, le Marketing et moi

Récemment, un éditeur, au demeurant sympathique et très respectable, éconduisait un mien manuscrit en arguant que les ouvrages relatifs à la deuxième guerre mondiale ne suscitaient, depuis quelque temps, qu'un intérêt fléchissant dans les librairies. J'admettais volontiers l'argument, ne serait-ce que parce que le temps fait son œuvre chaque jour davantage, et que cette période appartiendra bientôt à un passé révolu ou jugé comme tel...
Jusqu'à ce jour du 6 novembre 2017 où les jurés Goncourt décidèrent soit de se tirer une balle dans le pied, soit de faire fi de ce constat de marketing. D'autant que le petit livre élu (à peu près 140 pages sur un demi-format, en gros caractères) ne vaut que 16.00 euros. C'est L'ordre du jour, d'Eric Vuillard (Actes-sud), qui relate la collusion entre industriels, banquiers et nazis au service de l'irrésistible ascension d'A. Hitler. Quant au prix Renaudot, décerné par la même institution, il va à Olivier Guez pour La disparition de Josef Mengele (Grasset)...
Même au bout de quinze années de publications diverses, et en dépit de ce que ma carrière professionnelle a pu m'apporter, j'avoue le plus platement du monde ne rien comprendre au marketing éditorial, ni à la rationalité que certains feignent d'y trouver.
Ce qui me console, c'est que je ne dois pas être le seul...

samedi 28 octobre 2017

De l'impuissance du ridicule contemporain

Jadis, le ridicule tuait à coup sûr. Aujourd'hui, il ne tue plus du tout ; voire il encense, pour peu qu'un buzz lucratif puisse se greffer dessus. Mais ce constat n'a rien d'un scoop, j'en conviens.
Pourtant, même blasé, il arrive qu'on s'amuse, au détour d'un articulet de presse. Ainsi cette semaine dans TéléObs on nous brosse le portrait d'une chroniqueuse de France Info. Portrait flatteur, comme il se doit entre confrères du même bord. Le pitch des chroniques a pourtant tout du poncif : "Ce que j'aime, c'est raconter la grande histoire à travers la petite, dérouler des anecdotes qui montrent la vie politique, la vie dans une fac, la vie chez une mère de famille...". Les portes ouvertes sont enfoncées avec générosité : "Si je me mets parfois en avant, ce n'est pas par vanité mais pour servir mon propos".
Mais là où on sursaute et où on prend la mesure de l'instant, c'est en découvrant que la chroniqueuse est une courageuse révolutionnaire, à la pensée profonde et au couteau entre les dents : "Depuis l'enfance je suis quelqu'un d'indigné. C'est même dans mon ADN. Si je devais définir ma chronique en un seul mot, ce serait l'insolence". Bigre. Mais le plus fort vient lorsque le portraitiste enchaine : "Et elle le prouve. Allez, je vais m'en griller une, lance-t-elle par exemple à la fin de son émission sur les buralistes au sujet de l'augmentation du prix des cigarettes." 
On se demande, abasourdi d'un tel engagement, ce que fait la police face à ce type de comportement prompt à vous détruire une civilisation.

lundi 23 octobre 2017

Orwell, souvenir d'un futur qui s'annonce...

La modernité s'avance, furieuse et ne doutant pas.
Un jour, peut-être prochain, un nouvel Orwell rendra-t-il un nouvel Hommage à la Catalogne ? Alors que cette dernière, grâce à son statut particulier, était l'une des pierres angulaires de la remarquable mutation démocratique espagnole, voilà que l'Etat central revient, et de quelle manière, en arrière. Quarante ans ne sont pas grand chose au regard de l'Histoire, et des remugles franquistes flottent dans un vent mauvais. A l'heure où le concept d'état-nation atteint ses limites un peu partout en Europe, il y a sans mieux à penser que ne le font nos élites (voir mon billet précédent)...
Dans le même temps, l'affaire Weinstein a ouvert les bondes de multiples égouts. Celui du harcèlement sexuel par les gens de pouvoir en est un, mais il n'est hélas pas spécifique des rapports homme-femme. Celui qui institutionnalise la délation via Twitter en est un autre : cri de douleur justifié parfois, mais aussi souvent mélange de haine, d'opportunisme ou de tartufferies diverses...Même si souvent on s'accordera sur le fond du problème, la façon de le dénoncer est juste fascisante. Mais comme c'est pour le plus grand profit du Bien...
Après son Hommage à la Catalogne, Orwell écrivit 1984.

mercredi 11 octobre 2017

Catalogne : culture ou dépendance

Je ne traiterai pas de l'affaire de Catalogne en elle-même, ni des mérites comparés du statu-quo, de l'autonomie ou de l'indépendance. Mais force est de constater que face à cette "crise" la presse française, à quelques exceptions près, est égale à elle-même : jacobine, inculte et bête.
L'aspiration d'une majorité, à en croire les sondages, des catalans à devenir "indépendants" est aux yeux de nos élites proprement stupide et incompréhensible, en ces temps de mondialisation. Au mieux animé de motivations égoïstes, régressives, populistes, etc... L'idée qu'un groupe sur un territoire nanti d'une identité, d'une langue et d'une culture originales et affirmées puisse se revendiquer peuple est quelque chose qui leur échappe.
Madrid traite de farce un referendum qu'il a lui-même saccagé, et de quelle manière. Des gens intelligents, et il y en a dans tous les camps, pourraient imaginer que la meilleure façon de mesurer cette volonté d'indépendance serait de voter ; mais non, le pouvoir central qui conteste que l'idée soit majoritaire s'oppose à toute consultation, jugée illégale. La loi est la Loi, la démocratie n'a rien à voir la-dedans... Circulez, y a rien à voir.
L'Histoire bégaie toujours : les pouvoirs qui jugent sans fondement toute velléité d'autonomie finissent par s'y résoudre quelques années ou décennies plus tard. Et quelques charniers. Les peuples qui veulent s'émanciper seraient-ils condamnés à prendre les armes ?
En France, on pourrait se dire que la guerre d'Algérie n'est pas si loin. Oui, mais elle était politique nous dit-on. Rien de tel en Catalogne. Outre que cela révèle une connaissance sommaire de l'Histoire de l'Espagne moderne, et une connaissance sommaire de la Catalogne (quiconque l'a un peu pratiquée a vite saisi la catalanité) cela illustre une incurie contemporaine : la notion d'identité (la langue, la culture, les mœurs, et non le rejet des autres) est un concept qui échappe à nos élites. Jean Lassalle, pyrénéen ex-candidat à la présidentielle, a parfaitement exprimé ces jours derniers ce que le mépris des institutions pouvait occasionner de dégâts.
L'inculture sévit plus que jamais. Les réveils pourraient se révéler douloureux.