vendredi 29 août 2025

Rentrée à mères

 L'été ayant fait son œuvre, c'est l'heure de la rentrée littéraire, avec son cortège de favoris, ses tendances, et son déchainement des attaché(e)s de presse. Ainsi trouve-t-on en première ligne l'inévitable Amélie Nothomb (avec cette année Tant mieux, un roman sur sa mère), Emmanuel Carrère (avec Kolkhoze, un récit autour de sa mère), mais aussi Raphaël Enthoven (avec un livre L'Albatros à propos de sa mère), Régis Jauffret (Maman, ça parle de sa mère) ou Justine Lévy, qui n'est pas qu'une fille à papa puisque elle évoque sa mère dans Au grand jamais... La liste n'est pas exhaustive. Quant au bilan, selon les critiques qui disent avoir lu ces titres, il va de touchant à pleurnichard.

J'en déduis que l'espionnage industriel fonctionne bien du côté de Saint-Germain des Près, ou que le marketing littéraire tourne à plein régime. Il y a quelques décennies, le personnage de la mère était la star des cabinets psy. Puis l'évolution de l'idée de maternité et le néo-féminisme ambiant ont contribué à détourner le regard et à  enfumer l'introspection, et l'expression contemporaine des névroses classiques a fait passer la mode. Mais la destruction d'un thermomètre n'ayant jamais fait baisser la moindre fièvre ou guéri la moindre maladie, le refoulé semble revenir aujourd'hui sous des formes plus hystérisées.

Alors certes, même littérairement le sujet est inépuisable et la veine pourrait durer, jusqu'à ce que notre marketing du livre capte un nouveau filon porteur. Mais d'ici là, néanmoins, n'est pas Romain Gary qui veut.

lundi 11 août 2025

Grande Sirène et petit pompier

 Le Danemark est la patrie des sirènes, on le sait depuis Amundsen. La petite Sirène de celui-ci est donc immortalisée par une statue dans le port de Copenhague : trop petite aux yeux des touristes. On en a donc érigé une autre plus grande dans le port de Dragor, voilà vingt ans. Et c'est celle-ci qui fait aujourd'hui polémique.

Car le sculpteur s'était fait plaisir à doter sa création d'une poitrine monumentale, opulente et généreuse, pleine et arrogante. Et c'est là que convergent les critiques névrotiques de notre époque si moderne et si sensible à l'exposition du corps féminin dans l'espace public, selon la formule consacrée. On aurait pu s'en tenir à une critique artistique de la chose, et constater que la petite sirène est plus belle que la grande. Mais non, l'Agence danoise de la Culture envisage de la faire disparaitre, sous une triple pression. Celle de droite, réac, qui dénonce une immoralité pornographique ; celle des religieux, qui y trouvent une atteinte vulgaire au puritanisme protestant ; celle de gauche, d'inspiration wokiste, qui y voit le symbole du désir masculin patriarcal. Où l'on voit que l'Art peut cristalliser bien des névroses, même aujourd'hui. Avec cet argument définitif : la poitrine de la Grande Sirène de Dragor serait discriminante pour toutes les femmes, et elles sont nombreuses, qui sont moins bien loties.

On ne peut que s'incliner, et il n'y a pas de raison que les hommes ne puissent prendre le même chemin. Je propose donc que désormais les rôles de James Bond soient réservés aux acteurs de type Bourvil ou de Funès, Jugnot à la rigueur. Et que les Bond girls se cantonnent à des profils Balasko ou Robin. Il devrait y avoir beaucoup moins de discriminés.

Et c'est ainsi qu'Allah est grand, aurait conclu Vialatte.

Pour terminer, un mot sur la France estivale : on s'y écharpe pour savoir si la fellation sur Patrick Sébastien pendant un concert (?) dans un camping du Cap d'Agde était simulée ou non. On s'en fout, me direz-vous non sans raison : ça n'a aucune importance et aucun rapport avec le sujet des sirènes. Mais c'était pour justifier le titre de ce billet.

mardi 5 août 2025

Déjà parus

 Au cœur de l'été un petit rappel de mes publications...


     . L'âme des chemins creux, mémoires d'un sud - Elytis 2021

     . Les saints des derniers jours - l'Harmattan 2018

     . Le répountchou qu'es aquò - Vent Terral 2017 (avec AM Rantet-Poux)

     . Mona Lisa ou la clé des champs - L'Harmattan 2014

     . Passeport pour le Pays de Cocagne - Elytis 2012 (avec AM Rantet-Poux)

     . Aveyron Croatie, la nuit - L'Harmattan 2011

     . Histoires peu ordinaires à Toulouse - Elytis 2007

     . Histoires peu ordinaires au Cap Ferret - Elytis 2006

     . Week-end à Schizoland - Elytis 2005

     . La Branloire pérenne - Elytis 2002

En vente dans toutes les librairies, chez l'éditeur ou chez l'auteur. Et en e-book pour les titres parus chez l'Harmattan.

mardi 29 juillet 2025

Bananes

 Ces derniers jours ont été prolixes en références bananières. Il y eut tout d'abord  celle de Maurizio Cattelan qui s'est faite bouffée une nouvelle fois, au Centre-Pompidou de Metz. Cette fameuse banane scotchée contre un mur vaut, rappelons le, plus de six millions de dollars à la bourse de l'art contemporain. Mais je m'arrête là, j'ai honte d'avoir parlé de ce machin.

Autre régime, celui qui ondulait autour des hanches de Joséphine Baker, disparue voilà cinquante ans. Sur l'œuvre et les bananes de JB, chacun peut avoir un avis ; sur JB elle-même, qui fut une vraie résistante, l'Histoire retiendra qu'elle valait mieux que sa carrière de vedette, aussi talentueuse soit-elle, ou du moins qu'un grand respect s'impose de par son engagement.

A propos d'engagement, il n'est pas de jour qu'une célébrité, ou semi-célébrité, ne twitte quelque chose en soutien à Gaza, et l'actualité déborde de drapeaux palestiniens, de déprogrammations, de slogans. Que ces artistes soient sincères, c'est possible ; que leur prise de position soit efficace et utile aux gazaouis, c'est plus douteux. Mais l'occasion apparait trop belle d'avancer des banalités qui, comme chantait Brassens, vous valent à coup sûr les honneurs des gazettes. Et le peuple palestinien, dont les malheurs n'ont pas commencé en octobre2023, mérite mieux que cette instrumentalisation.

Et on se dit que la banane de Cattelan aurait été plus utile à Gaza.

lundi 7 juillet 2025

Revues : Les Moments Littéraires

 A moins d'en être un spécialiste, il n'est pas toujours simple d'appréhender les revues littéraires. Il y en a beaucoup, on les connait mal, on les craint pédantes ou nombriliques, bref on en lit peu. Cela étant, diverses motivations ont mis dans mes mains le n° 54  des Moments littéraires, "la revue de l'écrit intime".

On y trouve, on l'aura compris, des textes -journal, aphorismes, vécus divers- touchant à l'intime chez l'écrivain ; textes signés Denis Grozdanovitch, Marcel Cohen, Christian Garcin, Daniel Arsand, Wenjue Zhang, Anne Coudreuse et Alphonse Daudet. C'est ce dernier auteur qui m'intéressait en premier lieu, pour son texte La Doulou (la douleur, en provençal) relatant le ressenti de sa souffrance liée à une maladie de la moelle épinière.

Ces textes, extraits, fragments, aphorismes sont faciles à lire ; ils sont très bien écrits et témoignent tous d'une belle subtilité dans l'auto-analyse, genre qui caractérise une partie importante de la littérature et de ses plus beaux fleurons. Chacun appréciera les différents écrits et les différentes plumes selon ses propres sources d'intérêt et sa propre sensibilité. Il n'en demeure pas moins que pour moi ce numéro des Moments littéraires a été une heureuse découverte.

www.les momentslittéraires.fr

jeudi 26 juin 2025

Lectures : L'armée des ombres, de J. Kessel, à l'épreuve du temps

 L'armée des ombres, pour beaucoup, c'est l'admirable film de Melville, ou la lancinante musique rythmant le générique des Dossiers de l'écran. Mais c'est aussi et avant tout le roman éponyme de Joseph Kessel paru en Afrique du nord en 1943. Cet hymne à la résistance allie la gravité de la période et le talent de Kessel, dans un récit fort et poignant. Mais qu'en est-il trois quart de siècle après sa parution ?

Le livre s'inscrit dans le récit national gaulliste, ou gaullo-communiste, véhiculant l'image d'une France unanimement résistante qui se serait libérée seule, à peu de choses près, du joug de la barbarie nazie. De ce point de vue, force est de constater que l'ouvrage, écrit en 43, prend de larges libertés avec la réalité historique : les français s'y pressent pour intégrer le maquis, les gendarmes sont bienveillants, le sacrifice habite les esprits... Si jusque dans les années 60 ce tableau relevait du discours officiel, le début des années 70 met à mal le cliché : Le chagrin et la pitié de Marcel Ophuls (récemment disparu) et surtout les travaux de l'historien Robert Paxton, qui établissent la réalité d'une France de moins en moins pétainiste au fil du temps mais longtemps attentiste. Pour critiquables qu'elles puissent être, ces œuvres ont contribué à faire émerger chez les historiens un consensus plus objectif.

Alors le livre de Kessel apparait aujourd'hui, nonobstant la beauté du récit et le talent de l'auteur, un peu comme une œuvre de propagande gaulliste. Faut-il pour autant s'en détourner ? Il y a en ces temps obscurs de beaux moments de bravoure, de courage, d'altruisme et de romantisme, comme seules les périodes de vérité en font éclore. Il n'est pas sûr que notre époque en secrèterait autant.

lundi 16 juin 2025

Littératures régionales : c'est Amin Maalouf qui le dit...

 Amin Maalouf est franco-libanais et surtout secrétaire perpétuel de l'Académie française. A ce titre il défend le rayonnement et l'intégrité de la langue française. Il est de bon ton de ricaner sur les académiciens, voire sur leur activité, mais reconnaissons que leur tâche est noble. C'est avec d'autant plus de plaisir qu'on appréciera le soutien de leur secrétaire perpétuel aux langues régionales.

Il vient d'écrire au Premier Ministre François Bayrou et à la Ministre de l'Education Elisabeth Borne pour leur proposer un corpus à destination des enseignants, afin de les sensibiliser à la "richesse de la production littéraire" d'autres langues que le français. Avec le Collectif pour la littérature en langues régionales, il s'appuie notamment sur un recueil de 32 textes d'auteurs, parmi lesquels Pierre Jakez-Helias (Bugale ar Republik) ou Frédéric Mistral (Mireio), le Prix Nobel de Littérature 1904.

S'il est permis de croire à un bon accueil de la part de François Bayrou, lui-même locuteur de langue d'òc et à l'origine jadis du seul texte de loi en faveur de l'enseignement de ces langues, j'ignore quel peut être celui d'Elisabeth Borne, autre destinataire, mais soyons optimistes. Reste cependant, et surtout, l'accueil réservé par les profs eux-mêmes. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai comme un gros doute. Il y a longtemps que le jacobinisme a envahi les têtes de nos institutions et des corporatismes...

jeudi 29 mai 2025

Bastien Vivès, un symptôme

 Un saint homme peut-être pas ; mais un symptôme assurément, celui de notre société malade. Voilà des années que Bastien Vivès, auteur de BD, fait face aux procédures que lui intentent des "associations de protection de l'enfance", pour "fixation et diffusion d'images à caractère pornographique" mettant en scène des mineurs, en clair pour avoir dessiné et vendu des BD sexuellement explicites. On dénonce aussi, sans trop d'argument, une incitation au viol et, tant qu'on y est, à l'inceste.

En 2018 puis en 2020, déjà, l'affaire était classée sans suite. C'était sans compter sur l'acharnement de quelques assos, jusqu'à la session du tribunal de Nanterre ces jours-ci. Je n'ai jamais lu Vivès, ni n'en ai jamais eu envie, mais ceux qui l'ont fait parlent d'une œuvre loufoque et déjantée, outrancière, en un mot caricaturale. On peut aimer ou ne pas aimer, être mal à l'aise (c'est le but du créateur) ; on peut s'interroger sur l'intérêt de la provocation, voire sur l'ambiguïté de certains propos polémiques, et trouver cette immaturité un peu trop commerciale. Bref, ce n'est pas l'œuvre de Vivès qui m'intéresse, pas plus que l'action de ces associations. 

Reste cependant qu'en l'occurrence BV est devant les tribunaux alors qu'il n'y a pas de victime : ces êtres d'encre et de papier ne sont pas de chair et de sang. L'auteur est donc jugé, purement et simplement, pour ses dessins immoraux. Et, comme le dit son avocat Richard Malka, "au nom de la vertu on transforme un malaise en délit". Et ce en France et en 2025. Voilà qui nous ramène quelques siècles en arrière. L'Inquisition se fait moderne.

Le tribunal de Nanterre a courageusement tapé en touche en se déclarant "territorialement incompétent".

dimanche 18 mai 2025

Télérama : citius, altius, fortius

 Peut-être avez-vous, comme moi, la nostalgie du Télérama d'il y a quarante ans, qui nous aidait à ne pas regarder idiot les écrans, qui à l'époque n'étaient que de télévision. Le temps a passé, Télérama a bien changé et est devenu très moderne. Mais, rendons-lui cette grâce, il assume sa caricature. Ainsi, voilà deux jours, il nous offrait un article en forme de scoop, sur les néo-libraires : "ce n'est pas la vie que j'avais imaginé", avoueraient ceux-ci. Waouh, quelle surprise. Et ce matin, sous la plume d'Emma Poesy (!), c'est un papier d'un tout autre relief, relatif à l'émission de France-Inter Admirations littéraires, où François Sureau (pas un mauvais écrivain) a succédé à Fabrice Lucchini. On se doutait bien que Télérama ne pourrait que flinguer Sureau, trop à droite pour lui. L'amusant c'est qu'on lui reproche de ne pas avoir la verve et l'ivresse des mots de Lucchini, toutes choses dont on fustigeait celui-ci en son temps, en plus de ne pas être de gauche. Certes. Mais on critique surtout, horresco referens, son "exercice austère" et trop ardu : austère, le mot qui tue est lâché. pensez, ses admirations vont à Yourcenar, Apollinaire ou Giono. Pas de quoi enflammer les banlieues, mais pas la plus mauvaise littérature non plus nous semble-t-il. Mais sans doute pas assez "inclusif "? Nous en sommes là.

Mais le plus inquiétant est dans la conclusion, comme le venin dans la queue : Miss Poesy ne doute pas que la successeure de Sureau sera moins austère et "plus convaincante". La successure c'est... Sophie Marceau.

Misère de misère.

jeudi 1 mai 2025

Lectures : Au rêve, rue Caulaincourt, de Jacques Lambert

 Un petit livre (118 pages, Editions de Paris-Max Chaleil) dans la veine de Jacques Lambert, historien de Montmartre et des artistes de la bohème de la grande époque, dont j'avais évoqué sur ce blog voilà un an La vraie vie de bohème. L'auteur prend cette fois un repère, le café Au rêve, situé en haut de la rue Caulaincourt dans le XVIIIème arrondissement, et déroule tous les souvenirs qui peuvent s'y rattacher. Artistes de toutes disciplines, débutants ou célébrités, fidèles ou de passage, ils ont laissé leur marque, dans une adresse, une anecdote ou un souvenir : Céline, Francis Carco, Marcel Aymé, Marcel Carné et bien d'autres, jusqu'à Brel, Mouloudji, Aznavour ou Claire Brétécher...

Certains détails ou souvenirs tiennent plus du collectionneur que de l'écrivain, mais le lecteur sensible à cet univers, à ces lieux ou à ces périodes se retrouvera dans son élément. Et au delà de la nostalgie, on ne pourra s'empêcher de comparer les époques, depuis le Montmartre du début du XXème jusqu'à celui du mitan du même siècle, et jusqu'à celui d'aujourd'hui qui déçoit chaque jour davantage.

Au rêve, rue Caulaincourt n'est pas un gros livre, ni même un grand livre, mais il fait plaisir.