mardi 25 novembre 2025

Jair-Nicolas, correspondance

 Ainsi donc, après notre national ex-président de la République Nicolas Sarkosy, c'est au tour de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro d'être écroué. Nonobstant que le nôtre, de président emprisonné a été libéré au bout de vingt jours, on se dit qu'il aurait pu y avoir, entre ces deux là, une intéressante correspondance entre détenus de haut vol. Mais la justice française n'en a pas vu l'opportunité.

La chose littéraire n'y a rien perdu, sans doute. Je ne m'illusionne pas sur la plume du brésilien. Pourtant notre ancien chef de l'Etat a mis à profit ces trois semaines d'empêchement pour écrire, tel Monte-Cristo sous la plume de Dumas, son Journal d'un prisonnier, annoncé à plus de trois cent pages. Pour quelqu'un qui a toujours fait rigoler quand il s'est piqué de littérature (les Roujon-Machart, Roland Barthez, etc...) on en est bluffé. J'en connais qui suent sang et eau pendant deux ans pour finaliser deux cent pages ; il est vrai qu'ils ne sont pas ancien président, ni emprisonnés. Et si l'intéressé devait retourner un jour en cellule pour quelque temps, nul doute que c'est une véritable encyclopédie qui verrait le jour...

En attendant, on peut déjà annoncer un succès de librairie, qui lui payera les yaourts. Reste que cela n'effacera pas l'impression de vent mauvais qui plane sur le monde.

jeudi 20 novembre 2025

Angoulême au crépuscule

 Je me souviens, c'était en 1994. La première édition du Festival international de la BD à Angoulême était un succès. Puis les années suivantes, qui amplifiaient cette réussite. En pleine province (on ne disait pas encore territoires) un évènement culturel rencontrait un public et faisait venir du monde de loin : qu'on le voit sous l'angle de la culture, du développement local ou de la modernité, le salon était salué de toutes parts. Mais aujourd'hui nous sommes en 2025. Et la 53ème édition est très menacée, et avec elle l'avenir de la manifestation.

Voilà déjà pas mal d'années que les polémiques gangrènent le Salon. Problèmes récurrent de management, de gros sous, d'opacité et bien sûr de harcèlement. Nous ne rentrerons pas ici dans les détails, d'autant que des dossiers sont encore dans les mains de la justice. Comme dans toutes les choses qui marchent, la marchandisation est vite arrivée ; puis l'affairisme trouble ; puis le wokisme ; puis le féminisme ; puis...Bref, la modernité dans toute sa splendeur. Et à ce jour le boycott de la plupart des éditeurs et des auteurs de BD, et aujourd'hui même le coup de gueule des financeurs publics.

J'ignore ce qu'il va advenir de cette 53ème édition, très mal engagée. Les pronostics de la fin du Festival d'Angoulême se multiplient. Le lieu de culture, de vulgarisation et d'émancipation est devenu la foire d'empoigne entre l'opacité financière et le militantisme de cour de récré. Les adultes font du pognon et les gamins qui se chamaillent en appellent à un Etat qu'ils conchient volontiers. Nous vivons une époque moderne.

jeudi 6 novembre 2025

Goncourt et itinérances

 Vous avez sans doute constaté que, dans de plus en plus de domaines, avoir un ancrage territorial est devenu vendeur. Cela prend souvent des formes douteuses, folkloriques dans le meilleur des cas, consuméro-franchouillardes souvent, intéressantes parfois. Mais peu importe, dans notre monde il faut bien vendre et tous les moyens sont bons.  Les auteurs n'échappent pas à la règle, sommés pour doper des ventes de plus en plus maigres de courir les salons et les librairies de province pour de laborieuses dédicaces. Cela permet de rencontrer quelques lecteurs, dont certains achètent le livre, et d'assurer une promotion via les médias locaux qui se félicitent des attaches locales de l'impétrant, qui a tout intérêt à multiplier celles-ci. Ainsi peut-il être accueilli comme un enfant du pays dans moult endroits : celui où il est né, celui où il vit, celui où il a vécu, voire celui où il vivra. Plus les éventuelles résidences secondaires et le berceau de ses ancêtres. Et n'oublions pas les conjoints, qui offre encore d'autres possibilités de connexions supplémentaires.

Dernier exemple en date, notre Prix Goncourt 2025, Laurent Mauvignier, que l'on célèbre un peu partout : en Touraine, légitimement, puisqu'il est né à Tours ; à Toulouse, où il a vécu longtemps après y avoir atterri en suivant sa compagne d'alors ; à Rennes, où réside et travaille désormais celle-ci et où il vit peut-être encore. On parle aussi de Paris, je ne sais plus pourquoi.

Tout cela est juste amusant, et n'a d'ailleurs pas que des mauvais côtés. Sauf que, symptôme de notre époque, à être de partout on est de nulle part. Je me souviens de ce que disait Mauvignier à propos de Toulouse voilà quelques années ; sa critique était intéressante, ambivalente mais pas méchante, mais laissait transparaitre une méconnaissance de la dimension historique et culturelle de la cité mondine.

Mais tout cela est du passé, et on lui souhaite désormais un bon Goncourt.