mercredi 22 avril 2026

Grasset, Nora, la culture et le révolver

 Je m'étais promis de ne pas en parler, considérant cela comme un phénomène germanopratin un peu convenu, ou du moins annoncé. J'évoque bien sûr l'affaire Sansal, devenue affaire Grasset, devenue affaire Nora, devenue affaire Bolloré. J'avais déjà mentionné sur ce blog l'arrivée chez Grasset, depuis Gallimard, de Boualem Sansal. Survint ensuite, sur fond de désaccord quant à la date de sortie du prochain livre de l'auteur franco-algérien, le limogeage d'Olivier Nora, le PDG emblématique et éditeur pluraliste unanimement reconnu et respecté, qui eut pour effet de pousser 170 auteurs de la maison (et non des moindres) à claquer la porte et à déclencher une tempête médiatique. Fin du premier acte.

Le groupe Bolloré (propriétaire de Grasset) se devait donc de réagir, il l'a fait dans le JDD sous la signature du grand patron lui-même, qui réfute toute tentative de reprise en main idéologique, et qui évoque bien sûr "une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous". Avec une élégance de petit boutiquier, il balance des chiffres (contestés) de baisse du CA et de la rentabilité, tout en publiant la feuille de paye de Nora. On a connu plus classe. Mais le pire était à venir, sous la plume d'un dénommé Meynadier, secrétaire général du JDD, pour qui tout cela serait une manœuvre de Denis Olivennes, PDG du groupe rival Editis, avec le concours de Libération, d'Alain Minc et de quelques autres. Outre nombre d'erreurs factuelles grossières (Minc et Nora sensés être copains de lycée, alors qu'ils on vingt ans d'écart, Olivennes sensé vouloir Nora depuis vingt ans alors qu'il est dans l'édition depuis deux ans, etc...) c'est l'argumentaire de Meynadier, ancien plumitif d'extrême-droite, qui fait froid dans le dos : il est question de "mensh", de "rabbin", de "réseaux par naissance", des "amis de toujours" et j'en passe. On aura compris la réthorique, dans un style de papier qu'aucun grand journal n'a plus osé publier depuis les années 1940...

Cela n'a rien à voir (encore que...) mais simultanément Philippe Bilger, pourtant pas un gauchiste, habitué des plateaux de CNews et récemment débarqué, dénonce la chaine bolloréenne comme un pur outil de propagande où il n'y a plus de diversité dans les débats, notamment chez Pascal Praud...

J'ai longtemps refusé de crier au fascisme à tout propos, concernant la construction de l'empire de presse de Bolloré, afin de ne pas être excessif et pour accepter l'affrontement des idées et la bataille culturelle. J'ai pourtant aujourd'hui le sentiment que la bataille culturelle devient désormais une guerre culturelle, comme dans des époques de sinistre mémoire. Celles où quand on entendait le mot culture on sortait son révolver.

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