lundi 16 mai 2016

Travelling sur Marcel Aymé

Retour sur des billets récents, où j'évoquais les bouquinistes et, un peu plus tôt, Marcel Aymé. Or il se trouve que, précisément chez un bouquiniste, j'ai trouvé un exemplaire jauni de Travelingue (de l'anglais travelling, francisé par l'auteur).
Ce roman, d'un comique et d'une férocité comme on ne sait plus en faire (ou qu'on n'a plus le droit d'écrire) se situe pendant les évènements du Front populaire mais il est, si j'ose dire, furieusement contemporain. Aymé y croque allègrement les turpitudes des bourgeois, des prolos, des énervés et des généreux, de tout ce qui fait le quotidien des familles. C'est aussi une satire désopilante et de ce que l'on n'appelait pas encore la gauche caviar, au profit des "petites" gens pas assez savantes ni riches pour se mentir. Entre le snobisme de la bourgeoisie, surtout petite, et la bêtise de l'extrême-droite, les portraits sont acides. On pourrait croire, dit comme cela, à quelque cliché, mais le propos de MA est trop subtil pour tomber dans les idées toutes faites. En tout cas, on comprendra aisément le tombereau d'ordures qui s'abattit sur l'auteur à la Libération, de la part d'une intelligentsia qui sut se reconnaitre.
J'ai déjà décrit tout ce qui fait la saveur de Marcel Aymé : son humour, son acuité, son amour des vrais gens, sa subtilité, son détachement. Et en lisant Travelingue, on se plait à imaginer un tel ouvrage...actualisé dans notre XXIème siècle. Mais, quand en prennent pour leur grade les politiques, les syndicats, les bourgeois, le peuple, les féministes, les homos et d'autres, serait-il seulement publié ?

samedi 30 avril 2016

Les bouquinistes et le vieux monde

Il y a toujours quelque chose de sentimental à "faire les bouquinistes". ¨Pour un provincial comme moi, il y a l'impression de vacance(s), de ballade, de loisir, de culture, du temps passé.
Mais il y a aussi, concentré sur un espace somme toute assez réduit, tout ce que Paris peut offrir : la Seine, les quais, l'Histoire, la pensée. Certes, ce charme peut être tributaire du temps qu'il fait, mais il m'est arrivé d'arpenter les boites vertes sous la neige et dans un vent glacé, et j'en conserve un souvenir d'autant plus impérissable.
On trouve deux genres d'étal, ou de bouquiniste : l'attrape-touriste, vendant gadgets, tours Eiffel, faux poulbots et rebuts bleu-blanc-rouge de toute sorte, censés illustrer Paris, à des étrangers en goguette. Celui-là ne m'intéresse guère, voire insulte le lieu. L'autre vend des livres, plus ou moins poussiéreux, plus ou moins vieux, plus ou moins célèbres, plus ou moins lus, ou même pas lus du tout et à découper ; on y trouve des ouvrages intéressants, et des inepties. Des classiques de premier choix, des monuments de la littérature française, et des niaiseries contemporaines ; on s'y procure des titres rares, ou des œuvres qui sentent le soufre et le moisi, dont les cours me paraissent à la hausse...
Qu'il soit marchand de souk ou intello littéraire, le bouquiniste a toujours quelque chose d'inadapté social contemporain ; il possède généralement un sens commercial assez particulier, facilement ronchon. Pourtant, il demeure sympathique, essuyant gelée, canicule ou giboulée pour un revenu que l'on devine de misère, et il incarne ce que les vieux livres représentent d'humanité.
Alors, touriste ou non, on y revient, les doigts gluants de poussière, comme en pèlerinage dans le vieux monde.

jeudi 28 avril 2016

Neruda, plus le vide

Après quelques jours d'escapade parisienne et bouquiniste, j'ai retrouvé mes pénates. Il m'a donc paru bon de faire le point sur une actualité dont j'imaginais bien qu'elle s'était perpétuée malgré son désintérêt. Je sais à présent ce qui a importé à ce vieux pays.
D'abord, les vacances scolaires qui semblent avoir raison de la juvénile hostilité à la loi Travail : à quoi tiennent les certitudes... Fort heureusement, les intermittents du spectacle ont repris du poil de la bête, prêts à se tirer sans sommation une nouvelle rafale dans le pied. Conclusion : même pour les meilleures causes, on ne devrait traiter des affaires d'adulte qu'entre grandes personnes.
Il y a ensuite le combat du siècle, entre Polnareff et Renaud. Depuis les joutes entre Rousseau et Voltaire, on n'avait connu pareil affrontement de titans de la pensée.
Il y a aussi toutes ces artistes sur le retour (ou plutôt proche du départ) qui évoquent leurs frasques avec feu Martin Gray.
Il y a la petite fille de Jacques Prévert, qui missionne un avocat, mais oui, contre la sculpteure (c'est bien comme cela qu'on dit aujourd'hui ?) coupable d'une statue peu ressemblante. On ne choisit pas sa descendance...
Et puis, moins évoqué, Pablo Neruda, qu'on inhume une deuxième fois.

jeudi 7 avril 2016

Almodovar, créativité en panne...

L'actualité de ces jours-ci n'est pas plus morose que d'ordinaire ; les hôtesses d'Air-France se démènent avec le choc des civilisations, on se suicide en prison, Donald Trump trompète, et le monde va... On cherche des noms pour nos nouvelles régions ; fort heureusement, les réseaux sociaux veillent. Ainsi, la région Alsace Lorraine Champagne Ardennes (pardon si j'en oublie) aux prises avec ses diverses identités s'est vue retirer une épine du pied : elle s'appellera brillamment Grand-Est, puisque ce nom a été plébiscité par 75% des internautes, cette population connue pour sa modernité, son esprit critique et sa culture...
Mais là n'était pas mon propos, et l'actualité de ces jours-ci, donc, nous a dévoilé que le Panama était une contrée propice à l'évasion fiscale. Comme scoop on a connu mieux, mais cette fois on découvre nommément quelques opportunistes. Pas de grosse surprise, s'il n'y avait eu Pedro Almodovar, qui surprend encore une fois. Le fabuleux cinéaste de la Movida et des années qui ont suivi (un peu poussif ces derniers temps, quand même...) a toujours été d'une originalité géniale (et le mot est pesé), bousculant les codes de tous les genres. Mais ses conseillers étaient sans doute moins créatifs que lui, et ses placements aussi. Aussi le trouve-t-on aujourd'hui sur une charrette vouées aux gémonies, en compagnie de Poutine, de chefs d'état du Moyen-Orient, de joueurs de foot... De la Movida au Panama, ou comment se perdre dans des chemins de traverse.
On espère quand même que le grand Pedro survivra à cela. Et pour asseoir notre optimiste, concluons avec une bonne nouvelle qui ne vous aura pas échappé : Cheminade repart pour la prochaine présidentielle.

jeudi 31 mars 2016

Aymé, sans perdre la raison...

Au fil de mes surfitudes, je suis tombé il y a peu, fréquentant le site Bibliobs, sur deux articles d'intérêt. Le premier, sur le blog de Pierre Jourde, s'intitule "Angot dit l'essentiel sur Duras", et on ne saurait trop recommander cette exécution de Mme Angot, experte en vacuité et foutage de gueule : l'humour de Jourde est féroce.
L'autre article "Le jour ou Bernard Frank a sorti Marcel Aymé du congélateur" reprend une chronique de l'an 2000 du regretté Bernard Frank. Le pitch du billet est simple : Frank redécouvre Marcel Aymé (mort en 1967) et son œuvre, pour en célébrer, y compris dans ses défauts et ses limites, son éternelle modernité, encore que ni l'un ni l'autre de ces deux auteurs n'aient aimé ce terme... Humour, mesure, détachement et hauteur de vue font de ses ouvrages de bons livres à lire ou relire, quel que soit l'air du temps et de l'actualité.
Peut-être parce que Aymé, par ailleurs ami et modèle de Brassens, eut cette lucidité populaire, que l'on nomme bon sens, tout au long de sa carrière et de sa vie, y compris dans des époques où la liberté d'esprit pouvait valoir quelques ennuis. Il les connut, brièvement, à la Libération. Fidèle en amitié et retors aux idéologies, il s'y révéla pourtant plus intègre que bien des épurateurs...
J'ai travaillé sur Aymé, dans le cadre d'un roman en cours ; j'ai relu ces jours-ci quelques uns de ses livres. Je vous laisse en faire autant, selon votre choix, entre La Jument verte, Uranus, Travelingue, Le Passe-murailles, et beaucoup d'autres... parce qu'il est, plus que jamais, urgent de cesser de consommer des idées en boite.

mercredi 16 mars 2016

Ouvrages de Michel Poux déjà parus

Un petit rappel de mes ouvrages déjà parus...

          .  Mona Lisa ou la clé des champs -L'Harmattan 2014
          .  Passeport pour le Pays de Cocagne - Elytis 2012
          .  Aveyron Croatie, la nuit - L'Harmattan 2011
          .  Histoires peu ordinaires à Toulouse - Elytis 2007
          .  Histoires peu ordinaires au Cap-Ferret - Elytis 2006
          .  Week-end à Schizoland - Elytis 2005
          .  La branloire pérenne - Elytis 2002

En vente dans toutes les librairies, chez l'auteur (laissez un commentaire) ou l'éditeur.
Pour les ouvrages publiés chez l'Harmattan, disponible aussi en version numérique (www.harmattan.fr).

jeudi 3 mars 2016

Le Goff : malaise dans la démocratie... et dans sa critique

Jean-Pierre Le Goff n'a pas un parcours bien original : activiste en 68, puis maoïste investi, il se retrouve aujourd'hui classé parmi ces intellectuels "néo-réacs" à la mode. Faut-il conclure à une simple évolution dans l'air du temps, selon une expression qu'il utilise souvent ? Pas seulement.
D'abord sa critique de l'extrême-gauche soixante-huitarde et de son aveuglement a été pertinente, distinguant notamment les subjectivités des individus (leurs névroses) et leurs idées supposées cartésiennes, schize expliquant souvent cette certitude d'être dans le bon camp, voire de l'incarner (on n'est pas loin de la perversion narcissique...).
Ensuite parce que son évolution a été courageuse, depuis cette critique du gauchisme jusqu'à celle de l'idéologie managériale, qui me l'avait fait découvrir en 1992. En ouvrant son analyse de sociologue à la philosophie et à l'anthropologie, il a dépassé les réflexes marxisants qui ont englué bien des sociologues. Il a stigmatisé les idéologies, les communautarismes et l'inculture des élites avec une belle acuité. Le voilà à présent taxé de néo-réac et d'anti-moderne pour avoir affirmé que le moderne n'était pas automatiquement synonyme de progrès, et que son diktat pouvait aussi ouvrir la voie d'un anti-humanisme sanglant.
Pour autant, faire de l'idéologie libérale-libertaire l'alpha et l'oméga de la déroute contemporaine me parait réducteur, voire simpliste, et suscite un malaise face à la posture ; l'homo soixantuitus a causé beaucoup de dégâts, mais pas uniquement, et certains de ses apports en matière de liberté ou de culture sont à mettre au crédit du bouc émissaire que l'on voudrait en faire...
Il n'empêche, le travail de Le Goff est précieux et salutaire. Il vient de publier Malaise dans la démocratie, chez Stock.

lundi 22 février 2016

A Umberto Eco

C'est assurément un peu d'érudition, de savoir, de culture, d'esprit critique ou d'humour qui s'est envolé avec Umberto Eco.
Etait-il sémiologue, comme il se présentait souvent, ou philosophe, ou linguiste, ou historien, ou romancier, ou...? Il fut tout cela, séparément ou en même temps. Aussi cultivé et sérieux que facétieux, cet homme élevé et façonné par les livres le leur avait bien rendu. Parfois dispersé, souvent narcissique, il n'en mélangeait que mieux les genres, entre l'érudition qui chez lui sanctifiait la chose écrite et l'humour de ceux qui sont assez brillants pour ne pas se prendre trop au sérieux.
Je l'avais découvert, comme beaucoup de gens, avec Le Nom de la Rose, ce roman de génie tellement différent de ce qu'exige le marché que Gallimard et le Seuil l'avaient refusé... Puis le Pendule de Foucault... J'avais écrit ici même, en Juin 2011, un article sur Le Cimetière de Prague, roman laborieux mais érudit et critique, comme d'habitude, qui connut les critiques des imbéciles accrochés au premier degré comme des moules au rocher, Osservatore romano en tête. L'histoire de la lune, du doigt et de la bêtise. Voilà comment un homme comme Eco se retrouva taxé de propager l'antisémitisme ! Avant de se résoudre à ré-écrire une version plus "populaire" du Nom de la Rose, c'est-à-dire sans citations latines... Triste modernité.
Je ne suis pas sûr qu'Umberto Eco regrette le monde qu'il quitte, lui qui pourtant aimait la vie, comme on dit. Mais cela ne me regarde pas. Alors nous relirons ses livres, et le saluerons d'ici avec un de ces vins rouges qu'il aimait tant.

lundi 15 février 2016

Culture : Mr Bricolage et Mme

"Monsieur Bricolage", titrait joliment le Parisien-Aujourd'hui au lendemain du remaniement ministériel. Tout a été dit sur l'aspect purement politicien de ce casting, n'y revenons pas. On notera simplement que le Ministère de l'administration de la culture s'est trouvé concerné ; ainsi, Fleur Pellerin s'en est allée comme elle était venue, par le fait du prince, laissant derrière elle autant de trace qu'une flatulence sur une toile cirée. Elle pourra lire, désormais.
Arrive donc, ex-nihilo, une dénommée Audrey Azoulay. On savait bien que ce n'était pas son œuvre culturelle qui la menait là. La dame est énarque (ça n'est pas rien), jolie (ça peut être utile), amie de Julie Gayet (ça peut servir), binationale (c'est tendance) et "connue pour son entregent" (quelle surprise). Elle a passé sept ans au CNC, avant d'entrer comme conseillère à l'Elysée, où elle aurait réussi à sortir le Président dans des lieux culturels (ça n'a pas du être facile), et où elle s'occupait des "projections privées". Il faut donc payer un énarque pour cela ?
Il lui reste maintenant, pour transcender cette "fulgurante ascension", à faire fonctionner son ministère de fonctionnaires, rarement modestes.
Enfin, pour ce qui est de la Culture selon l'idée que je m'en fais, je crois qu'on attendra...

mardi 9 février 2016

Les livres de Mitterrand

L'Histoire est vacharde, qui vous expose aux commémorations : c'est ce qui arrive à François Mitterrand pour les 20 ans de sa mort.
D'un côté les thuriféraires, qui par admiration ou intérêt bien compris en rajoutent dans l'hagiographie. Tour à tour homme d’état, génie de la littérature ou prophète du socialisme, on n'oublie de lui que sa capacité à guérir les écrouelles.
De l'autre, les anti, pour qui l'adversaire de de Gaulle ne saurait être que vichyste, mauvais français, intello et cynique. Et si la France décline depuis un demi siècle, la faute ne peut en incomber qu'à lui.
La dimension littéraire du personnage est ainsi ardemment débattue. Fût-il le grand écrivain qu'il aurait voulu être ? On ne le jurerait pas. Fût-il le simple rédacteur d'une œuvre opportuniste, du Coup d'état permanent jusqu'à l'Abeille et l'architecte, le reste n'étant que justification de son action d'état ? C'est un peu réducteur, d'autant qu'on aimerait retrouver le même niveau dans les livres de nos politiques actuels...
Vouloir trancher dans ce débat offre-t-il un réel intérêt ? Peut-être s'en tiendra-t-on à rappeler que Mitterrand savait lire, quand l'Elysée n'a pas vu de lecteur depuis plus de 20 ans. Il savait lire, comprendre et se servir de ses lectures. Sans doute est-ce pour cela qu'il croyait aux forces de l'Esprit.
On cherche désormais vainement, et les forces et l'esprit...